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Rome avait toujours avec lui un beau petit agneau, en mémoire de l'Agneau de Dieu qui a voulu être immolé pour nous. Lorsqu'il dut quitter la ville, il confia son agneau à la sainte Dame, nommée Jacqueline, qui s'était toujours montrée si charitable pour lui et pour ses Frères. Le petit animal semblait
l'avoir été formé à la piété par le saint homme ; il
suivait dame Jacqueline à l’église, y demeurait et en revenait avec elle, sans jamais ia quitter. Si quelque matin, elle était moins diligente à se lever, il allait à son lit, bélait, frappait de la tête et avait l'air de l’avertir, par d’autres petits mouvements, d'aller promptement servir Dieu. La Dame admirait et chérissait l’agneau de saint François ; elle le regardait comme une sorte de petite relique vivante de son bienheureux Pe.s, ct, dit saint Bonaventure, comme un de ses disciples, devenu pour elle un maître dans la dévotion.
Le serviteur de Dieu, voyageant avec Frère Paul, Ministre de la Marche, rencontra sur la route d’Ancône à Osimo, un berger qui conduisait parmi des chèvres et des boucs, un tendre petit agneau. Le Saint tout ému: “Voyez, dit-il, ce petit agneau! ainsi marchait Jésus, si plein d’humilité et de douceur, au milieu des Scribes et des Pharisiens” Et ils résolurent d'acheter le petit agneau ; mais tous deux ne possédaient rien au monde que leur pauvre habit ; ils se prirent à pleurer. Un marchand vint à passer sur ces entrefaites et ayant appris le sujet de
Æ leur douleur, il acheta le petit agneau et le donna à
François. Le saint tout joyeux le mena avec lui chez l’évêque d'Osimo qui s’émerveilla fort de la grande simplicité du Saint. Mais lorsque le pieux Prélat eut appris tout ce qui venait de se passer, il fut lui-même ému jusqu'aux larmes, et ils étaient là tous les trois pleurant de tendresse.
Nous avons déjà vu la prédilection marquée de l'homme de Dieu pour les oiseaux, ses petits Frères.
A son retour de Syrie, traversant avec un Frère les lagunes de Venise, il trouva une grande muititude d'oiseaux qui chantaient dans les broussailles. En les voyant, il dit au Frère: “ Nos Frères les oiseaux louent leur Créateur. Allons au milieu d'eux, et nous. aussi louons Dieu et chantons nos heures canoniales.” Ils entrèrent dans le fourré, et les oiseaux gardèrent leur place. Mais à cause de leur gazouillement, les Religieux ne pouvaient s’en- tendre en récitant leurs Heures. Alors l’homme de Dieu se tourna vers les oiseaux et leur dit : “ Mes Frères les oiseaux, cessez vos chants, jusqu’à ce que nous ayons acquitté la dette de louanges que nous devons à Dieu.” Ils se turent aussitôt, et leur silence dura tout le temps que les serviteurs de Dieu dirent leurs Heures. Quand ils eurent fini, les oiseaux reçurent de François la permission de reprendre leurs chants, ce qu’ils firent immédiatement.
Auprès de Sainte-Marie-de-la-Portioncule, une cigale se tenait sur un figuier près de la celiule de l'homme de Dieu : elle chantait, et par son chant, elle excitait à louer Dieu plus fréquemment celui
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qui avait appris à admirer les merveilles de la création jusque dans les plus petites choses. Un jour il l’appela, et, divinement conduite, elle vola et se reposa sur sa main. “ Chantez, lui dit-il, ma sœur la cigale, et louez par vos chants le Créateur de toutes choses.” Aussitôt la cigale se mit à chanter et elle ne s'arrêta que lorsque, par l’ordre du Père, elle retourna sur son arbre. Or, elle y demeura huit jours, venant chaque jour sur la main de François, chantant et s’en retournant quand l’ordre lui en était donné. Enfin il dit à ses Frères: “ Donnons maintenant congé à notre sœur la cigale; ily a assez longtemps qu’elle nous excite à louer Dieu.” Au même moment la petite cigale s'envola et ne reparut plus. | François était tombé malade à Sienne ; un seigneur qui venait de prendre un faisan, le lui envoya vivant, Dès que l’oiseau eut entendu et vu l'homme de Dieu, il s’attacha tellement à lui qu'il ne souffrait en aucune manière d'en être séparé. A plusieurs reprises, on le porta dans une vigne hors de l’habitation des Religieux, afin qu'il prît sa liberté, s’ilen avait envie ; il revenait sur le champ vers le Saint, comme s’il avait été élevé par lui et ne l'avait jamais quitté. Plus tard on le livra à un particulier qui avait coutume de visiter l’homme de Dieu par dévotion, Le faisan tout triste de n'être plus en la présence du bon Père, refusa toute nourriture. Rapporté au Saint, il manifesta sa joie par ses mouvements, dès qu'il le vit, et se mit à manger de grand appétit.
