Tribut. Laur. 17 b
2. Voir par exemple la question de frère Richer sur les livres: libertin, Loc. cit. Cf. Archiv lll p. 75 et ^7; 5pcc. 8a; Conform. 71 b 2. Voir aussi: Ubertin, Avchiv. III p. 75 et 177 ; THhul. 13 a; Spec. 9 a; Confonn. 170 a 1. 11 est curieux de rapprocher le récit tel ({u'il se trouve dans ces documents de la version qu'en donne 2 Cel. 3, 8.
3. M an. 338 d'Assise f> 28 a - 81 a avec la rubrique : De lictera et ammonitione beatissiini patrie noetri Franeisci quam mieil fra" iribue ad eapitulum quando erat infirmue. Cette lettre a été séparée à tort en trois par Rodolphe de Tossignano (f* S37), qui a été sttivi par Wadding (Epistoln X, XI, XII). Le texte se trouve, sans eette sotie division, dans le manuscrit dté et dans: Firmamentum f«21; Spee, Morin, III, 217 a; Ubertin, Arbor vit. crue. V, 7.
VIB DE S. FRANÇOIS
reproches, mais ea fi:uQt leurs regards sur la sainteté parfaite.
A tous les véaérés et très aimés Frères Mineurs, à frère A*** S ministre général| son Seigneur, et aux autres ministres généraux qui seront après lui, et à tons les iiiiniatres, aux custodes et aux prêtres de cette fraternité| humbles en Christ, et à tous les frères simples et obéissants, les plus anciens et les plus récents, frère François, homme vil et caduc, votre petit serviteur, salut!
Écoutez, mes Seigneurs, vous qui êtes mes fils et mes frères, prêtez roreillo à mes paroles. Ouvrez vos cœurSi et obéissez à la voix du Fils de Dieu. Gardes de tout votre cœur ses commandements et observez parfaitement ses conseils. Louez-le, car il est boui et glorifiez-le par vos œuvres.
Dieu vous a envoyés par tout le monde, afin que par la parole et par T exemple vous rendiez témoignage de lui, et que vous appreniez à tous qu'il est seul tout-puissant, l'ersùvérez dans la discipline et dans l'obéissance, et tenez ce que vous lui avez promis avec une bonne et ferme volonté.
Après cette entrée en matière, François passe aussitôt à la recommandation essentielle de sa lettre, celle de l'amour et du respect dus au Sacrement de lautel;
i. Cette initbde (douiée sealement par le Man. d'Assise), n*«it pas sans exciter l'étonnement. II semble qu*U sarait dû y avoir un simple N***. Cette lettre a pu être ainsi remplacée par un copiste ({ui aurait employé Tinitiale du ministre général en charge au moment où il écrivait. Si cette hypothèse a quelque valeur, elle aiderait à fixer 11 date exacte du manuscrit (Albert de Pise ministre de 1239— 1240i Aimon de Faversham de 1240—1244).
LA DBRNiftRB ANNÉE
la foi eD ce mystère d'amour lui apparaissait eu effet
comme le salut de l'Ordre*
Avait-il tort ? Un homme qui croit véritablement à la
présence réelle de rUomme-Dieu entre les doigts du prêtre qui élève l^hostie, pourrait-il ne pas consacrer sa vie à ce Dieu et à la ^inteté? Go aura quelque peine à le penser.
II est vrai que des légions de dévots professent la foi la plus absolue en ce dogme, et l'on ne voit pas qu'ils en soient moins mauvais ; mais la foi pour eux est d'ordre intellectuel, c est labdication du raisonnement» et en immolant à Dieu leur intelligence, ils sont fort heureux de lui offrir un instrument qu'ils préfèrent bien ne pas employer.
Pour François, la question se présentait tout autrement : la pensée qu'il pût y avoir du mérite à croire ne pouvait même pas lui venir h l'esprit : le fait de la présence réelle était pour lui d'une évidence presque <x>ncrète. Aussi, sa foi en ce mystère étai^-elle un effort de son cœur, pour que la vie du Dieu, mystérieusement présent sur Tautel, devint la sève de toutes ses actions.
 la transsubstantiation eucharistique opérée par les paroles du prêtre, il en ajoutait une autre, celle de son <;œur.
