‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 52 sur 242 · VII. Les Conformités de Barthélémy de PIse · texte numérisé non relu

VII. Les Conformités de Barthélémy de PIse

Le livre des Conformités, auquel frère Barthélémy de Pise consacra plus de quinze années de sa vie semble

n'avoir été lu que d'une manière distraite par la plupart

note 3. Je n*ai étudié que les deux manuscrits de Florence : Riecardi 270, sur papier, 24'J f»»» à 2 col. numérotés récemment.

Le Codex de la Laurentienne Gaddian. rel. 5!^, est beaucoup moins soigné. Il est aussi sur papier, a 20/27 et compte 2jV f^* à 1 colonne. Le f'J 1 était jadis numéroté 88. L'ordre des cbapitresn'y est pas le même que dans le précédent.

1. Les citations sont toujours faites d'après rédition de Milan 1510, in-4'' do 256 folios à 2 colonnes. Les plus connues dea éditions suivantes sont celles de Milan 1513 et de Bologne 1590.

2. Il le commença en 1385, (f» 1) et le fit autoriser par le chapitre général le 2 août 1399, ((> 256 a 1). Enfin au f« 150 a 1 il marqae la date où il écrivait| c'était en 1380.

iTUBE CaiTIQDB DES SOURCES GXV

des antears qui en ont parlé ^. II est juste d'ajouter à

leur décharge qu'il serait ditHcile de trouver un ouvrage d'une lecture plus pénible : les mêmes faits j reviennent jusqu'à dix et quinze fois et finissent par fatiguer les nerfs les moins délicats.

C'est à cela sans doute qu'il faut attribuer Toubli dans lequel on le laisse. Je n'hésite cependant pas à 7 voir l'ouvrage le plus important qui ait été fait sur la vie de saint François. Evidemment l'auteur ne se place pas au point de vue de la critique historique telle qu'on la comprend aujourd'hui, mais s'il faut renoncer à voir en lui un historien, on peut hardiment le placer au premier rang des compilateurs

Les Bollandistes^ en T étudiant à fond, auraient vu bien plus clair dans la difficile question des sources, et auraient épargné aux auteurs qui les ont suivis une foule d'erreurs et d'interminables recherches.

1. Je n*al pas à m'oocaper ici des sottes attaques de quelques auteurs protesûnts contre ce lim. Ceci est une querelle de théologiens qui n'intéreftse en rien ThUtoire. Nulle part Barthélémy de Pise ne^fiût de saint François Tcgal de Jésus, et il lui arrive même, de prévenir la criliqae à cet égard. V. 142 a 3.

Les Bollandistes sont aussi bien sévères : t Cum Pi»onu8 fuerit scnptor magis pius et credulu» quam crisi $€oera usus . . . • A. SS. p. 551 e.

2. Il a évité les erreurs si rogretlables commises par Waddiiijj dans sa liste des ministres généraux. V. 6Ga2, 104 ai, 118 b 2. 11 avait élé lecteur en théologie à Bologne, Padoue, Pise, Sienne et Florence. Il prêcha de longues années et avec un grand succès dans les principales villes de la Péninsule et put ainsi profiter de ses tournées pour recueillir d'utiles indications. Marc de Lisbonne nous a conservé une notice sur sa vie. V. Croniche dei frati Minoriy t. III, p. 6 ss. de l'édition Diola. — Il mourut le 10 déc. 1401. — Pour plus de détails voir Wadding ann. 1399, VU, VIII et surtout Sbaralea, Supplemmbim p. 109. Il est l'auteur d'une Exposition de U Régie peu connue qu*on trouve dans le Spéculum Horin, Rouen 1509, iP» 66 6-83 a de la troisième partie.

Partant de l'idée que la vie de François avait été une imitation parfaite de celle de Jésus, Barthélem^r Toulut rasBembler, aans en laisser perdre un seul, tons les traits de la vie du Poverello épars dans les diverses légendes encore connues de son temps*

II regrettait que Bonayenture, en empruntant les récits de ses prédécesseurs, les eût souvent écourtés et voulait les conserver dans leur fleur originale. Mieux placé que personne pour mener à bien un pareil travail; puisqu'il avait à sa disposition les archives du Sacro-Convente d'Assise, on peut dire qu'il n'a rien omis d'important et qu'il a fait entrer dans son ouvrage des morceaux considérables de presque toutes les légendes qui parurent au treizième et au quatorzième siècle ; on ne les y retrouve que par fragments, il est vrai, mais avec une parfaite exactitude

Lorsque ses recbercbes n'aboutissent pas il Tavoue simplement, sans vouloir compléter les témoignages écrits par ses propres suppositions^. Il va plus loin et^