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L'homme de Dieu était un jour en voyage avec Frère Léon ; avant de prendre sa pauvre réfection, il se sentit intérieurement rempli de célestes consolations au chant d'un rossignol. “ Frère Léon, dit-il, chante donc les louanges du Seigneur alternativement avec ce petit oiseau.” Et comme Frère Léon s'en eXCusa sur sa mauvaise voix, François, tout transporté d'amour de Dieu, se mit à répondre au rossignol, et continua ainsi jusqu’au soir, où il fut oblizé de cesser, avouant avec une sainte envie que le petit oiseau l’avait vaincu. [lle fit venir sur sa main, le loua d’avoir si bien chanté, lui donna à manger et ce ne fut que sur son ordre et après avoir reçu sa bénédiction que le rossignol s’er.vola.
Un jeune homrae avait pris un grand nombre de tourterelles, et il s’en a lait les vendre. Saint François venant à le rencontrer, considère ces oiseaux d'un regard plein d'une tendre compassion, puis, s'adressant à celui qui les portait : “O bon jeune homme! lui dit-il, donne-moi ces tourterelles ; que des oiseaux si doux, que l'Ecriture représente comme les emblêmes des âmes chastes, humbles ei fidéles, ne viennent pas à tomber entre les mains d'hommes cruels qui les feraient mourir.” À ces mots, le jeune homme soudainement inspiré de Dieu, présenta ses oiseaux, et saint François, en les recevant dans son sein, leur adressa ces douces pa: roles : “ Tourterelles, mes chères petites sœurs
simples, innocentes et chastes, pourqu'i donc vous 4 êtes-vous laissées prendre ainsi ? Mais je veux vous 4
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arracher à la mort, et vous préparer des nids où vous puissiez vous multiplier, selon l'ordre qui vous est donné par votre Créateur.” Pour le jeune homme qui les avait cédées, le Saint lui dit: “ Mon fils, vous serez un des Frères de notre Ordre, et vous vous y dévouerez généreusement au service de Jésus-Christ.” La prédiction se réalisa : le jeune homme prit l’habit des Frères-Mineurs, et fut admis dans l'Ordre, qu'il édifia par sa haute sainteté. Et quant aux tourterelles, le Saint les porta jusqu’à son couvent de Ravacciano, près des murs de Sienne ; là, il enfonça son bâton en terre, devant la porte, ct ce bâton était devenu le lendemain un gros et grand chêne. Le saint homme y laissa aller les tourterelles, en leur commandant d’y faire leurs nids ; ce qu’elles firent durant plusieurs années ; et elles étaient s; bien apprivoisées qu’elles venaient prendre üans les mains des Rel' ‘ieux leur nourriture.
On connaît aussi la grande prédilection de saint François pour les alouettes. Il se plaisait à remarquer dans leur plumage la couleur gris cendré qu'il avait choisie pour son Ordre afin que l'on pensät souvent à la mort, à la cendre de la tombe. Montrant à ses disciples, l’alouette s’élevant dans l'air et chantant dès qu’elle a pris sur la terre queiques grains : “ Voyez, disait-il avec joie, elles ous apprennent à rendre grâces au Père commun
| qui nous donne la nourriture, à ne manger que pour
sa gloire, à mépriser la terre et à nous élever au ciel où doit être notre conversation.”
