Gel. 33; 3 Soc. 53; Bon
pontife.
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même, que la suprématie n'est qu'un moyen transitoire,
et UQe partie de son poDlifical ressemblera à cesguerres, légitimes au début, mais oii le vainqueur continue les ravages et les massacres presque saos savoir pourquoi, uniquement parce qu'il est grisé de sang et de succès.
Aussi Rome qui a canonisé le pauvre Célestin Y, a-t-elie refusé cette consécration suprême au glorieux Innocent III. Elle a senti, avec un tact exquis, qu*il avait été plus roi que preli e, plus pape que saint.
Quand il réprime les désordres ecclésiastiques, c*est moins par amour du bien que par haine du mal ; c'est le juge qui condamne ou menace s*appuyant toujours sur une loi, ce n'est pas le père cpii pleure. Il y a une chose que ce pontife ne comprit pas en son siècle: réveil de Tamour, de la poésie, de la liberté. Tai dit plus haut qu'au commencement du XIIP siècle le moyen âge eut vingt ans. Innocent III voulut le mener comme s'il n'en avait eu que quinze.
Possédé par son dogme civil et religieux, comme d'autres le sont par leurs doctrines péilagogiques, il ne devina pas ce qui 8*agitait confusément au fond des ftmes de tendresses inassouvies, de rêves, insensés peutêtre, mais bienfaisants et divins.
Ce fut un croyant, quoique quelques phrases des historiens ^ laissent la porte ouverte à bien des suppositions, mais sa religion lui venait plus de la Bible que de l'Evangile, et s'il rappelle souvent Moïse le conducteur des peuplesj rien en lui ne fait songer à Jésus le pasteur des âmes.
1. Sainte Lutgarde (1182-1246) le vit plongé dans le Purgatoire jliaqu*au jugement dernier. Vie de cette Sainte par Thomas de Catimpré dans Surius : Vitœ SS. (1618), VI, 315-226.
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Oq ne peat loot avoir: uoe iotelligence d'élite, une
voIoDté (Je fer^ soDt uoe part assez belle même pour ua préire^dieu; il lui manqua l'amour. La mort de ce pontife, grand entre les grands, devait être saluée par des chants d'aiil^gresse^.
La réception qu'il fit à François, a fourni k Tami de Dante, à Giotto, le sujet d uoe des pages les plus satsissanles de son œuvre: le pape assis sur son trône fait un brusque mouvement pour se pencher ?ers saint François. 11 fronce le visage, car il ne comprend pas, et cependant il sent dans cet homme ▼il et méprisé — viUs et despectus — une étrange puissance; il fait un réel mais inutile effort pour saisir, et je retrouve tout à coup en ce pape, — qui se nourrissait dedtron', — quelque chose qui rappelle une autre intelligence d élite, celle d'un théocrate aussi, immolé comme lui à son œuvre : Calvin.
On pourrait croire que le peintre avait trempé ses lèvres dans la coupe du Voyant calabrais et qu'il a voulu symboliser dans 1 altitude de ces deux, hommes la
1. Vir elari ingtnii, magnœ prohitatia et êopientiœ^ eui nulluê êecundus tempare êuo : Rigordns, de gettie Philippi Augusti dans DndiesDe, HiëtaHœ Franeormn eeriptaree eomianeif i, V, p. CD. ~ Née eimiïmn eiH eeieniia, faeundia, deeretorum et Ugum périiitia, etrenuitatejudieiorufn née adhueviêm e$t habereêeqHentem, Cf. Mencken, Senpt. rer. Sax., Ldpiig, 1728, t. III, p. 252. Inneeentius, qui vere êtupor mundi erat et immutaîer eeteuH. Ck>ttoii, Hiêt. AngUeana, éd. Lnard, 4850, p. 107.
2. Cujus finii lœlitiam potins quam tristUiam generanii tti6jectis. Albéric des Trois-FonUines, éd. LeibuiU, Âccessionee hiê» toHcœ, t. II, y. 492.
3. Dccidit in ncutam (fcbrcm) quam cum ))\}illis dicbus fovisset née a citris, quibus in magna qunntitate et ex consuetiidine vetcebatur. . . minime abstineret. . . ad ultimum in lethargia prolapeue vitam finivit. AUiéric des Trois-Fontaines, loc, cit.
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rencontre des représentants de deux âges de rhumanilé, celui de la Loi et celui de TAmour^.
Une surprise attendait les pèlerins à leur arrivée à
Home : ils rencontrèrent révô.jue d'Assise ^ qui fut tout aussi étonné qu'eux-mêmes. Ce détail est précieux ^ puisqu'il prouve que François n'avait pas entretenu Guido de ses projets. Malgré cela il leur offrit, dit-oo, de les patronner auprès des princes de TÉglise. On ne peut s'empêcher de soupçonner que ses recommandations ne furent peut-être pas très chaudes. En tout cas» elles n'épargnèrent à François et à ses compagnons ni une minutieuse enquête, ni les longs et paternels conseils du cardinal Jean de Saint-Paul ' sur les difficultés de la Règle, conseils qui rappellent de fort près ceux de Guido lui-même^.
