PRET
se renonce lui-même, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.” — Voilà, dit François, la vie que nous devons mener, la règle que nous devons suivre, vous et moi, et tous ceux qui viendront se joindre à nous.
Le nouveau disciple, fortement persuadé que son dessein venait de Dieu, vendit au plus tôt tout son bien ; il en eut une somme considérable qu'il fit
; ar Pis au porter à la place de saint George, où il la distribua | entièrement à tout ce qu’il put assembler de pauvres ni et de nécessiteux. François lui donna ensuite un
habit semblable au sien.
Pierre de Catane, chanoïne clerc de l’église de c Saint-Ruffin, cathédrale d'Assise, touché du détachement et de la charité de Bernard, voulut imiter son exemple, et il reçut le même jour, des mains de François, l’humble habit de pénitence. Tous trois se retirèrent dans une cabane abandonnée, proche d’un ruisseau nommé Rivo-Torto; parce qu'il coule dans la plaine en serpentant.
Sept jours après, un homme de piété, nommé | Gilles ou Egide, fort considéré dans Assise, voulut se joindre à ses deux concitoyens ; mais il ignorait leur nouvelle demeure, François alla au-devant de lui, par inspiration divine, l’assura de sa vocation, | et l’exhorta à la persévérance. Puis il le présenta à : Bernard et à Pierre, leur disant: Voici un bon. Frère que le bon Dieu ous a envoyé : et, en particulier, il leur déclara que cet homme excellerait 4 un jour en sublimes vertus. .
Après un léger repas et une conférence spirituelle, !
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François partit avec son nouveau disciple pour aller chercher à Assise de quoi le vêtir. En chemin, ils rencontrèrent une pauvre femme qui lui demanda l’aumône ; François se tourna du côté d'Egide, avec un visage angélique, et lui dit: “ Mon Frère, donnons à cette pauvre femme, pour l'amour de Dieu, le manteau que vous portez.” Egide le donna aussitôt, et il vit cette aumône s'élever j’usqu'au ciel.
Quelques détails empruntés aux anciennes chroniques de l'Ordre feront mieux ressortir l’aimable et douce vertu de ces trois premiers disciples de saint François d'Assise,
Saint François et ses compagnons, disent les Fioretti, étaient appelés et choisis de Dieu, pour manifester la Croix de Jésus-Christ par l'esprit qui
Rles animait, ainsi que par leurs œuvres et leurs
paroles. Aussi se montraient-ils des hommes crucifiés dans leurs démarches et dans toutes leurs
lactions. Animés de cet esprit de pénitence, ils pré-
féraient la honte et l’opprobre supportés pour l'amour du Christ Jésus, à l'honneur du monde, aux respects et:aux louanges des hommes. Ils portaient même la perfection jusqu’à se réjouir des injures et
M s'attrister des honneurs qui leur étaient rendus :
ls s'en allaient par le monde, comme des pèlerins
rt des étrangers, re portant avec eux que Jésus
rucifié; et, comme ils appartenaient à la véritable igne qui est Jésus-Christ, ils produisaient d’abonlants et d’heureux fruits dans les âmes qu'ils ga- Pnaient à Dieu,
C’est ainsi que dès l’origine de son Ordre, saint François, un jour, envoya Frère Bernard (son premier disciple) à Bologne, ville grande et savante, pour que, selon la grâce qui lui avait été donnée, il procurât à Dieu quelque fruit spirituel. A cet
ordre du Père, Frère Bernard fit le signe de la croix, |
et, en vertu de la sainte obéissance, il partit aussitôt
pour cette place, Lorsqu'il y arriva, à la vue de.
son habit usé et grossier, les enfants se mirent à
l’accabler de railleries et d’injures, et le traitèrent !
comme un fou ; mais Frère Bernard supportait tout
avec patience et avec joie, pour l'amour de Jésus- 4 Christ ; et même, pour s’exposer à essuyer encore |
plus de moqueries, il alla s'asseoir sur la place de la ville. Aussitôt une foule de personnes accourent autour de iui ; on tire son capuche de tous côtés,
on le couvre de poussière, on lui jette des pierres, | on le pousse et on le repousse, Au milieu de tant! d'insultes, le frère demcure calme et patient: son!
visage est gai ; pas le moindre murmure ne sort de
sa bouche ; et, loin de chercher à se dérober aux. persécutions, plusieurs jours encore il revient sy!
exposer sur la place, La patience est une œuvre de
perfection : c'est une preuve de vertu dans celui qui Æ la possède. Aussi les insultes et les mépris se trans-!
formèrent-ils bientôt en démonstrations d'honneur,
et de vénération ; à tel point qu'à son retour, freres
Bernard crut devoir dire à saint François : “ Père,
un couvent est fondé dans la ville de Bologne (la!