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Comme le Saint n'avait que des motifs nobles et spirituels, dans ces actions, en apparence, si simples et si communes, Dieu s'en servit une fois pour instruire les homines par l'exemple d’un oiseau, Près du couvent de Mont-Colombe, ii y avait un nid d’alouettes huppées ou crêtées, dont la mère venait tous les jours prendre à manger de la main du serviteur de Dieu, pour elle et pour ses petits ; et quand ils furent un peu forts, elle les lui amena. 11 s’aperçut que la plus forte des petites alouettes piquait les autres et les empéchait de prendre la becquée ; cela lui fit une grande peine, et s'adressant à elle, comme si elle eût pu l'entendre ; “ Insatiable et cruelle, ditil, tu mourras misérablement, et les plus avides animaux ne voudront point manger de ta chair.” En effet, quelques jours après, elle se noya dans un vase où il leur mettait à boire ; on la jeta aux chats et aux chiens ; pas un n'y toucha. Nous verrons à Ja mort du Saint une multitude de ces aiouettes qu'il aimait tant, s’abattre sur le toit de Notre-Damedes-Anges et @antcr avec une merveilleuse douceur, comme.pour fêter déjà sor triomphe dans les cieux,
Ayant gagné l’ermitage de l’Alverne pour célébrer le carême de saint Michel, des oiseaux de diverses
espèces se mirent à voltiger autour de sa cellule; ils faisaient entendre des chants harmonieux et s'a-: gitaient avec bonheur. On aurait Git qu'ils se ré- 4 jouissaient de l'arrivée de l'homme de Dieu et pa- 4 raissaient le solliciter à demeurer avec eux dans 4 cette solitude, À cette vue, François dit à son 4
nobles et si simples pour insau. Près it un nid ère venait in du seret quand | s’'aperçut iquait les quée ; cela Ile, comme ruelle, ditlus avides
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Compagnon : “ Je vois, mon Frère, que la volonté de Dieu est que nous restions ici quelque temps, puisque nos Frères les oiseaux paraissent si heureux de notre présence.” Il s'arrêta donc en ce lieu, et un faucon qui y bâtissait son nid, se prit pour lui d’une grande affection. Toujours, à l'heure de nuit, où le Saint devait se lever pour ses exercices spirituels, le faucon le réveillait par son chant et l’appelait. Cette attention était très agréable à François, parce que cette sollicitude de l'oiseau le garantissait ceatre toute torpeur et toute nonchalance, Mais, si l’homme de Dieu était plus fatigué et plus souffrant que d'habitude, le faucon s’en préoccupait et ne l’éveillait point de si bonne heure. Comme averti d'en Haut il ne faisait entendre alors et à la pointe du ie qu'un léger son de voix.
Il paraît bien, continue ici saint Bonaventure, il paraît bien qu'il y eut quelque chose de divinement prophétique soit dans cette jubilation de toutes
sortes d'oiseaux, soit dans le chant du faucon ; sans
doute, le véritable àdorateur de Dieu, le Saint qui publiait ses louanges, porté sur ies ailes de la contemplation, devait être exalté dans ce lieu par une apparition séraphique.
Nous verrons au Chapitre suivant cet incomparable prodige !
Aux premiers siècles de l'Eglise, le sang des martyrs apaisait la férocité des tigres et des léopards qui au milieu de l’amphithéâtre montraient de la
Saints de Dieu. Des lions rugissants, devenus comme de timides agneaux, se couchaient aux pieds des victimes et leur lêchaient douce: :nt les plaies. Dans ie désert, Ics lions vinrent pleurer la mort de Paul, le rer Ermite, et assister à ses funérailles. En Palestine, saint Gérasime ordonnait à un lion, devenu serviteur du Couvent, d'aller au fleuve du Jourdain prendre l’eau qui lui manquait pour les besoins de son Monastère. Dans les Vosges, saint Colomban commandait à l'ours de la montagne ; et celui-ci lui apportait les peaux de cerfs dont il avait besoin pour sa chaussure.
François d'Assise, dans son grand amour pour Dieu et son intarissable charité pour ses frères, commandait lui aussi aux bêtes féroces, ainsi que le prouve avec éclat l'événement qui va suivre :
“ Dans le temps où saint François restait à Gubbio, apparut aux environs de cette ville, un loup d'une grosseur prodigieuse et d'une extrême férocité. [Il ne poursuivait pas seulement les animaux, mais plusieurs fois aussi des hommes avaient été victimes de sa rage. On l'avait vu souvent s’approcher de la ville, et les habitants effrayés ne sortaient plus que tout armés, comme s'ils étaient partis pour un combat; et même, en cet état, malheur à ceux qui avaient à lutter seuls contre le terrible animal, leurs armes étaient impuissantes contre sa férocité. Enfin, l'effroi devint tel que personne n'osait plus sortir de Gubbio.
