‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 164 sur 242 · Gel. 3, 9i Spec. 17 a · texte numérisé non relu

Gel. 3, 9i Spec. 17 a

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n'oubliait pas ses préoccapatioos : l'Ordre était trop

nombreux pour ne pas compter un groupe de mécoQteots ; quelques frèriss qui avant leur couversioa avaient étudié dans les universités, commençaient à blâmer Textréme simplicité dont on leur faisait un devoir. A des hommes que l'enthousiasme ne soutenait plus, les courts préceptes de la li^le paraissaient une charte bien insuflSsante pour une vaste association ; aussi se tournaient-ils avec envie vers les monumentales abbayes des Bénédictins, des Chanoines r^uliers» des Cisterciens, et vers les antiques législations monastiques. Ils n'eurent pas de peine à deviner en Hugotin un puissant allié, et à lui faire part de leurs remarques.

Celui-ci crut le moment propice venu, et dans une conversation particulière, suggéra à François quelques idées : Ne devrait-il pas faire à ses disciples, surtout à ceux qui étaient instruits, une plus grande part dans les charges? les consulter, s'inspirer de leur avis? n'y aurait^il pas lieu de profiter de rexpérience des anciens ordres? Quoique tout cela eut été dit comme en passant, et avec tout le tact possible, François se sentit blessé au vif et, entraînant sans répondre le cardinal en plein Chapitre :

«Mes Frères, dit-il avec feu, le Seigneur m'a appelé . par la voie de la simplicité et de l'humilité. £ii elles, il m'a montré la vérité pour moi et pour ceux qui veulent me croire et m'imiter \ ne venez donc pas me parler de la Eègle de saint Benoît, de saint Auj^stiui de saint Bernard, ni d'aucune antre, mais senlement de celle que Dieu, dans sa miséricorde, a voulu mo montrer, et dont il m'a dit. qu'il voulait, en elle, &ire un nouveau pacte avec le monde, et il n'a pas voulu que nous en ayons

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ancQiie autre. Mais par yoire science et votre sagesse Dieu vous confondra. Au reste j'ai confiance que Dieu TOUS châtiera; bon gré mal gré, voub serez forcés de -venir à résipiscence, et il ne vous restera que de la confusion ^»

Cette ardeur à défendre et à affirmer ses idées, étonna profondément Hugolin qui n'ajouta pas une parole. Quant à Dominique, ce qu'il venait de voir k la Portioncule fut pour lui une révélation. 11 sentait bien que son zèle pour l'Église ne pouvait pas grandir, mais il s'apercevait aussi que par quelques changements dans ses armes, il pourrait la servir avec beaucoup plus de succès.

Hugolin ne fit sans doute que Tencourager dans cette voie, et Dominique, obsédé de préoccupations nouvelles, prenait, quelques mois après, le chemin de l'Espagne. On n'a pas assez remarqué la profondeur de la crise qui se produisit alors en lui ; les écrivains religieux racontent longuement son séjour dans la grotte de Ségovie, mais ils ne voient que les pratiques ascétiques, les oraisons, les génuflexions, et ne songent pas à rechercher la cause de tout cela. A partir de cette époque, on pourrait dire qu'il est sans cesse occupé à copier saint François, si ce mot n'avait un sens quelque peu déplaisant ; arrivé è Ségovie, il fonde comme le^ Frères Mineurs un ermitage hors de la ville, perdu dans les rochers qui la dominent, et d'où il descend de temps en temps pour prêcher au peuple. La transformation de sa manière de vivre fut si évidente que plusieurs de

1. Spec. 49 a; TribuL Man. Laur. lla-12b; Spec. 183 a; Canform. i35b 1.

• ses compagnons s'en émurent, et refusèrent de le suivre dans la nouvelle voie.

Le sentiment populaire a parfois comme des intui-

* lions: une légende se fit autour de cette grotte de Ségovie, et Ton raconta que saint Dominique y avait reçu les stigmates. N y a-t-ii pas là un eiïort iaconscieot pour traduire, par une image à la portée de tous, œ qui s'ëlait vérilablenient passé dans cet antre de la Sierra de Guaderrama ^ ?

Saint Dominique arrivait ainsi, lui aussi, à la pauvreté

évangélique ; mais le chemin par lequel il y venait était

bien diflerent de celui qui avait été suivi par saint

François; tandis que ce dernier s*y était élevé d'un

coup d'aile, y avait vu raffranchtssement définitif des

préoccupations qui avilissent la vie, saint Dominique oei

la considérait que comme un moyen ; elle était pour lui

une arme de plus dans Tarsenal de la milice chargée

de défendre TÉglise. Il ne faut pas penser ici à un

calcul vulgaire; son admiration pour celui qu'il imitait

ainsi et suivait de loin, était sincère et profonde, mais

on ne copie pas le génie. Cette maladie sacrée, il ne

Tavait pas ; il a transmis à ses fils spirituels un sang

robuste et sain, grâce auquel ils n'ont pas connu ces

accès de fièvre chaude, ces élans sublimes, ni ces retours

Subits qui font de Thistoire des Franciscains, Thistoire

de la société la plus tourmentée qu'il y ait eu sur la

terre, et où les chapitres glorieux sont entremêlés de

pages triviales et grotesques, parfois grossières.

An chapitre de 1218, François eut bien d*autres

i . Les principales sources sont indiquées A. SS. Augusti, 1. 1, p. 470 SS.

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sujets de tristesse que les murmures d'un groupe de mécontents; les missionnaires envoyés Tannée précédente en Allemagne et en Hongrie, étaient revenus complètement découragés. Le récit des souffrances qu'ils avaient endurées produisit un si grand effet que, dès lors, beaucoup de frères ajoutaient à leurs prières la formule: «Seigneur préservez-nous de Thérésie des Lombards, et de la férocité des Allemands^.»

Ceci nous explique comment Hugolin finit par convaincre François du devoir qu'il y avait à prendre les mesures nécessaires, pour ne plus exposer les Frères à être pourchassés comme hérétiques. Il fut décidé qu'à rissue du prochain chapitre, les missionnaires se muniraient d'un bref pa[)al, qui leur servirait de passe-port ecclésiastique. Voici la traduction de ce document :

«Honorius évéque, serviteur des serviteurs de Dieu,

aux archevêques, évêques, abbés, doyens, archidiacres et autres supérieurs ecclésiastiques, salut et bénédiction apostolique.

«Nos chers £ls, le frère François et ses compagnons de fat vie et de T Ordre des Frères Mineurs ayant renoncé I aux vanités de ce monde, pour choisir Un genre de vie qui a mérité d'être approuvé par l'Église romaine, et s'en aller, à l'exemple des Apôtres, jetant dans des régions diverses la semence de la parole de Dieu, nous vous prions tous et vous exhortons, par ces lettres apostoliques, de recevoir comme bons catholiques les Frères de la susdite société, porteurs des présentes, lorsqu'ils se présenteront devant vous, vous avertissant de leur être

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