DOMINIQUE ET S. FRANÇOIS
le momeDt veau de réaliser le projet qu'il n avait pu exécuter en 1212. Chose étrange» Hugolia qui, deux ans auparavant, l'avait empêché d'aller ea FraocOy lui laissa liberté entière pour accomplir celte nouvelle expédition*. Quelques auteurs ont pensé que François^ ayant trouvé en lui un vrai protecteur, se sentait rassuré pour Tavenir de TOrdre ; il a du en effet penser cela^ mais l'histoire des troubles qui éclatèrent de suite après son départ, le stupéfiant récit du bon accueil fait par la cour de Rome à quelqués brouillons qui profitèrent de son absence pour mettre son œuvre en péril, suffiraient à montrer combien TÉglise était embarrassée de lui, et avec quelle ardeur elle souhaitait la transformation de son œuvre. On trouvera plus loin le récit détaillé de ces faits.
Il parait qu*un Romagnol, frère Christophe, fut nommé à ce même chapitre, provincial de Gascogne; il y vécut en Franciscain de la première heure, travaillant de ses mains, habitant une étroite cellule de branchages et de terre glaise K
Égide partit pour Tunis avec plusieurs frères, mais une grande déception les y attendait : les chrétiens de ce pays, dans la crainte d'être compromis par leur zèle
1. La contradiction est si frappante, que les BoUandistes en ont làjt le principal argument pour défendre l'erreur de leur manuscrit (1 Gel. 75), et prétendre envers et contre tous que François
avait poursuivi son voyage. A. SS. 607.
2. 1! mourut à Cahors le 31 oct. 1272, Sa légende se trouve dans le Mau. Kiccardi 279, f« G9 a. Incipit vita f. Cvistophori quam eampilaint fr. Bemardus de Beasa custodiœ Cat h rémois : Qurtst vas auri solidum. Cf. Marc de Lisbonne, t. II, p. 106-113, 1. 111, p. 212 et Glassberger, An. fr,, t. II, p. 14.
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missionnaire, les jetèrent sur un bateau et les contraigoirent à repasser la mer ^.
Si la date de 1219, pour ces deux missions, ne repose guère que sur des conjectures, il n'eu est pas de même pour le départ des frères qui se dirigèrent vers TEspagoe et le Maroc. Cinq d'entre eux subirent le martyre, le 16 janvier 1220* On a retrouvé récemment le récit de leurs dernières prédications et de leur fin tragique, par un témoin oculaire K Ce document est d'autant plus précieux qu'il conOniie les lignes générales du récit bien plus long fait par Marc de Lisbonne. Il serait hors de propos de le résumer ici, puisqu'il ne concerne que fort indirectement la vie de saint François; mais il faut noter que ces acta ont, outre leur valeur historique, une portée psychologique, il faudrait presque dire pathologique, vraiment remarquable : jamais la folie du martyre n'a été mieux caractérisée que dans ces longues pages où Ton voit les frères forcer les Mahométans h les poursuivre et à leur faire gagner la palme céleste. La longanimité que montra d*abord le Miramolin, ainsi que ses coreligionnaires, donne une idée d'autant plus haute de la civilisation et des qualités de ces Infidèles» que des sentiments fort différents seraient naturels chez les vaincus des plaines de Tolosa.
Il est impossible d'appeler prédications, les collections de grossières apostrophes que les missionnaires adres-
1. A. SS. Aprilis t. III, p. 224 ; Cwfovm. 118 b 1 ; 54 a ; Marc <le Lisbonne, t. II, p. 1. — Frère Luc,avait été envoyé à Constanlinople en 1219 au plus tard. V. Constittitua du 9 déc. 1220 : Sbaralea, Bull, fr., t. I, p. 6; PoUhast 6431.
2. C'est à M. MûUer (Anfàngûf p. 207) que revient rbonneur de cette pubticaUon Mi» d'après on manuscrit de la Gottoniana.