Jord. chroo. il-i
2. L'épisode des murmures de fr. Léonard raconté plus loin, donne quelque probabilité à cette hypotbèse.
3. Tribul. Man. Laur. 9 b. Cf. 10 b.: Sepulcro Domini viiitato festinat ad ChiHstianorum tmram*
4. Sur ce monastère voir une lettre ad familiarei de Jacques de Vitry, écrite en iSlS et publiée en 1847 par le baron Jules de S. Génois au t XIII des Mémoires de V Académie royale des sciences et des beaux*arts de Bruxelles (1849). Conform, 106 b 2 ; 114 a 2 ; Spec, 184.
s. DOMINIQUE £T S. FRANÇOIS 265
des reoseignemeois détaillés sur ce qui se passait en Italie durant Tabsetioe de François. La chronique de frère Jourdain, récemment retrouvée et publiée, jette tout le jour désirable sur le complot tramé précisément par ceux, qu'il avait chargés de le remplacer à la Portioncule ; et cela, sinon de connivence avec Rome et le cardinal protecteur, du moins sans leur opposition. Ces péripéties avaient bien été racontées par AngeloClareno, mais rëmotion non déguisée que respirent tous ses écrits et leur manque de précision, suflBsaient à les faire tenir ea quarantaine par les criliquesjvisés. Comment penser que, du vivant même de saint François, les vicaires qu'il avait institués, profitaient de son éloignement pour bouleverser son œuvre ? Comment le pape, qui durant cette période fut en séjour à Rieti, puis h Viterbe, comment Uugolin qui était encore plus près, à PéroQse, n'auraient-ils pas imposé silence aux agitateurs ^?
Aujourd'hui que tous ces faits reparaissent non plus
dans un récit oratoire et passionné, mais datés, brefs, précis, tranchants, avec des allures de notes prises au jour le jour, il faut bien se rendre à révidence.
Y a-Uil lieu de condamner bruyamment Hugolin et le pape? Je ne le crois pas: ils jouèrent un rôle qui n*est pas à leur honneur, mais leurs intentions étaient évidemment excellentes. Si le fameux aphorisme que la lin justàiie les moyens est criminel quand on examine sa propre conduite, il est le premier devoir quand on juge celle des autres : voici donc ces événements.
Dès le 25 juillet, un mois environ après le départ de
i. A. SB. p. eie-aâO, 848, 851, 638.
266 Vl£ DE s. FAANÇOIS
François pour la Syrie, Uugolia qui était à Pérouse, octroyait aux Clarisses de Monticelli (Florence) , Sienne, Pérouse et Lucques» ce que soo ami avait si obstioément reftasé pour les Frères» la règle bénédictine^.
Eq même temps, saint Dominique, revenu d'Espagne plein d*une ardeur nouvelle ë la suite de sa retraite dans la grotte de Ségovie, et décidé à adopter pour son Ordre la ri^Ie de la pauvreté, était vivement encouragé dans cette voie et comblé de faveurs 2. Honorius III voyait en lui rbomme providentiel du moment, le réfor> mateur de l'état monastique; aussi eut-il pour lui des prévenances inouïes, et alla par exemple jusqu'à lui adjoindre un groupe de moines appartenant à d'autres ordres, qui étaient destinés à être comme ses lieutenants dans les tournées de prédications qu*il croirait devoir entreprendre, et à faire sous sa direction l'apprentissage de la prédication populaire
Qu'Hugolin ait étéTinspiraleur de tout cela, les buUes sont là pour en témoigner. Diriger les deux ordres nouveaux est si bien alors sa pensée dominante qu'il élit domicile en conséquence et qu'on le retrouve sans cesse à Pérouse, c'est-à-dire à trois lieues de la Portioncule, ou à Bologne, le boulevard des Dominicains.
11 devient évident maintenant que si la fraternité instituée par Frangois fut véritablement le fruit de ses
1. V. Bulle. Sacrosancta du 9 déc. 1219, cf. celles du 19 sept. 1222: Sbaralea I, p. 3; 11 ss. ; Polthast 6179, 6879 a. b. c.