La consternation qu’il voyait répandue autour de
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VIE DE SATNT-FRANCÇOIS 169
lui, excita vivement la compassion de saint François ; il résolut d’aller trouver le loup; et, malgré les instances que l’on fit pour l’en détourner, il fit le signe de la croix, et mettant en Dieu toute sa confiance, il sortit un jour de la ville avec quelques-uns de ses Frères. S'apercevant que ceux-ci tremblaient de s'avancer, il les laissa et prit seul le chemin qui conduisait au furieux animal. À la vue de la multitude qui s2 pressait pour être témoin de ce qui allait se passer, le loup s’élance d’abord vers saint François, la gueule béante. Le Saint avance à sa rencontre, fait sur lui le signe de la croix, l'appelle et lui dit: “Viens ici, Frère loup, viens, et, de la part du Christ, je te l’ordor.ne, ne me fais aucun mal, ni à moi, ni à d’autres.” O merveille ! à peine le signe de la croix a-t-il été fait, qu'aussitôt, ce loup, tout à l’heure si terrible, ferme la gucule, s’arrête, et, sur l’ordre de saint François, vier’, doux comme un agneau, se coucher à ses pieds. Alors le Saint lui dit: “ Frère loup, tu causes d'immenses ravages dans cette contrée ; tu t'es rendu coupable de grands crimes, en blessant et en f: ant mourir les créatures de Dieu sans sa permission. Tu ne t'es pas contenté de déchirer et de dévorer les animaux, tu as poussé l’auc ice jusqu'à donner la mort à des hommes créés à l’image de Dieu ; tu mérites, après tant de forfaits, d’être traîné aux fourches comme un brigand et un infâme homicide. Tout ie monde crie et murrnure contre toi, et tu es un objet d'horreur pour tous les habitants de la ville, Mais
je le veux, Frère loup, tu vas te réconcilier avec eux, tu leur promettras de ne plus leur causer aucun tort, et ils te pardonneront tous tes ravages ; et, ni eux, ni leurs chiens, ne te poursuivront plus désormais.” À ces paroles, le loup incline la tête, et témoigne, par toute son attitude, par les mouvements de sa queue et de ses yeux, qu’il accepte les conditions, et qu'il est disposé à les remplir. Le Saint ajouta: “ Frère loup, puisque tu consens à faire la paix que je te propose, et à y demeurer fidèle, je te promets d'obtenir des habitants de Gubbio que jamais ils né manqueront de fournir ce qui est nécessaire à ta subsistance ; àt ainsi tu ne souffriras plus de cette faim qui, je le sais bien, est la cause de toui le mal qu'on te reproche. Mais, en reconnaissance de cette faveur que je vais te procurer, je veux, Frère loup, que tu me promettes de ns plus. nuire désormais à personae, ni aux hommes, ni même aux animaux ; me le prometstu ?” Le loup, baïissant la tête, donna à entendre qu'il le promettait. Saint François reprit : “ Frère loup, je veux pouvoir compter sur ta promesse ; jexige donc que tu men donnes un garant.” jt le Saint présentant la main, le loup lève une de ses pattes de devant et l’y pose familièrement, donnant ainsi autant qu'il le pouvait, un gage de sa fidélité Le Saint ne s'en tint pas encore là: “Frère loup, dit-il, au nom de Jésus-Christ, je t'ordonne de me suivre sur-iechamp; viens, nous ailons ratifier cette paix au
C EUX, aucun et, ni désorte, et louvepte les H'-Le sens à neurer nts de rnir ce i tu ne en, est ais, en
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ttes de (aux ometstendre ‘ Frère nesse ; arant.” p leve famiouvait, on tint om de sur-ieaix au
| pouvait tuer que le corps.
S devait-il être terrible, puisque la gueule d’un simple
nom de Dieu.” Et le loup obéissant suivit, doux comme un agneau,
Les habitants de Gubbio étaient frappés d’admiration à la vue d’un si étonnant prodige ; la nouvelle s’en répandit promptement dans toute la ville et l’on vit bientôt une foule de personnes de tout
M âge ct de tout sexe se presser sur la place pour voir L le loup qui suivait saint François. Lorsque tous les habitants furent rassemblés, le Saint monta sur un
lieu élevé et se mit à les prêcher. Il leur fit entendre que c'était en punition de leurs péchés que Dieu leur avait envoyé les fléaux qui les consternaient ; que, du reste, la flamme de l'enfer, qui doit éternellement tourmenter les damnés, était bien plus à craindre que la fureur d’un loup, qui, après tout, ne Combien donc l'enfer
animal pouvait seule faire trembler toute une multitude ! “ © mes chers amis ! ajouta-t-il, convertissez-
Evous donc, faites pénitence de vos péchés, et Dieu
vous délivrera, non seulement de la rage du loup dans cette vie, mais encore des flammes de l’enfer après votre mort.”
La prédication terminée : “Mes Frères, dit saint
| François, écoutez : Frère loup, que vous voyez ici,
ma promis de se réconcilier avec vous. et de ne plus vous nuire désormais en aucune manière, il m'a
donné un gage de sa fidélité ; promettez-lui donc
aussi, de votre côté, de lui fournir tout ce qui sera
pnécessaire à sa subsistance ; je me rends caution
me.