‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 49 sur 242 · V. Les Fioretti · texte numérisé non relu

V. Les Fioretti

Avec les Fioretti nous entrons définitivement dans le domaine de la légende. Ce bijou littéraire nconte la

la Règle, manifeite le travail de la légende, mais il est bien possible qu'il Tait emprunté tel quel au travail de frère Léon. Il est i noter que l'on ne trouve dans ce document aucune allusion à l'Indulgenee de la Portioncnle.

i. Les manuscriU et les éditions en sont presque innombrables. M. Luigi Uanaoni les a étudiés avec un soin qui fidt vivement désirer qu'il continue ce difficUe travail. Siudi «ui Fioretti : Miscellanei 1888, p. llMi9, ^50-153, 482-188; 1889, 9-15, 78-84, • 133-435. Quand se trouvera-t-il quelqu'un qui voudra et pourra

vie de François, de ses compagnons et de ses disciples, telle qu'elle apparaissait au commencement du quatoreième siècle à l'imagination populaire. Nous n'aTons pas à nous arrêter à la valeur littéraire de ce document, une des productions les plus exquises du moyen Âge religieux I mais on peut bien dire qu'au point de vue historique, il ne mérite pas Tinjuste oubli où on l'a laissé.

Le courage a manqué à la plupart des auteurs pour réviser la sentence prononcée contre lui, d'un cœur bien, léger cependant, par les successeurs de Bollandus. Comment s'arrêter à une œuvre que le P. Suyskcu n'avait même pas daigné lire ^ 1

Ce qui donne cependant à ces récits un prix înestimable, c'est ce qu'où pourrait appeler, faute de mieux, leur atmosphère. Us sont légendaires, transformés, exagérés, faux même si l'on veut, mais il y a quelque chose qu'ils nous rendent avec un coloris d'une vivacité et d'une intensité qu'on chercherait vainement ailleurs : le milieu dans lequel vécut saint François. Mieux qu'aucune autre biographie, les Fioretti nous transportent là-bas en Ombrie, et au milieu des montagnes de la Marche d'Ancône, pour nous en faire voir les ermitages, et nous mêler à la vie moitié puérile et moitié angé* lique, qui était celle de leurs habitants.

Il est difficile de se prononcer sur le nom de l'auteur. Son rôle se borne du reste à recueillir, dans la tradition écrite et dans la tradition orale, les fleurs de son bou*

se charger d'en faire une édition scientifique? Celles qui ont paru de notre temps dans diverses villes d'Italie sont insignifiantes au point de vue critique. Voir Ma/.zoni Guido: Capitoli inediti dei Fioretti di S. Franceteo: daos le Propuj^ncUorfl. Bologne 18S8, vol. XXX, p. 39G-411.

1. V. A. SS. p. 865 : %Floretum non Ugi, tmewrandum piOaou • Gf. 553 f. • Fhretum ad manum non habeo. t

^TUDK CRITIQUE DËS SOLftC£S CJX

quet. La question de savoir s'il écrivit eu latin ou eu italien a été fort discutée et ne paraît pas eneore tranchée: ce qui est sûr, o'est que si son œuvre est antérieure aux Couformités^y elle est de peu postérieure à la chronique des TribulationSi car il serait étrange qu'elle ne fît aucune mention d'Angelo ClarenOj si elle avait été écrite après sa mort.

Ce livre est en effet une chronique essentiellement locale'; l'auteur a voulu dresser un monument à la gloire des Frères Mineurs de la Marche d'Ancône. Cette province, qui est évidemment la sienne^ cn'a-t-elle pas ressemblé au ciel resplendissant d'étoiles? Les saints frères qui Tout habitée ont; comme les astres du ciel, illuminé et orné l'Ordre de saint François, remplissant le monde de leurs exemples et de leurs enseignements. » Aussi eu connaît-il les plus petits villages^; ayant tous à quelque dislance leur monastère, bien isolé, d'ordinaire près d'un torrent, à la lisière d'un bois, et audessus de lui, vers les cimes, quelques cellules presque inaccessibles, asiles des frères encore plus épris que les antres de contemplation et de retraite K

1. Barthélémy de Piso les rédigea en 1385; or, certains niinuscrits des Fioretti sont antérieurs. De plus, dans les récits que les Conformités empruntent aux Fioretti, on sent le travail d'abré- TÎation de Barthélémy.

2. Je ne parle ici que des cinquante-trois chapitres qui forment le vrai recueil dea Fioretti.

3. La Province de la Marche d'AncOne comptait sept custodies i Ascoli, 2 Camerinoy 3 Ancéne, 4 Jeai, 5 Fenno, 6 Fano, 7 Feletro. Les Fioretti mentionnent au moins six des monastères de la cnstodie de Ferme : HoUano M, 53, Fullerone, 33, 51, Braforte et Soffiano 46, 47, Massa 51 , Penna 45, Ferme 41, 49, 51.

4k A chaque page sont r.ippelés ces bois qui furent à l'origine Ii dépendance indispensable des mon stères franciscains : La selva ch'era allora allato a S. M. degli Angeli 3, 10, 15, 16 etc. La selva éTun luogo dcsaHo del val di Spoleto (Garceri ?) 4 ; Selva di Forano 42, di Massa 51, etc.

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Vl£ D£ S. FEANÇOIS

Les chapitres qui concernent saint François et les frères d'Ombrie ne iont là que comme une sorte d'introduction; Égide, MasseOy Léon d'un côté, sainte Claire de l'autre, viennent témoigner que l'idéal, àlaPortioncnle et à Saint-Damien, avait bien été celui auquel plna tard Jacques de Massa, Pierre de Honticulo, Conrad d'OiBda, Jean de Penna, Jean de l'Alverne tâchaient d'atteindre.