savante), envoyez-y d'autres Frères pour y de:
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meurer: Car, pour moi, je n'ose plus espérer d'y faire aucun fruit, et il est même à craindre que je m'y perde, à cause des grands honneurs que j'y reçois.” |
Dieu se plait à répandre des grâces abondantes sur ceux qui pratiquent ainsi la pauvreté évangélique, avec un tel renoncement au monde, pour l'amour de Jésus-Christ: la vie du même Frère Bernard en est un exemple frappant. Ca+, dès qu'il eut pris l’habit de saint François, ce Frère se sentait très fréquemment ravi en Dieu par la contemplation des choses célestes. Un jour entre autres, qu'il entendait la messe et qu'il avait l'esprit tout appliqué aux divins mystères, il demeura tellement absorbé et ravi en Dieu, qu'au moment de l'élévation du corps adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, il ne s’aperçut de rien, ne s’agenouilla pas et ne baissa pas son capuce comme les autres. Enfin, il resta dans cette insensibilité, les yeux fixes et immobiles, depuis le temps de -Matines jusqu'à None, Alors revenant à lui, il parcourait le couvent en s’écriant d'une voix pleine d'admiration : “ O frères, 6 frères, Ô frères ! si l’on promettait d'accorder en récompense un palais magnifique et tout rempli d’or à celui qui voudrait se charger d’un grossier fardeau, non, il nest ici personne, si grand et si noble qu’il soit, qu ne se trouvât heureux de le porter.”
Pour lui, il avait l'esprit tellement occupé de ce trésor céleste, que, pendant qguinse ans, son cœur et ses yeux demeurèrent fixés vers Dieu ; et toutefois,
il conservait à table l'usage des aliments, bien qu’il touchât à peine à ce qui était placé devant lui. Comme son esprit était parfaitement dégagé de tout ce qui tient à la terre, semblable à l'aigle, il s'élevait par la contemplation, jusque dans les nues. On le vit pendant vingt et même trente jours entiers, se tenir sur la cime d’une haute montagne et s’y nourrir de la méditation des choses célestes. Plein d’'admiration pour les faveurs signalées dont le Seigneur daignaïit combler ce Frère, saint François aimait à s’entretenir souvent avec lui, et plusieurs fois on les trouva, pendant la nuit, ravis en extase dans un bois où ils se rendaient pour parler ensemble des choses du bon Dieu. Tel était le premier disciple du séraphique François d'Assise,
Frère Pierre de Catane, le deuxième compagnon de François, était un homme d'une obéissance parfaite: il mourut, premier Vicaire général de l'Ordre, au couvent de Saïinte-Marie-des-Anges, le deuxième jour de Mars 1224, deux ans et quelques mois, avant son séraphique Père. Dès qu’il fut déposé dans sa tombe, Dieu fit éclater ses mérites par un grand nombre de miracles. On y venait en foule et on y laissait des offrandes considérables ; ce qui troublait la retraite des Religieux, et blessait leur
étroite pauvreté. François en étant informé, vint |
aussitôt : il alla sur le tombeau, et transporté d’un
saint zèle, il adressa ces paroles au mort, avec un :
empire que Dieu seul pouvait lui donner: “ Frère
Pierre, vous m'obéissiez toujours ponctuellement : ?
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pendant. votre vie, j'exige maintenant que vous
m'obéissiez de même. Ceux qui viennent à votre tombeau, nous incommodent fort : ils sont cause que notre pauvreté est blessée, que le silence n’est pas observé, que notre discipline se relâche ; ainsi je vous commände par obéissance de cesser de faire des miracles.” L'ordre du Saint fut exécuté ponctuellement. À partir de ce moment, au tombeau de Frère Pierre, il ne se fit plus de miracles. Un ancien Manuscrit, conservé au Vatican assure que lorsque
‘saint François fit faire, quelque temps après, la trans-
lation du saint corps de Frère Pierre, on le trouva, retourné dans sa tcmbe, à genoux et la tête baissée, dans l’attitude d’un Religieux qui reçoit en toute humilité, les ordres de son Supérieur.
La vie de Frère Egide, son troisième disciple, au témoignage de saint Bonaventure, fut plus angélique qu'humaine. Entièrement détaché du monde et de lui-même, le saint Frère Egide se vit élever pai la divine miséricorde aux plus hauts degrés de l’oraison et dé l'union avec Dieu. Son existence bientôt se changea en une extase presque continuelle : la pensée du ciel le transportait ; et le nom seul de Paradis suffisait pour le jeter en de longs ravissements.
François avec ses trois disciples voulut donne: une première mission : ils s’en allèrent deux à deux, prêcher aux Fidèles la pénitence et la paix À leur retour à la cabane de Rivo-Torto, François reçut un quatrième postulant. Il se nommait Sab-
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