« Diea s'offre à nous comme à ses enfants. C'est pour- •quoi, je vous prie, vous tous mes frères, en vous baisant
les pieds, et avec tout l'amour dont je suis capable, d'avoir pour le corps et le sang de notre Seigneur Jésus- CShnst tout le respect et tout Thonnear que vous pourrez. »
Plus loin s'adressent aux prêtres en particulier :
372 VIB DB 8. FRANÇOIS
€ Écoutez, mes frères, si la bienhenreiue Vierge Marie
est honorée à juste titre pour avoir porté Jésus dans son sein, si Jean-Baptiste a tremblé parce qu'il u'oaait pas tOQcher la tête du Seigneur, si le sépulcre dans lequel il a reposé un pou de tem])s est entouré d'au si graud culte, oh! combien saint, pur et digne doit être le prêtre qui touche de ses mains, qui reçoit dans sa bouche et dans son cœur, et qui distribue aux autres Jésus vivant, glorifié, celui dont la vue réjouit les anges I Comprenez votre dignité, frères prêtres, et soyez saints, car il est saint. Oh ! quelle grande misère et quelle affreuse infirmité, si vous l'aviez là présent devant vous, et que vous ayez souci de quelque autre chose. Que tout homme eoit dans le saisissement, que le monde entier tremble^ que le ciel tressaille de joie, lorsque, sur Tautel, entre les mains du prêtre, descend le Christ, le Fils du Diea vivant. O profondeur admirable ! ô étonnante faveur ! ô triomphe deThumilitél voilà que le maître de toutes choses. Dieu, et le Fils de Dieu s'humilie pour notre salut, jusqu'à se dissimuler sous l'apparence d'un peu de pain.
Regardez, mes frères, cette humilité de Dieu et répandez vos cœurs devant lui \ humiliez-vous, vous aussi, afin que vous soyez, vous aussi, relevée par lui. Ne gardez pour vous rien de voue, afin qu'il
vous reçoive tout entiers, celui qui se donne à vous tout entier. »
On voit avec quelle vigueur d'amour, le cœur de Fraoçois avait saisi l'idée de la oommuoiou.
Il termine par de longs conseils donnés aux frères, et après les avoir conjurés de garder fidèlement leurs promesses, tout son mysticisme s exhale et se résume en une prière d'une admirable simplicité.
LA DEaUilÈaB ANNÉE
cDieu tottt-puissaaty éternel, jasie et miséricordieuzi donnea-DOQBi à noQB pauvres malhenrenz, défaire à cause
de vous ce que nous savons être votre volonté, et de vouloir toujours ce qui vous plaît; de sorte qu'intérieurement purifiés, illuminés et enflammés par le feu de TEsprit saint, nous puissions suivre les traces de votre Fils bien aimé, notre Seigneur Jésus-Clurist. »
Qu'est-ce qui sépare cette prière de reflTart fait en dehors de toute religion révélée par les âmes d élite pour découvrir le devoir? Très peu de chose eu vérité : les uiots sont différents, raclion est la même.
Cependant la sollicitude de François s'étendait bien au delà des limites de I Ordre. Sa plus longue épître s'adresse à tous les chrétiens : les paroles y ont quelque chose de si vivant, qu'on croit entendre un bruit de voix derrière; et cette voix, d'ordinaire sereine comme celle qui proclama sur la montagne de Galilée la loi des temps nouveaux» devient çà et ià d'une douceur indièible, comme celle qui retenUt dans le cénacle, au soir de la première eucharistie.
Gomme Jésus oubliant la croix qui se dresse dans Tombre, François oublie ses souflVaoces, et envahi d'une divine tristesse, il songe à cette humanité pour chaque membre de laquelle il voudrait donoer sa vie ; il songe à ses fils spirituels, ies Frères de la Pénitence, qu'il va laisser sans avoir pu leur faire sentir, comme il Taurait voulu, Tamour dont il brùle^our eux : « Père je leur ai donné les paroles que vous m'aviez données.... c'est pour eux que je vous prie ! d
Tout l'Évangile franciscain est dans ces quelques pages, mais pour comprendre la fascination qu'il exerça.
