‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 112 sur 242 · Gel. 47; Bon · texte numérisé non relu

Gel. 47; Bon

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sait trop comment» peut-être vendus par uq marchand d*6SclaTes^.

On en Gt des martyrs ; on eut raison : la dévolion popolaire les rapprocha de œs saints loooceots^ morts pour un Dieu qu'ils ne connaissaient pas. Les eoiknts de la croisade périrent eux aussi pour un idéal iooonnu, faux sans doute, mais ne vaut-il pas mieux mourir pour un idéal inconnu et même faux, que de vivre pour les vaines réalités d*une existence sans poésie? Nous ne serons jugés à la fin des temps ni par des philosophes» nt par des théologiens, et dussions-nous rèlre, il est à espérer que même en ce cas, l'amour couvrirait une multitude de péchés et ferait passer sur bien des folies.

Certes, s'il y a eu un temps où la névrose religieuse ail été redoutable, c*est bien celui où se produisaient de pareils mouvements. L'Europe entière semblait délirer; on vit des femmes apparaître toutes nues au

1. Il n'y a guère d'événements au treizième siècle à la fois plus documentés et plus obscurs que celui-là. Les chroniqueurs des pays les plus diwers en parlent longuement. Voici une des noUces les pliiH courtes, mais une des plus exactes, donnée par un témoin oculaire. (Annales de Gènes des années 1197 à 1219« apud t^fon. Gemi. hiêt, Seript,^ 1. 18. — in mense Augusti, dùSabbati, oeiava KaUndarum SepiembriSf intrant cioitatem Janue quidam puer Teutotiieuê fiom«fi« NiehohuM peregrinatianiê caitfa, et eum eo nmUitudo maxima pdegrinorum, déférente» cntce» et frordonoê atque eeareellae ultra eeptem millia arbitratu boni eiri inter hominee et femina» et puelloe et puellae. Et die dominica eeqnenti de dvitate ejcierimt. — Cf. Jacques de Voragine: Sluratori, t. IX, ool. 46 : Dieébant quod mare deMat apud Januam eieearî et eie ipti debebant in Hieruealem profieieei» Multi autem inter eee era»tt filii Nobilium, quos ipti etiam eum mrretrieibye deeti" narunt (.') Le rédt le plus tragique est celui d'Albéric des Trois- Fonteines qui raconte le sort de la bande (|uî s'embarqua à UarseiUe. Mon. Ger. hiet. Script., l 23, p. S9é.

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milieu des villes et des yillages et s'y promener longuemeaty silencieuses comme des fantômes'.

On comprend maintenant les récits au premier abord fantastiques qui qous sont restés sur certains orateurs populaires de cette époque : sur Berthold de Raiisbonoe par exemple, qui réunissait des foules de soixante mille personnes, ou sur ce fra Giovanni Scbio de Vicence qui pacifia un instant tout le nord de Tltalie et jeta Gueires et Gibelins dans les bras les uns des autres ^.

Cette éloquence populaire qui en i23S devait accomplir tant de merveilles, dérivait en droite ligne du mouvement franciscain. C*est saint François qui donna Texemple de ces prédications en langue vulgaire prononcées au coin des rues, sur les places, dans les champs.

Pour sentir le changement qu'il apportait, il faut lire les sermons de ses contemporains : déclamatoires, scolastiques, subtils, ils se complaisent dans des minuties d*exégàse ou de dogmatique, servent à leur auditoire affamé de nourriture simple et saine, des disserlatioas alambiquées sur les textes les plus obscurs de rÂncien Testament.

Chez lui, au contraire, tout est incisif, clair, pratique. Il ignore les préceptes des rhéteurs, il s'oublie complè-

1. Le chroniqueur bénédictin Mbert de Stade (J/o«. Ger. hist. Script., t. 16 p. 271-379) termine :.insi sa notice sur la croisade des enfants : Ad/mc quo dcvcncrint ignoratur ^rd phiriini rvdie^ runtj a quibus cum quasverciur causa cursus dixerutU se ncsrire. Nudœ ctiam mulivrcs circa idem tempus nihil luqucnte^ pcr villas et riuitates cuctin'crunf . Loc. cit. p. 355.

2. Chron. Ycvonmsey ann. 123S (Muratori, Scriptores Rer» hal.t t. VIII, p. 626). Cf. Barbarano de* Mironi: HUt. Eccle$. di Vicenza, L U, p. 79-84.

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temeoi lui-même pour ne songer qu'au but poursuivi,

la conversion des flmes. Et cette conversioD ne lui apparaît pas comme quelque chose de vague, d'indéterminé qui doil se passer uniquement entre Dieu et Tauditeur. Non; il veut des preuves iiii médiates et pratiques de la conversion. Il faut rendre le bien ma! acquis, renoncer à ses haines, se réconcilier avec ses adversaires.

A Assise même, il se jeta vaillamment dans la mêlée des dissensions civiles: Taccord de i202 entre les partis qui divisaient ia ville avait été tout à fait éphémère* Le bas peuple réclamait à chaque instant de nouvelles libertés que les nobles et les bourgeois ne lui cédaient que sous la pression de la peur. François prit parti pour les faibles, les minores, et arriva à les réconcilier avec les riches, les majores.

Sa famille spirituelle n avait pas encore de nom proprement dit, car à Tinverse des esprits trop hâtifs qui baptisent leurs produclions avant qu elles soient écloses, il attendait l'occasion qui révélerait le vrai nom qu'il devait lui donner^. Un jour on lisait devant lui la Règle. Lorsqu'on arriva au passage : a Que les frères, partout où ils se trouvent pour servir ou pour travailler, n'aient jamais de charge les mettant au-dessus des autres... mais au contraire qu'ils soient toujours au-dessous {sinl minores) de tous ceux qui se trouvent dans cette maison » ce sini mnwes de la R^ie dans

1. Les frères s'étaient d'abord intitulés Vin pœnitentiales de civitate Assisii {3 Soc. 'SI); il semble qu'ils aient eu un instant ridée de s'appeler Pnuperes de Assiaio, mais ce nom leur fut sans doute déconseillé à Rome comme se rapprochant trop de celui des Paupereê de Lugduno» V. Burchardi chroniconf p.376i V. Introd. cap. 5.

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