‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 111 sur 242 · Cel. 3, 110. Cf. Spee. S3 a · texte numérisé non relu

Cel. 3, 110. Cf. Spee. S3 a

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pas à comprendre combien la sottise, la méchanceté, l*orgueii et la paresse peuvent, en se coalisant, arrêter les plus beaux et les plus justes élans. Il avait la foi qui transporte les montagnes, et manquait de ce brin de scepticisme si fréquent de nos jours, qui nous montre qu'il ne sert pas plus de transporter les montagnes que de déplacer les difficultés.

Lorsqu'on apprit à Assise lapprobation de sa Règle, il y eut UD irrésistible mouvement, on voulut lentendre prêcher. Le clergé dut céder, et lui offrit de parler dans 1 église Saint-Georges, mais celle-ci était mani* festement insuffisante pour le flot des auditeurs: il fallut aller à la cathédrale.

Si François ne dit rien de bien nouveau, il avait, pour conquérir les cœurs, ce qui vaut mieux que tous les arti&ces oratoires, une conviction ardente ; il parlait, forcé par le besoin impérieux de coiiinmniquer sa flamme intérieure. Quand on Tentendit rappeler les horreurs de la guerre, les crimes du peuple, les lâchetés des grands, la rapacité qui déshonorait l'Eglise, le veuvage déjà bien des fois séculaire de la Pauvreté, chacun se sentit repris dans sa conscience.

Une foule attentive ou excitée est d*ordinaire très impressionnable, mais cette sensibilité particulière a été peut-être plus forte que jamais au moyen âge. Le détraquement nerveux était endémique, et sur des gens ainsi préparés, la volonté du prédicateur s*impose d*une manière presque magnétique.

Pour comprendre ce que purent être les prédications de François, il faut oublier nos mœurs contemporaines et se transporter un instant dans la cathédrale d'Assise au XI il* siècle; elle est encore debout, mais les siècles

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ont doDoé à ses pierres une patioe de bronze poli qui rappelle Venise et les (oos d'or roux du litieu. £Ue était neuve alors et toute étiooelante de blancheur, avec la belle leiote rosée des pierres du oioul Suliasio. Les geos d'Assise ayaieot trouvé, pour la bâtir quelques années auparavaot» un de ces élans de toi et d uaion qui furent presque partout le prélude du mouYement communal ; aussi, quand ils l envahissaienl aux jours de solennités» Don seulement ils n'avaient pas ce vague respect pour le lieu saint, qui passé dans les mœurs des autres pays continue à rester inconnu en Italie, mais ils se sentaient chez eux dans ce palais qu'ils s'étaient construit. Là, plus que dans toute autre église, ils jugeaient le prédicateur et n'hésitaient pas à lui prouver soit par leurs murmures, soit par leurs applaudissements^ le cas qu ils fiiisaient de ses paroles. Qu on se rappelle aussi que les églises de la Péninsule n'ont ni bancs ni clia".^es, qu'il faut y écouter debout ou à genoux un prédicateur qui se promène et gesticule sur une tribune; qu'on ajoute à cela la curiosité de tous, les sympathies bruyantes de beaucoup, Topposition déguisée de quelques autres, et on aura une vague idée des conditions dans lesquelles François aborda la chaire de Saint-Rufm.

Le succès fut éclatant. Les pauvres gens sentirent

qu'ils avaient trouvé un ami, un frère, un défenseur, presqu*un vengeur. Les idées qu'ils osaient à peine murmurer à voix basse, François les criait bien haut, et osait dire à tous sans distinction de faire pénitence et de s'aimer.

Ses paroles étaient un cri du cœur, un appel à la conscience de tous ses concitoyens, quelque chose rap-

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pelant de très près les accents passionnés des prophètes d'Israël. Comme les témoins de Jéhovah, le petit paavre d'Assise avait pris le sac et la cendre pour dénoncer les ÎDÎquilés de son peuple, comme eux il avait le courage et rhéroïsmc, cl comme eux aussi, il se sentait au cœur de divines tendresses.

Il sembla qu'Assise allait retrouver la conscience d'Israël pour pleurer ses péchés. Les résultats de ces oppels furent prodigieux, la population entière était saisie, subjuguée, ne voulait plus vivre que conformément aux conseils de François; ses compagnons euxmêmes qui étaient restés à Rivo-Torlo, apprenant toutes ces merveilles, en subirent le contre-coup et sentirent leur vocation s^afTerrair encore : pendant la nuit il leur sembla voir leur maître sur un char de feu, montant au ciel comme un nouvel Élie^.

Cet enilioasiasiue presque délirant de toute une population n'était peut-être pas aussi difficile à provoquer qu'on pourrait se le figurer: la puissance émotionnelle des masses se trouvait alors aussi grunde dans toute l'Europe (lu'elle l'a été à Paris durant quelques-unes des journées de la Révolution.

On connaît la tragique et touchante histoire de ces bandes d*enfants, parties du nord de l'Europe qui apparurent en 1212, par troupes de plusieurs milliers où garçons et filles allaient pêle-mêle. Rien ne put les arrêter; la folie les avait gagnés; ils croyaient de bonne fol qu'ils délivreraient la Terre-Sainte, que la mer se dessécherait pour les laisser passer. Ils périrent on ne

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