‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 28 sur 242 · A. SS. p · texte numérisé non relu

A. SS. p

£TLD£ GR1TIQL£ DES SOURCES lAIX

d'un paysage ou d'un tableau, et pourtant, au milieu de plusieurs centaines d'éprenvesi l'amateur ira droit à celle de tel ou tel opérateur préféré.

Ces réâexioQS m'ont été suggérées par l'étude attentive d'un curieux livre, bien des fois imprimé depuis le XVI*' siècle, le Spéculum Vitœ S. Francisci et sociorum ejui K Un travail complet sur cet ouvrage, ses sources, set éditions imprimées, les différences nombreuses que l'on trouve entre les manuscrits, exigerait à lui seul un volume et l'histoire abrégée de TOrdre; je ne peux songer à donner ici que quelques indications, en prenant pour base la plus ancienne édition, celle de 1504.

Le pêle-mêle qui 7 règne est effroyable. Les traits de la vie de François et de ses compagnons y sont entassés sans aucun plan ; plusieurs y sont répétés à quelques pages d'interyalle d'une manière différente* ; certains chapitres ont été introduits si maladroitement

1. Veneiiiêf eaqpensis domini JordanideDinslakenper Simonem de Luere, 30 jtnuarii 1504. — Impressum Meti$ per Jmparém Ho^lfedeTt amio Domini 1509. — Ge% deux éditions sont identiques, petit in-lS de S40 folios mal numérotés. — Édité avec le même titn parSposlbercli, Anvers 1890. 3 tomes en un volume itt-8% 306 et i93 peget, avec une foule de changements.

Le manuscrit le plus important semble celui de la Vaticane 4854. Ilyeo a deux à la tfaiarine, tX)4 et ISSO datés de i450 et 1460, un à Berlin (Man. theoL lat. 40, n« 196 ssc. 14). Y. Ehrle, Zeittehrift, t. VU (1883), p. 392 s. ; Analecta fr, 1. 1, p. Xli Miscellanea, 1888, p. 119, 164. a. A. SS., p. 550-552.

Les chapitres sont numérotés dans les 72 premiers folios seulement, mais ces numéros fourniillent d'erreurs : f » 38 b caput LIX, 40b LIX, 41 b LXI, ibid LXII, 42 a LX, 43 a LXL Puis aux f^» 46 b et 47 b sont deux chapitres LXVL U y a deux LXXI, deux LXXII, deux LXXill, etc.

2. Par mmple Tliistoire des brigands de Monte-Gasale, 46 b et 58 b. Lies remarques de frère Élie à François qui chante sans cesse i36 b et 137 a. La visite de Jacqueline de Settesoli» 133 a et 138 a« U bénédiction autographe donnée à frère Léon 87 a ; 188 a.

que le compilateur a oublié d'enlever le numéro d'ordre qu'ils aTaient dans Touvrage auquel il les emprunte ^ ; enfin on est tont étonné de trouver plusieurs IneipUK

Cependant avec un peu do persévérance on aperçoit bientôt quelques clartés dans ce labyrinthe. Tout d'abord, voiei quelques obapitres de la légende de Bonayentnre, qui semblent mis là en avant-garde comme pour protéger le reste du livre* Faisons-en abstraction, ainsi que de toute la série des chapitres des Fioretti, nous aurons diminué Touvrage de près des trois quarts.

Retranchons encore deux chapitres tirés de saint Bernard de ClairvauX; puis ceux qui contiennent des prières franciscaines; ou les diverses attestations sur l'indulgence de la Portioncule, nous arrivons finalement à une sorte de résidu, qu'on me passe l'expressioni d'une homogénéité remarquable.

Le style j est différent de celui des pages environ* nantes et rappelle de très près celui des Trois Compagnons ; une seule pensée traverse ces pages, celle que la pierre angulaire de l'Ordre est Famour de la pauvreté*

Pourquoi n'aurions-nous pas là des lambeaux de la légende originale des Trois Compagnons ? On n'y trouve rien qui ne cadre avec ce que nous savons, rien non plus qui rappelle les enjolivements d'une tradition tardive.

Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que divers passages que nous y trouvons sont cités par Ubertin de

Casai et par Angelo Clareno comme étant de frère Léon,

1. Au f« 30b on lit: Ter'tium et^tulwn de eharitatê À eompat" êUm» et etmdeeeensione ad proximum* Capiiulum XXVI. Cf. 96 a, 83 a» 117 b, 119 a, 192 a, 128 b, 133 b, 136 b où sont des indices semblables.

2. F« 5 b. Ineipit Spéculum vitœ 6. Francisci et sociorum e/wt,

fo 7 b. Incipit Spéculum perfectionis.

Digiti^ed by Go.

£XUDB CaiXIQUE D£S SOUiiC£S LXXl

et une comparaison attentive des textes montre que ces sntenrs n'ont pas pu les puiser dans le Speculami ni le Spéculum chez eux.

