‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 167 sur 242 · D0M1MQU£ £T S. FAANfOlS · texte numérisé non relu

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saieDt à ceux, qu'ils voulaient coavertir : à ce paroxysme, la soif du martyre deyienl la folie du suicide. Est-ce à dire que les frères Bernard, Pierre, Adjutus, Accurse et Othoo n'aient pas droit à l'admiration et au culte doDt ou les a eotourés? Qui oserail le dire ? Le dévouement n*e8t-il pas toujours aveugle ? Pour qu'un sillon soit fécond, il y faut du sang, il y Taut des larmes, de ces larmes que saint Augustin appelle le sang de Tâme. Ah! c'est une grande duperie que de s'immoler, car le sang d'un seul homme ne saurait sauver ni le monde, ni même une nation; mais c'est une duperie plus grande encore que de ne pas s'immoler, car alors on laisse perdre les autres, et on se perd soi-même le premier.

Recevez donc mon salut, Martyrs du Maroc, vous ne regrettez pas, j'en suis sûr, votre folie, et si jamais quelque raisonnable pédant, fourvoyé dans les bosquets du paradis, est venu vous démontrer doctement qu*il aurait mieux valu rester dans votre pays, y faire souche d'une honnête famille de laboureurs vertueux, * je me figure que Miramolin, devenu la-haut votre meilleur ami, aura pris soin de le confondre.

Vous fûtes fous, niais d'une folie que j'envie, car vous sentiez que l'essentiel, ici-bas, n'est pas de servir tel ou tel idéal, mais de servir de toute son ftme celui qu'on a choisi.

Lorsque, quelques mois après, le récit de cette fin glorieuse arriva à Assise, François surprit chez ses* compagnons un mouvement d'orgueil et leur en fit de vifs reproches; lui, qui aurait tant envié le sort des martyrs, se sentait humilié de n'avoir pas été jugé par Dieu digne de le partager. Comme le récit élait entremêlé de quelques phrases d'éloge à l'adresse du

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fondateur de l'Ordre^ il défeodit den cootiauer la lecture ^.

Au lendemain du chapitre, il avait lui-uiérue entrepris une missioD du genre de celle qu'il avait confiée aux frères du Maroc, mais il avait procédé d'une manière toute différente : ou ne retrouve pas chez lui ce zèle aveugle qui court à la mort avec une sorte de frénéae^ et fait oublier tout la reste; peut-être seotait-il déjà que reflTort continu vers le mieux, Timmolation de tous les instants à la vérité est le martyre des forts.

Cette expédition qui dura plus d-un an n*e8t mentionnée qu'en quelques lignes par les biographes Par bonheur» nous avons sur elle une foule d'autres récits ; mais ce silence suûlrait à prouver la sincérité des au* teurs franciscains primitifs: s'ils avaient voulu faire œuvre d'amplification, quel thème plus merveilleux et plus facile auraient-ils pu trouver? François quitta la Portionculeà la mi-juin et se dirijs^ea vers Ancône, d'où les Croisés devaient partir pour TÉgypte, le jour de la • Saint-Jean (2& juin). Beaucoup de frères s'étaient joints à iuiy ce qui n'était pas sans inconvénient pour un voyage par mer^ où Ton était obligé de s*en remettre k la charité des patrons de bateaux, ou k celle des compagnons de voyage.

On comprend l'embarras de François arrive à Ancône, et obligé d'y abandonner une partie de ceux qui souhailaienl si fort d'aller avec lui. Les Gonformilés racontent^à ce propos un trait pour lequel on pourrait désirer une autorité plus ancienne, mais qui est bien

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