Si
374 VIE DE s. FRANÇOIS
il faudrait d'abord passer par l'École du moyen âge, el y enteodre les iatermioahles tournois dialecliques par lesquels on fanait les intelligences; il faudrait voir r Eglise du XI IP siècle» rongée par la simonie et la luxure, et ne parvenant à faire quelques inutiles efforts pour enrayer le mai que sous la pression de rhérésie ou de la révolte.
«A tous les chrétiens, religieux, clercs on laïques tant hommes que femmes, à tous ceux qui habitent dans le monde entier^ frère FrançoiSi leur serviteur bien soumis, présente ses devoirs et souhaite la vraie paix du ciel et un sincère amour dans le Seigneur.
Étant le serviteur de tous les hommes, je suis tenu de les servir et de leur dispenser les salutaires paroles de mon Maître. C'est pourquoij voyant que je suis trop faible et trop malade pour vons visiter chaeun en particulier , j'ai pris la décision de vous adresser mon message par cette lettre et de vous offirir les paroles de notre Seigneur Jésus-Christ qui est le Verbe de Dieu, et celles du Saint-Esprit qui sont esprit et vie.
Il serait puéril de s'attendre ici à des idées nouvelles
soit pour le fond, soit pour la forme. Les appels de François n*ont de valeur que par le souiQe qui les anime.
Après avoir brièvement rappelé les grands traits de rÉvangile et recommandé avec insistance la communion,
François s'adresse en particulier à quelques catégories d'auditeurs pour leur donner des conseils spéciaux.
Qne les podestats, les gouvemeurSy et ceux qui sont constitués en autorité, exercent leurs fonctions avec miséricordei comme ils voudraient être jugés par Dieu avec misérioorde....
LA DBANIÈAE ANN££
Les religieux eu particulier qui ont renoncé au inonde sont tenus de faire plus et mieux que les simples chrétiens, de renoncer à ce qui ne leur est pas nécessaire et d'avoir en haine les vices et les péchés du corps.... Ils doivent aimer leurs ennemis, faire du bien à ceux qui les haïssent, observer les préceptes et les conseils de notre Rédempteuri renoncer à eux-mêmes et dompter leur corps. £t aucun religieux n'est tenu à robéissanoe, si en obéissant il devait commettre une faute ou un péché....
Ne soyons pas sages et savants selon la chair, mais
simples, humbles et purs.... Jamais nous ne devons désirer être au-dessus des autres, mais plutôt être audessous, et obéir à tous les hommes.
Il termine en montrant la sottise de ceux qui mettent leur cœur à la possession des biens terrestres, et conclut par le tableau très réaliste de la mort du méchant :
Son argent, ses titres, sa science, tout ce qu'il croyait posséder^ tout cela lui est enlevé: ses proches et ses amis, auxquels il a donné sa fortune, viendront se la partager et finiront en disant: «Maudit soit-il, car il aurait pu nous donner davantage et il ne l'a pas hit ; il aurait pu acquérir une plus grande fortune et il n'en a rien fait.» Les vers dévoreront son corps et les démons rongeront son âme, et ainsi il perdra son âme et son corps.
Moi, frère François, votre petit serviteur, je vous prie et vous conjure par l'amour qui est Dieu, tout prêt à vous baiser les pieds, de recevoir avec humilité et amour ces paroles et toutes les autres de notre Seigneur Jésus*Christ et d'y conformer votre conduite.
Yl£ D£ S. FaANÇOIS
£t que ceux qui les reçoivent dévotement et qui les comprennent, les transmettent à d'autres. £t s'ils persévèrent ainsi jusqu'à la fin, qu'ils soient bénis par le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Amen^
Si jamais François a fait une règle pour le Tiers Ordre, elle a dû ressembler de très près à cette épftre, et en attendant qu ou retrouve ce problématique document» la lettre indique ce que furent à rorigine les associations de Frères de la Pénitence. Dans ces longues pages tout vise au développement de la vie religieuse et mystique dans le oœur de chaque chrétien. Hais déjà au moment où François les dictait, cette hauteur de vue était une utopie, et le Tiers Ordre n*était guère qu'un bataillon de plus dans les armées de la papauté.