Il y a, du restOi une phrase qui, sans tenir compte de rinspiration on du stjle, snffirait au premier abord pour marquer rorigine commune de la plupart de ces morceaux^: Nos qui eum ipso fuimus. Nous qui avons été avec lui f Ces paroles, qui reviennent presque à chaque récit', ne sont dans bieu des cas qu'un hommage reconnaissent des compagnons à leur père spirituel, mais parfois aussi elles renferment quelque chose d'amer; ce sont les ermites de Greccio qui tout à coup rappellent leurs titres: ne sommes-nous pas les seuls, les vrais interprètes des instructions du Saint, nous qui avons sans cesse vécu avec lui, nous qui, heure après heure, avons recueilli ses paroles, ses soupirs et ses chants?

On comprend que ces prétentions n'aient pas été du goût de la conmiune observance «t que Crescentius, Qtant d'une autorité incontestable, ait fait supprimer presque toute cette légende

Quant aux fragments qui nous ont été ainsi conservés, s'ils nous fournissent de nombreux détails sur les derniers temps de la vie de François, ils ne sont cependant pss ceux dont la perte est le plus regrettable; les SQtenrs qui les reproduisent défendaient une cause; aussi ne leur devons-nous guère que des traits qui par

1. On la chercherait en vain dans les autres morceaux duSpeculoin, et elle se retrouve dans les fragments de frère Léon, cités par tbertin de Casai et par Angelo Clareno.

2. Fo 8b, lia, 12a, 15a, 18b, 21b, 23b, 2Ga, 29a, 33b, 43b, 41 a, 48 b, 118 s, 129 a, 190 a, 134 a, 185 a, 13aa.

3. Tbomat de Gelano ne dit-il pas dans le prologue de la Seconde Via: tOramtêêrgOf henigninime pater^ ut lodona /uv'im non eoti* ^MNiaida miMiutcttla . • . . vmtra kmidieHonB eonteorare ««{{(ta, corrigmào errata et êuperflua r«i«eati(«t».

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VIE DE S. FRàiNfOIS

quelque côté concernent la pauvreté; ils u'avaient que faire des autres récits, n'écrivant pas une biographie. Hais, même dans ces limites restreintes, ces lambeaux ont une importance de premier ordre \ aussi n'ai-je pas hésité à les employer largement.

n Ta sans dire qne tont en attribuant leur origine aux Trois Compagnons et à frère Léon en particulier, il ne faut se foire aucune illusion sur la lettre même des textes qui nous sont parvenus. Les morceaux donnés par Ubertin de Casai et Angelo Clareno, sont de véritables citations et, à ce titre, méritent une pleine confiance. Quant à ceux qui nous sont conservés dans le Spéculum, ils ont pu être souvent écourtés^ des notes explicatives ont pu se glisser dans le texte, mais nulle part on ne Toit la trace d'interpolations dans le mauvais sens du mot*.

Enûn, si Vop, compare ces fragments aux récits cor*

1. La légende des 3 Soc fut conservée au couvent d'Assise: • Omnia . . . fUerunt conserijtîa . • . per Leonem ... m libro qui habêtur t'n armario firatrum de Auieiow. Uhertin, Arehiv lU, p. 168. Plus tard, frère Léon semble être revenu pins en détail sur certains ikiis; Il confia ces nouveaux manuscrits auxGlarisses: «/n roluliê ijui quo$ apud me habeo^ manu ejuidem firatrii Leonk cotitcrtpftat; ibid., Cf. p. 178. •Quod êequiiur ùêancto fraht Ccnradû predieio et vive vaee audivit a eaneto fratre Lecnt qui preeene erat et regulam êcripeit* Et hoe ipeum in quihuêdam rotuliê manu sua eonseripiig quoe eommendaeit in monaUerie S. Clarœ custodiendos .... In illia multa scripsit . . . quœ induslria fr. Bonaventura omisit et jwluit ij\ Irgenda publiée scriberCy maxime quia aliqua eraut ibi m quibus ex tune deviatio reguïœ publiée monstrabatur et nolcbat fratvcs antc tcmpus mfamare t. Arbor, Ub. V, cap. 5. Cf. Antiquitatcs, p. 14G. Cf. Spcculum, 50 b. Infra scripta vcrba^ fratev Léo sucius et Confessor B. Francisci, Conrado de Offida, diccbat bc habiiisse ex ore Bcatt Palris nostri Francisci, quœ idem Frater Conraduê retulit, apud Sanctum Lfcwiianum yropc Assiaium^ .

Cionrad d'Ofûda copia donc à la fois le livre de frère Léon et ses rotuli: il y ajouta quelques renseignements oraux {Arbor vit* ente» lib, V, eap, 3) et composa peut-être ainsi le recueil si sou-

£rLD£ CRITIQL£ DES SOLllCES LXXHI

respondants de la Seconde Vie par Celano, on voit que celui-ci les a parfois empruntés littéralement à frère Léon, mais que la plupart du temps il les a beaucoup écourtés, a ajouté çà et là quelques réflexions et surtout a remanié le style pour le rendre plus élégant.

Cette comparaison prouve bien vite aussi que les récita de frère Léon sont l'original, et qu'on ne saurait y Toir une amplification postérieure de ceux de Thomas de Celanoy comme on pourrait être tenté de le penser an premier abord ^.

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