Tandis que la plupart des autres légendes nous donnent la tradition franciscaine des grands couvents, les Fioretti sont à peu près le seul document qui nous la rende telle qu'elle se perpétuait dans les ermitages et parmi le peuple. A défaut d'une exactitude de détail, les traits qui 7 sont racontés contiennent en eux une vérité supérieure : le ton est juste. Voici des paroles qui n'ont jamais été prononcées, des faits qui ne sont pas arrivés, mais l'âme et le cœur des premiers Fianciscaina ont bien été tels qu'ils sont ici dépeints.

Les Fioretti ont cette vérité vivante que donne le pinceau. Il manque quelque chose à la physionomie du Poverello quand on oublie sa conversation avec frère Léon sur la joie parfaite, son voyage à Sienne avec Masseo, ou même la conversion du loup de Gubbio.

Il ne faudrait cependant pas exagérer le côté lôgen« daire des Fioretti, il n'y a pas plus de deux ou trois de ces récits dont le noyau ne soit historique et facile à retrouver. Le fameux épisode du loup de Gubbio, qui est sans doute le plus merveilleux de toute la série, n'est, pour parler comme les graveurs, que le troisième état du récit des brigands de Honte-Casale fondu avec une légende de l'Alverne.

i. Le Spéculum 46b, 58b, 155 a, nous donne les trois états. Cf. FiQ)\ 26 et 21, Conform. 119b 2.

ÉTODB GRITIQUB DES SOURCES CXI

Les récits se pressent dans ce livre, comme des Tolées

de souvenirs ^ui arrivent pêle-méle, et où des détails insignifiants occupent bien plos de place qne les plna grands événements : notre mémoire est, en effet, nne grande enfant, et ce qu'elle retient d'un Lommei c'est d'ordinaire un trait, nn mot, on geste. L'histoire scientifique fiiit effort pour réagir, pour marquer la valeur relative des faits, amener ce qui est importaut au premier plan, rejeter ce qui est secondairei dans la pénombre. Ne se trompe-t elle pas? T a-t-il de l'important et du secondaire? Ou plutôt peut-on arriver à le marquer?

L'imagination populaire a raison : ce qu'il faut retenir d'un homme, c'est le regard dans lequel il s'est mis tout entier, c'est un cri du cœur, c'est un geste qui a exprimé la personnalité. Tout Jésus n'est-il pas dans les paroles du dernier souper? Et tout saint François, dans son allocution à frère loup, et son sermon aux oiseaux?

Gardons*nous donc bien de mépriser ces documents où les premiers Franciscains se sont racontés tels qu'ils se voyaient. Écloses sous le ciel de l'Ombrie, au pied des oliviers de Saint-Damien ou des sapins de la Marche d'Ancône, ces fleurettes sauvages ont un parfum et une originalité qu'on attendrait en vain de deurs entourées des soins d'un savant jardinier.

Appendices des Fioretti.

Dans le premier de ces appendices, le compOateur a réparti en cinq chapitres tous les renseignements qu'il a pu recueillir sur les stigmates. Il est facile de comprendre le succès des Fioretti. Le peuple s'éprit d'amour pour ces récits où saint François et ses compagnons apparaissaient tout à la fois plus humains et plus divins que dans les autres légendes; aussi éprouva-

t-on bien vite le besoin de les compléter pour en faire une véritable biographie ^

Le second, intitulé Vie de frère Jimipère, n*a qu'on rapport assez indirect ayec saint François ; il mérite cepeudant d'être étudié, car il présente le même genre d'intérêt que le recueil principal, auquel il n'est sans doute guère postérieur. Dans ces quatorze chapitres on trouve les principaux traits de la vie de ce frère, dont les folles et saintes bizarreries défrayent encore les conyersations des monastères ombriens. Ces pages sans prétention nous découvrent une partie de Tâme franciscaine. Les historiens officiels avaient cru devoir garder le silence sur ce frère qui leur paraissait surtout un indiscret personnage, fort encombrant devant les laïques pour le bon renom de TOrdre. Us avaient raison à leur point de vue, mais il faut savoir gré aux Fioretti'de nous avoir conservé cette physionomie si gaie, si modeste et d'une bonhomie parfois si malicieuse. Certainement saint François ressemblait plus à Junîpère qu'à frère Eiie ou à saint Bonaventure

Le troisième : Vie de frère Égide, paraît être en somme le document le plus ancien que nous possédions sur la vie du fameux extatique. Il est bien possible que ces récits proviennent de ce frère Jean auquel en appellent les Trois Compagnons dans leur prologue.

1. Ce désir était si niturel que le manuscrit de la bibliothèque

Angélique renferme plusieurs chapitres additionnels, sur la donation de la Portioncule, rindulgence du 2 août, ];i niisï^ance de saint François, etc. (V. Amoni, Fioretti, Uoma 1889, p. 26C, 378—386). Une intôi'css mte étude serait de rechercher l'origine de ces documents et d'étiiblir leur parenté avec le Spéculum et les Goaforrnités. V. Conform. 231a 1, 121b. Spec, 92—96.

2. Junipère avait été reçu dans l'Ordre par saint François. En 1253 il assisti à la mort de sainte Claire. A. SS. Aug., II, p. 7ô4d. — Les Gonforjiutés parlent de lui avec détail, f*» 62 b«

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