On voit maintenant comment les épitres qui viennent d'être examinées procèdent en deiiuilive d'une seule et même inspiration. Qu*il laisse des instructions pour ses successeurs, les ministres généraux, qu'il écrive à tous les membres présents et futurs de son Ordre, à tous les chrétiens, ou même au clergé 2, François n*a qu'un but : continuer à prêcher même après sa mort, et peutr
1. Cette épttre a été, eUe aussi, maLidroitement divisée en deux lettres distinctes par Rodolphe de Tœsignano, f« 174 a, qui a été sai^ par Wadding. Voir man. d'Assise 338, S3 a — S8 a; Conform. 137 a 1 sa.
2. La lettre au clergé ne fait que répéter les idées déjà exprimées sur le culte du saint sacrement. On se rappelle François balayant les églises et conjurant les prêtres de les tenir propres ; cette épître a le même but : elle se trouve dans le Man. 338 d'Assise, f" 31 b-32 b, avec la rubrique : De reverentia corpons Domini et de munditia altaris ad omnes cîericos. Incii)it : Attmdamus omnes Explicit : fecerint exeînplari. C'est donc la lettre donnée par Wadding, Xili, mais sans l'adresse, ni la salutation.
LA DERNIÈRE ANiN£Ë 377
être aussi, en mettant par écrit son message de paix et d'amour, empêcher qu*il ne soit compiètemeot travesti ou méconnu.
Rattachées à ces heures douloureuses qui les virent naftre, elles forment un ensemble dont la portée et la signification s'accentuent singulièrement. C'est là, comme dans la Règle de 1221 et dans le Testament, qu'il faut aller chercher l'esprit franciscain.
La négligence et surtout les tourmentes qui bouleversèrent plus tard l'Ordre, expliquent la disparition de quelques autres documents qui viendraient jeter un rayon de poésie et de joie sur ces tristes journées ^ : François n'oubliait pas son amie de Saint-Damien. Apprenant combien elle était inquiète de le savoir si malade, il voulut la rassurer : il se faisait encore des illusions sur son état, et lui écrivit pour lui promettre d'aller bientôt la voir.
Il ajouta à cette assurance quelques conseils aflfeclueux, l'invitant, elle et ses compagnes, à ne pas exagérer les macérations. Pour leur donner l'exemple de la gaieté, il joignit à sa lettre une laude en langue vulgaire qu'il avait mise lui-même en musique^.
De cette chambre du palais épiscopal où il était comme emprisonné, il venait de remporter un nouveau triomphe, et c'était là sans doute ce qui avait inspiré sa joie. L'éyéque d'Assise, Tirritable Guido> toujours en guerre avec quelqu'un, Tétait cette fois avec le podestat
1. Il ne iànt pas désespérer de les retrouver. Les archives des monaatères de Churisses sont d'ordinaire asses mdimentaires, mais conservées avec un soin pieux.
2. Spec. 117 b; Conform, 185 a 1 j 135 b 1. Cf. Test. B, Clarœ, A. SS. Aug., t. II, p. 747.
378 VIE DE s. FRANÇOIS
de la cité : il n'en follait pas davantage pour jeter uo
trouble profoud dans la vie d'uoe petite ville. Guido avait excommunié le podestat» et celui-ci avait fait proclamer la défense de rien vendre ou rien acheter aux ecclésiastiques ni de faire avec eux aucun contrat.
Le différend s'envenimait et personne ne semblait songer à s'entremettre pour tenter un rapprochement. On conoprend d*autant mieux la douleur de François eo voyant tout cela, que son premier effort avait été pour ramener la paix dans sa ville natale, et qu'il considérail le retour de Tltalie à l'union et à la concorde comme le but essentiel de son apostolat.
La guerre dans Assise^ c'était récrouiement définitif de son rêve» la voix des événements lui criant brutalement: (cTu as perdu ta vie!»