1. Fresque de la grande nef de l'église lupérleare d'Assise, a. 1 Gel. 32;3Soc.47.
3. De la fiimUle Cioloiuia, il moamt en late. Cf. 3 Soc. 61. Y. Gardella, Memorie êtoriehe de* CardittaUf 9 vol., in-8*, Rome 1702 ss , 1. 1, p. 177. Il élait à Rome dans l'été de 1310, car le 11 août il contresigna la bnlle Religioêam «i(am, PoUbist 4001. Angelo Glareno raconte Tapprobation, d*ttne manière pins précise à certains égards : Cum veto Stmmo Pontiflei ea quœ poslulàbat [FranetBoutl ardua valde et qnaii impoMibilia videtentur itifirmitati hommum tut Umporiê^ exhortabaiur eum, giiod oltgiMm ordinem net regulam de agpitrobatiM anumeirei, ai ipêe êe a ChrUto miëêum ad tàlem vitam et non aliam poêtulandam conêtanter affiimanSf fixuê in sua pêiitione permantit. Tune dommiM Johannes de aaneto Paulo episeopus Sabineneis et dominuB Hugo ephcopus Hosticruiis Dei spintu nioti assisterunt Sancto Francisco et pro his quœ pctcbat coram summo Pontifiee et Cardiftdlibus plura proposucruni rationabilia et cfflcacia valde. Tribut. Man. de la Laui enlienne, f'^ 6 a. Cette intervention d'Hugolin n'est mentionnée par aucun autre document. Elle n'a pourtant rien d'impossible. 11 éUiit aussi à Rome dans l'été de 1210. (V. Potthast, p. 462.)
4. 1 Gel. 32 et 33; 3 Soc. 47 et 43. Cf. An. Per.: A. SS.,p. 590.
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Cependant ce que François demandait était fort simple, il ne réclamait de privilège d'aucune sorte» mais 8ealement que le pape approuvât son initiative de mener une vie absolument conforme aux préceptes de rÉvangile. Il y a ià une nuance qu'il a*est pas inutile de bien saisir. Le pape n'avait pas à approuver la Règle, puisque celle-ci émanait de Jésus lui-même : à mettre les choses au pire, tout ce qu'il aurait pu faire, aurait été de frapper François et ses compagnons des censures ecclésiastiques, comme ayant agi sans mission, et de lui enjoindre de laisser au clergé séculier et régulier le soin dé réformer TÉglise.
Le cardinal Jean de Saint- Paul, auquel Tevêque d'Assise les présenta, avait été mis au courant des faits et gestes des Pénitents. Il leur prodigua les plus affectueuses marques de son intérêt, allant même jusqu'à se recommander à leurs prières. Mais ces assurances, qui ont toujours été, parait-iU la menue monnaie de la cour de Rome, ne Tempèchèrent pas de les examiner plusieurs jours de suite ^, et de leur poser une inûnité de questions qui avaient toujours pour conclusion le conseil d entrer dans un Ordre déjà existant.
A cela, le pauvre François répondait comme il pouvait, souvent non sans embarras, car il n'aurait pas voulu avoir Tair de ne pas faire cas des conseils du cardinal , et cependant il se sentait au cœur Fimpérieux devoir d'obéir à sa vocation. Le prélat revenait alors à la charge, insinuait qu'on aurait bien de la peine h persévérer, que l'enthousiasme du premier moment passerait» et de nouveau indiquait des voies plus faciles. Il
i. 3 Soc. 48; 1 Gel. 33.
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dut en&Q s'avouer vaiocu^. L'iasistaoce de François qui n'avait pas faibli un instant, ni douté de sa mission, s^était imposée k lui, eu même temps que la parfaite humilité des Pénitents et leur naïve et éclatante fidélité
à l'Église romaine le rassuraient sur la queslioQ d'hérésie.
Il leur aoaon(,a donc qu'il parlerait d eux au pape et serait leur avocat auprès de lui. D'après les Trois Compagnons, il aurait dit au pape: cJ*ai trouvé un homme de la plus haute perfection, qui veut vivre conformément au Saint-Évangile et observer en tout la perfection évaogeiique. Je crois que, par lui, le Seigneur veut réformer dans le monde entier la foi de la Sainte Eglise 2. »
Le lendemain, il présentait François et ses compagnons a Innocent III. Le pape ne leur ménagea naturellement pas les paroles de sympathie, mais leur répéta aussi les remarques et les conseils qu'on leur avait si souvent donnés : a Mes chers enfants, aurait-il dit, votre vie me paraît trop difficile; je crois bien que votre ferveur est trop grande pour qu'on puisse douter de vous, mais je dois penser à ceux qui vous suivront» de peur que votre genre de vie ne soit au-dessus de leurs forces ^ j>