2. Y. Polthast 6155, 6177, 6184, 6199, 6214, 6217» 6218, 6220, 6246. Voir aussi Chartulariutn Univenitatiê Par., U I, p. 487.
3. Balle Quia qui sminant do 12 mai 1220. Riponi BuU. Prœd., 1. 1, p. 10 (Pottbaat 6249).
uiy u^ud by GoogI
enlraiileSi la chair de sa chair, TOrdre des Frères Prêcheurs émaoe de la papauté, et quesaiat DomiDique n'en est guère que le père putatif. Ce caractère a été exprimé d'un mot par un des annalistes contemporains les plus autorisés^ Burchard d'Ursperg (f 1226). cLe pape, dit-il, institua et confirma l'Ordre des Prêcheurs^.»
François, s'achemioaut vers rOrient, avait pris pour compagnon spécial un frère que nous n^avons pas encore rencontré, Pierre de Cataoe ou dei Callani. Était-il originaire de la ville de Catane? Rien ne Tindique d'une façon précise. 11 semble plus probable qu'il ait appartenu à la noble famille dei Cattani bien connue déjà à François, et dont Orlando, comte de Chiusi en Casentin, qui lui avait donné l'Alveme, était un des membres. Quoi qu'il en soit, on ne peut le confondre avec le frère Pierre qui prit l'habit dès avril 1209» en même temps que Bernard de Quintavalle, et qui mourut peu de temps après. La tradition, en faisant de ces deui hommes un seul et même personnage, n'y était pas amenée seulement
1. Mon, Germ, hùtt. Script. ^ t. 23, p. 376. Ce passage est d'une importance extrême, car il résume en quelques lignes la politique , ecclésiastique d*HoDorius III. Après avoir parlé des périls dont les 11 ^ Humiliati menaçaient l'Église, Burchard igonte : Quœ voîens eorri- \\ gère dominus papa ordinem Predicatorum inetituit et confit" maint* Or, ces Humiliati étaient wn Ordre appron? A, mais Burchard, en les mettant an rang des hérétitpies à côté des Panms de Lyon, exprimait d'an mot les sentiments de la papauté à leur égard ; elle avait ponr eux une invincible répugnance et ne voulant pas les frapper directement, elle cherchait à créer un dérivatif. On suivit vte-à-vis des Frères Mineurs une tactiipie lemUable, avec le surplus de précautions qu'inspirait la sainteté du fondateur et le prodigieux succès de l'Ordre. Tout cela devint inutile lorsqu'on 1921 frère Ëlie devint vicaire de François, et surtout lorsqu'après la mort de celui-ci, il «ut toute la liberté nécessaire pour diriger rOrdre suivant les vues d'Hugolin devenu Grégoire IX.
par la similitude des noms, mais aussi par le penchant bieo naturel d'augmenter le prestige de celui qui, de 1220 — 1221, devait jouer un grand rôle dans la direction de rOrdre K
Lors de son départ pour TOrient, François avait laissé deux vicaires pour le remplacer, les frères Matthiea de. iSarni et Grégoire de Naples. Le premier était spécialement chargé de rester à la Porlioncule, pour admettre les postulants^. Grégoire de Naples devait au contraire parcourir Tltelie, pour consoler les Frères K
Les deux vicaires commencèrent aussitôt à tout bouleverser* On ne s'explique pas comment des hommes encore sous Timpression de leur première ferveur pour une règle qu'ils avaient promis d'observer dans la plénitude de leur liberté, auraient pu songer h innover, s'ils n'avaient été poussés et soutenus en haut lieu.