Cette lie du calice lui fut épargnée grftce à une inspiration où éclate de nouveau la fantaisie de son caractère. Au Cantique du soleil il ajouta une nouvelle strophe :
Soyez loué, Seigneur^ pour ceux qui pardonnent par mmour
et supportent les peines et les tribulations ; [pour vous
heureux ceux qui persévéreront dans la paix, par vous, Très-Haut, ils seront couronnés.
Puis, appelant un frère, il le chai^ea de prier le gouverneur de se rendre sur la place du parvis devant révéché avec tous les notables qu'on pourrait réunir. Ce magistrat, auquel la légende donne le beau rôle dans toute cette affaire, se conforma aussitôt au désir du Saint.
Quand il arriva et que l'évêque fut sorti de son palais, deux frères s'avancèrent et dirent: «Frère François a
LA DBRNiiaB ANMIEb
fait à 1a louange de Dieu un oantique qu'il tous prie tous d'écouter pieusement;» et ils se mirent aussitôt à chanter l'hymne de frère soleil avec sa nouvelle strophe.
Le gouverneur les écouta debout dans l'attitude la plus recueillie^ pleurant à chaudes larmes^ car il aimait beaucoup le bienheureux François.
Quand le chant fut fini : « Sachez en vérité, dit-il, que je veux pardonner au Seigneur Évêque, que je veux et dois regarder comme mon SeigneuTi car si même on eût assassiné mon frère je serais prêt à pardonner au meurtrier.» Après ces paroles il se jeta aux pieds de Tévêque et lui dit: cMe voici prêt à tout ce que vous voudrez, par amour pour notre Seigneur Jésus-Christ et pour son serviteur François. » ^
Alors l'évêque lui prenant la main(s^leya et lui dit : «Avec ma qualité, il conviendrait que je sois humble, mais puisque je suis naturellement trop prompt à la colère, il faut que ta me pardonnes'. »
Celte récoDciliation ioaltendue fut aussitôt regardée comme miraculeuse et augmenta encore le culte des Assisiates pour leur eoncitoyeo.
L'été touchait à sa lia. Après quelques jours d'un répit relatif, les souffrances de François devenaient plus fortes que jamais : incapable de faire un mouvement, il pensa même qu*il devait renoncer à son ardent désir de revoir encore Saiut-Damien et la Portioocule et lit aux frères toutes ses recommandations pour ce dernier sanctuaire : c Ne labandonnez jamais, leur répétait-
1. Ce rédt dans le Spee. 138 b est donné comme provenant de témoine oeulaires. Cf. Canform, 184 b 1 ; 903 a 1.
Hf car ce lieu est vraiment sacré; c'est la maison de Dieu^.»
Il lui semblait que si les frères restaient attachés à ce coin de terre, à cette chapelle de dix pas de long, à ces huttes couvertes de chaume, ils y trouveraient le souvenir vivant de la pauvreté des premiers temps, el ne pourraient s*en .écarter beaucoup.
. Un soir, son état empira avec une effrayante rapidité; toute la nuit suivante, il eut des vomissements de sang qui ne laissaient aucun espoir : les frères accourant» il dicta quelques lignes sous forme de testament, puis leur donna sa bénédiction: a Adieu, mes enfants, restez tous dans la crainte de Dieu, demeurez toujours unis au Christ; de grandes épreuves vous sout réservées, et la tribulation approche. Heureux ceux qui persévéreront comme ils auront commencé; car il y aura des scandales et des scissions parmi vous. Pour moi, je m'en vais vers le Seigneur et vers mon Dieu. Oui j*ai Tassuraoce que je vais vers Celui que j'ai servi ^. s
Les jours suivants, au grand étonnement de son entourage, il y eut de nouveau une amélioration; personne ne pouvait comprendre la résistance qu'opposait à la mort ce corps depuis si longtemps brisé par la souffrance.
1. 1 Cel, iOC) : Ces recomm ndalions sur la Portioncule furent amplifiées par les Zelanli, lorscjue, sous le généralat de Crescentius (Bulle h qui ccclesiam 6 mars ltîi5), la basilique d'Assise fut substituée à Notre-Dame des Anges comme mater et caput de l'Ordre. V. Spec. 32 b; 69 b-71 a; Confonn. \U a 2; 218 a i ; 3 Soc. oG; 2 Cel. 1, 12 et 13; Bon. 24 et 25 j voir à l'appendice l'étude sur l'Indulgence du 2 aoiU.
