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VIE DE S. FRANÇIOIS
«Pardonnez-moi y mon PèrOi lui dit un jour Tun d'entre eux^ mais ce que je yeux voua dire, beaucoup l'ont déjà pensé : vous savez eomment jadis, par la g^râee de DieU; 1 Ordre tout entier marchait dans le sentier de la perfection; pour ce qui regarde la pauvreté et l'amour, comme pour tout le reste, les Frères n'étaient qu'un cœur et qu'une âme. Mais depuis quelque temps tout cela a bien changé : il est yrai qu'on excuse souvent les Frères en disant que TOrdre s'est trop agrandi pour maintenir les anciennes observances ; on va même jusqu'à prétendre que les infidélités à la Règle, telles que la construction do grands monastères, sont une source d'édification pour le peuple, si bien que la simplicité et la pauvreté primitives ne sont tenues pour rien. Evidemment tons ces abus vous déplaisent; mais alors, on se demande pourquoi vous les tolérez?»
— € Que Dieu te pardonne, mon frère, répondit François. Pourquoi m'accuser ainsi de choses auxquelles je ne peux rien ? Tant que j'ai eu la direction de l'Ordre et que les Frères ont persévéré dans leur vocation, j'arrivais malgré ma faiblesse à faire le nécessaire; mais lorsque j'ai vu que, sans souci de mes exhortations ni de mes exemples, ils marcbaient dans la voie dont tu as parlé, je les ai confiés au Seigneur et aux ministres. Il est vrai que lorsque j'ai renoncé à leur direction, alléguant pour motif mon incapacité, s'ils avaient marché selon mes désirs^ je n'aurais pas voulu qu'avant ma mort ils i eussent un autre ministre que moi : malade, alité même, j'aurais trouvé la force de remplir les devoirs de ma charge. Mais cette charge est toute spirituelle, je ne veux pas devenir un bourreau pour frapper et punir comme les gouverneurs politiques
1. Ces paroles sont empruntées à un long fragment cité par Ubertin de Casai, comme venant de ft*ère Léon : Arbor vit* crue, lib. Y, |