CHAPITRE XVIII Le cantiqae du -soleil
(Autonme 1224 — antomne 1223.)
Le lendemaiD de la Saint-Michel (30 septembre 122/i}y François quitta TAIvenie pour se diriger vers la PortiODCule. Il était trop épuisé pour songer à faire le trajet à pied ; aussi le comte Orlando avait-il mis un cheval à sa disposition.
On devine FémotioD du Stigmatisé disant adieu à la montagne sur laquelle s'était déroulé le drame d'amour et de douleur qui avait consommé Tunion de son être tout entier avec le Cruciflé.
Amor^ amor^ Gesu desideroso, Amor voiflio morire.
Te abrasando
Amor dolce Gesu meo sposo, Amor^ amor, la morte te domando^ Amor, amor, Gesu si pietoso Tu me te dai in te transformato Pensa ch*io vo spasmando Non so 0 io me sia Gesu speranza mia Ormai va^ dormi in amore.
Aiosi chaotait Jacopooe de Todi daas Tivresse des mêmes ardeurs ^.
S'il faut en croire un document qui vient d'être publié, frère Masseo, un de ceux qui restèrent à l'Alveroe, aurait consigné par écrit les souvenirs de cette journée
On se mit en roule de bon malin» François, après avoir fait ses recommandations aux frères, avait eu un regard et une parole pour tout et pour tous; pour les rochers, pour les fleurs, pour les arbres, pour le frère faucon, un privilégié qui eul toujours Tautorisaliou d'entrer dans sa cellule et qui, chaque matin» était venu, dès les premières lueurs de Taurore, lui rappeler Theure de Toffice ^.
Puis la petite troupe prit le sentier de Monte-Acuto.
Arrivé au coi d'où l'on peut jeter un dernier regard sur TAlverne, François descendit de sa monture et s'agenouillant par terre, tourne vers lui: «Adieu, dit-il, montagne de Dieu, montagne sainte, nwns coagiUatus, mous pinyuis, mons in quo bene placitum est Deo habitare; adieu, mont Alverne, que Dieu te bénisse, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, reste en paix, jamais plus nous ne nous reverrons, ji»
4. Trente-sixième et dernière strophe du cantique Amor de caritade Perche m'hai m feritol qu'on trouve dans les recueils des œuvres do saint François.
2. Par l'abbé Amoni, à la suite de son édiUon des FioreUi, Rome, i vol in 12, 1889 p. 390—392 : On ne peut qne regretter, une fois de plus, le silence do cet éditeur sur le manuscrit d*où il a tiré ces charmantes pages. Certaines Indications semblent 8*opposer à ce que l'auteur Tait écrit avant la seconde moitié du treiiième siède; d'autre part on ne voit pas le but qu'aurait poursuivi un Ciussaire. Une pièce apocryphe se décèle toiijours par quelque thèse intéressée, or ici le rédt est d'une enfantine simplicité.