Mitiger le vœu de pauvreté, multiplier les obser-
1. 1 Gel. 25 ; Cf. Â. SS., p. 581 ; Pierre de Gatane avait le titre de docteur ès lois, Jord. il, ce qui ne cadre absolument pas avec ce qui est neonté de fr. Pierre, 3 Soc. SS et SO. Cf. Bon. S8 et SO. Spee. 5 b.; JFtorS; Confarm.Ali 52 b 3. Petmu vtrUtteratuê erat et nolnli$. Jord. i%
3. Nous ne savons rien d'autre sur lui sinon qu'il eut après sa mort le don des miracles. Jord. 11 ; Conform. 62 a 1.
3. Ce n*était pas un homme ordinaire; orateur et administrateur remarquable (Eccl. 6), il fut ministre de France dès avant 1224, et l'était encore en 1240, grâce au sèle avec lequel il avait adopté les idées de frère Élie. 11 était neveu de Grégoire IX, ce qui ne laisse pas de jeter un jour sur les menées qui vont être racontées; après avoir été emporté par la disgrâce d'Élie, et condamné à la prison perpétuelle, il devint sur la fin de sa vie évdque de Bajeuz. Je note pour les Aireteurs qu*à la Nationale de Paris se trouve le manuscrit de deux de ses sermons. L*auteur n'y étant indiqué que comme /V. Gr. min. on ne savait jusqu'ici de qui il s'agissait. Ces sermons ont été préchés à Paris, le Jeudi et le Samedi saint. Ifs. nouv. acq. ht. 338 ^« 148 v«, 159.
s. DOUINIQUB ET S. FHANÇOIS â09
yanœs, tels furent les deux points sur lesquels se porta tout leur effort*
Ed apparence, c*ëtait là bien peu de chose, en réalité c'était beaucoup, car c'était une première tentative de Vesprit ancien contre l'esprit nouveau. C'était l'effort d'hommes faisant de la religion, inconsciemment, je veu?c le croire, noe affaire d'observances et de rite, au lieu d'y voir, comme saint François, la conquête de cette liberté qui nous affranchit de tout et de tous, et qui décide chaque àme à obéir à ce je ne sais quoi de divin et de mystérieux, qu'adorent les fleurs des champs, que bénissent les oiseaux du ciel, que loue la symphonie des astres et que Jésus de Nazareth appelait: Abba c*68t-à->dire Père.
La première R^le était excessivement simple en ce qui concernait les jeûnes. Les frères devaient faire maigre le mercredi et le vendiedi ; ils pouvaient ajouter, mais seulement sur une autorisation spéciale de François, le maigre du lundi et du samedi. Les vicaires et leurs adhérents compliquèrent cela d'une façon étonnante. Au chapitre général célébré en l'absence de François (17 mai 1220), ils décidèrent qu'en temps de gras, les frères ne chercheraient pas ù se procurer de viande, mais que si ou leur en offrait spontanément, ils la mangeraient; 2** que tous jeûneraient le lundi, outre le mercredi et le samedi; &^ que le lundi et le samedi, on s'abstiendrait de laitage, à moins que par hasard les fidèles ne vinssent à en donner ^.
Ces tentatives témoignent aussi d'un effort pour imiter les anciens ordres, qui n*ailait pas sans le vague espoir
1 Jord. il. Cf. Spee. 34 b ; Fior. 4; Conform. 184 a 1.
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de se substituer h eux. Frère Jourdaio ne nous a
conservé que cette décision du chapitre de 1220, mais les expressions dont il se sert montrent assez qu*elle fut loin d être la seule» et que les mécontents avaient voulu, tout comme les chapitres de Giteaux ou du Mont-Gassin, édicler de véritables constitutions.
Ces modifications de la R^le ne passèrent cependant pas sans provoquer l'indignation d*une partie du chapitre : un frère lai s'en fit le messager ému» et partit pour rOrient supplier François de revenir au plus tôt prendre les mesures réclamées par les circonstances.
II y avait eu aussi d'autres causes de trouble: Frère Philippe, zélateur des Clarisses, s'était hâté de leur faire octroyer par Hugolin les privilèges dont il a été déjà question K
Un certain frère Jean de Conpello^ avait réuni un
grand nombre de lépreux des deux sexes, et écrit une règle pour fonder avec eux un ordre nouveau. 11 s'était ensuite présenté, avec un cortège de ces malheureux, au souverain pontife, pour obtenir son approbation- Bien d'autres tristes symptômes s'étaient manifestés