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lique, car le démon lui annonçait qu'il était damné, exclu du nombre des prédestinés et que tout le bien qu’il pouvait faire dans l'Ordre des Frères Mineurs était perdu. Après bien des hésitations et des amertumes Frère Rufin découvrit tout à saint François. Le serviteur de Dieu le console, le fortifie et lui enseigne un moyen nouveau de chasser le démon, en mortifiant rudement cet esprit malin et tout pétri d’orgueil. Le Christ Jésus vint à son tour consoler Frère Rufin, dans une miséricordieuse apparition en lui promettant que désormais la tristesse et la mélancolie ne viendraient plus attrister son âme. Notre-Seigneur se retira et Frère Rufin demeura dans une douce allégresse et avec une élévation d'esprit si sublime, que jour et nuit il était absorbé et ravi en Dieu. Dès lors il fut tellement confirmé en grâce, tellement sûr de son salut, qu'il se sentit entièrement changé ; et il serait demeuré continuellement en prière, dans la contemplation des choses divines, si les Frères l’y avaient laissé, Aussi saint François disait-il de lui que dès cette vie même Notre-Seigneur l'avait canonisé, et que partout ailleurs qu’en sa présence, ii n’hésiterait pas à lui donner le nom de saint quoiqu'il fût encore sur la terre.
Par suite de l’état de contemplation, où il se trouvait continuellement, Frère Rufin avait l'esprit tellement absorbé en Dieu, qu’il en devenait parfois comme insensible et muet, prononçant à peine quelques mots et ne sentant plus en lui ni la force,
ni la grâce ni la facilité nécessaires pour annoncer Ja parole de Dieu. Or,un jour, saïnt François lui ordonna d'aller à Assise et de prêcher au peuple ce que l'Esprit Saint lui inspireruit. “Révé-end Père, Jui répondit Frère Rufin, je vous en prie, ne m'imnosez pas une pareille obligation ; vous le savez, je n’ai pas la grâce de la prédication, je suis simple et ignorant.” — Eh bien ! reprit le Saint, puisque vous n'avez pas obéi promptement, au nom de la sainte obéissance, je vous ordonne de vous rendre sur le champ dans une église d'Assise et d'y prêcher sans tunique.”
Le Frère obéit, se dépouille de sa tunique, et part aussitôt pour la ville, Lorsqu'il y fut arrivé, il entra dans une église, et s'étant prosterné quelque temps devant l’autel, il monta en chaire et se mit à prêcher. Dès qu'on l’eut aperçu, chacun le prit pour un insensé : “ Voilà encore un de ces hommes, disaiton, qui, à force de pénitence, est devenu fou ; il ne sait plus ce qu’il fait” Cependant saint François fit réflexion sur la promptitude avec laquelle Frère Rufin lui avait obéi, en partant pour Assise : il considéra que c'était un des citoyens les plus distingués de cette ville, et que l’ordre qu'il lui avait imposé était bien dur à exécuter : alors il se reprocha sa sévérité et se dit à lui-même: “O fils de Pierre Bernardone ! petit homme méprisable, d’où te vient donc tant de présomption de commander à Rufin, à l'un des hommes les plus respectables d'Assise, d'aller prêcher presque nu et comme un insensé ?