2. Cel. 108. Comme je l'ai dit, (voir plus haut p. LIV) le reste du récit de Celano semble nécessiter quelques réserves. Cf. Spec* iibhi Confoim, 225 a 2; Bon, 211.
LA 0BRNI&RB kSNÉE
Lui-même retrouvait quelque espoir. Un médecin d'Arezzo» qu'il coaoaissait beaucoup, étant veau le visiter: « Bon ami 9 lui dit-il, oombiea peuses-tu que j*aie encore à vivre? »
4c — Mon père, répondit son interlocuteur pour le ras- .surer, tout cela passera, s*il plait à Dieu. »
c — Je ne suis pas un coucou ^, répliqua François souriant et employaol une expression populaire, pour avoir peur de la mort. Par la grâce de TEsprit saint, je suis si intimement uni à Dieu que je suis également content de vivre ou de mourir, b
< — En ce cas, mon père^ au point de vue médical, ton mal est incurable, et je ne crois pas que tu puisses aller bien plus loin que les premiers jours de l'automne. D
A ces mots, le pauvre malade étendit les mains
comme pour appeler Dieu, et s'écria avec une indicible expression de joie : « Sœur Mort, soyez la bienvenue ! »
Puis il se mit à chanter et envoya chercher les frères Ange et Léon.
A leur arrivée, ils durent malgré leur émotion entonner le Cantique du soleil. Ils en étaient è la doxologie fmale lorsque François les arrêtant improvisa le salut à la mort :
Soyez loué, Seigneur, pour notre sœur la mort corporelle à laquelle aucun homme ne peut échapper ; malheur à ceux qui meurent en état de péché mortel, heureux ceux qui se trouveront conformes à vos très saintes car la seconde mort ne leur fera aucun mal. [volontés
i. Non 9um cueulust en italien cuculo.
382 YIB DB S. FRANÇOIS «
A partir de ce jour, l*évèché ne cessa de retentir du bruit de ses chants. Â chaque instant» même pendant la nuit, il recommençait lui-même le Cantique du soleO ou quelqu'autre de ses compositions préférées. Puis, quand il était fatigué, il priait Ange et Léon de oodlinuer.
Un jour, frère £lie crut devoir faire quelques
remarques à ce sujet. 11 craignait que les gardes et les gens du voisinage n'en vinssent à se scandaliser: un saint ne doit^l pas se recueillir devant la mort, Tattendre avec crainte et tremblement , au lieu de se laisser aller h une gaieté qu'on pourrait mal inter* préier ^. Peut-être révèque Guido n'était-ii pas tout à fait étranger à ces reproches ; il ne paraît pas improbable que rencombrement de son palais par les Frères Mineurs durant de longues semaines ait fini par lui donner un peu d'humeur. Mais François ne voulut pas céder; son union avec Dieu était trop douce pour qu'il pût se résoudre à ne pas la chanter.
On se décida en6n à le transporter à la Portioncule.
Son désir d'expirer près de l'humble chapelle, où il avait entendu la voix de Dieu le consacrant ap6tre, allait être accompli.
Ses compagnons, chargés de leur précieux feu*-
deau, prirent a travers les oliviers le sentier de la plaine. De temps en temps le malade, incapable de rien distinguer, demandait où Ton était. Quand
1. Spee, idS b ; Fior. IV eimêid» Il est à noter qaa Gnido an lieu d'attendre i Assise réTénemeiit si préva de la mort de François partit pour le mont Gargano, 2 Gel. 3, 149.
LA DËArilÈAL ANi\£E
ils furent à moitié chemin, à i'hôpilal des Crucigères où jadis il avait soigné les lépreux et d'où l'on peut embrasser toutes les maisons de la ville d*UD seul r^rd, il pria qu'on l'assit par terre tourné vers la cité, et élevant la main, il dit adieu à la terre natale et la bénit»