1. Ce sentiment est exprimé d'une façon discrète. Par exemple fo 207 a 1 Barthélémy raconte le miracle du chapitre des nattes d'abord d'après- saint Bonaventur?, puis il ajoute: « quia non aliter tangit dicta pars (legewiœ majoris) Itoc insigne miraculum: antiqua legcnda hoc vcfertur in hune modum. n Cf. 22ôa2m. nEt quia fr. Bonaventuva succincte mulla tangit et in brevi : pro evidentia prefcUorum notandum est , ut dicit antiqua Icgeuda. n

2. Il faut cependant prendre garde que non seulement entre les éditions publiées il y a des difTérences considérables, mais que la première (celle de Milan 1510) a été complétée et remaniée par son éditeur. Les jugements portés sur Raymond Gaufridi, 104a 1, et Boniikce VIII, 103 b 1, portent la trace de retouches postérieures (Cf. l^a 1. — Au f> 73 a 3 m. est indiquée la date de la mort de saint Bernardin, qui est de 1444 etc.). De plus on est étonné, à cété de pages où les sources sont indiquées avec clarté, d*en trouver d'autres où les récits se suivent venant on ne sait d*où.

d. 70a !• §Cujm nomen non reperin, 1 a 3 nMuUaque non ex industria sed quia ea noacere non vaîui omittetido» •

iTCDB CRITIQUE DBS SOURCES CXVn

fait un véritable triage pamû les docaments qu'il a sons

les yeux, laissant de côté ceux qui lui paraissent peu 8Ûr8^ Enûn il a soin d'indiquer les passages dans les* qnels il n'a ponr antorité qu'un témoignage oral*.

Comme il cite presque continuellement les légendes de Celano, des Trois Compagnons et de Bonaventure , et que ces citations se trouvent à la vérification littéralement exactes, aussi bien que celles du Testament, des diverses règles , ou des bulles pontificales, il semble naturel d'en conclure qu'il aura porté là même exac* titude dans les citations que nous ne pouvons pas contrôler et dans lesquelles nous retrouvons de longs fragments d'ouvrages qui ont disparu^.

1. F* 78 a 1. tlnformationes qua$ non seribo quia imper fee* loB nspen'.! Cf. 229 b 2. «D» aliiê muUU apparitionibu$ non teperi seripturamj quare hie non pono. •

2. 1'^ C9 a 1. n liée ut audivi posai quia ejus Jc(jendam non vidi. I) Cf.: G8 b 2 ru. aFr. Henricus generalis ministev mihi magislro Barlholomeo dixit ipse orelenus.

3. Les citations de Bonaveature sont de beaucoup les plus fréquentes : on ne siurait s'en étonner, puisque cette légende ôtiit la biographie officieile de saint François; le chapitre auquel Barthélemj emprante les passages est presque toigoors indiqué, et, cela \z sans dire, d'après la division ancienne en quinse parties. Ou- Trant le livre an hasard au folio 136 a, je ne trouve pas moins de «X renvois à la Legenda maior rien que dans la première colonne*

Ponr donner une idée de la manière de Barthélémy de Pise, je vais donner en aperçu le contenu d*une page de son livre. Voici par «xemple le f<> 111 a (Lib. I, conforin. X, pars II, Franciscus predicator). I)«*s la troisirrae ligne il cite Bonaventure : « Fr. lionaveti' tura m quarta parte majoris Icjcndc dicit quod h. Franciscus vidcbatur intuentibus homo alterius scculi. » Citalioii textuelle ^le BonaviMiturc, 45. — Trois lignas plus loin: a Verum qualis csset b. F. quoad pcrsunam sic habetur in legenda antiqua . . . homo facundisbimus, facie hilaris etc. Suit la cit^Ttion littérale du portrait de François tel que le donne 1 Celano 83 jusqu'à: inter peccatorea quasi unus ex et pour bien marquer la fin de la citation Barthélémy ajoute : ^Hec legenda aniiqua. » — Â la colonne suivante, le paragraphe 4 commence par les mots : Fran-

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Vl£ DE S. FilAl^ÇOIS

Les citationâ qu'il fait de Celano m présentent aucune difficulté; elles sont toutes exactes, correspondant tantôt à la Première, tantôt à la Seconde Légende K

Celles de la Légende des Trois Compagnons sont exactes ; mais il semble que Barthélémy les ait puisées dans un texte passablement différent de celui que nous avons

Là où la question se complique et devient délicate,

ctMt predieaiionem reddèbat mtrabilem et glonoaam ipsiu$ êaneli loquutio : etenim legenda trium Sœiorum dieit Legenda mujor parte tertia : B, Franoieei eloqiUa erant non inania, née rUu digna etc. ce qui correspond littéralement à 3 Soc. 25 et Bon.

28. Puis viennent deux chapitres de Bonaventure presqife en entier, introduits par: In duodecima parte légende majoris dicit Fr. Douavaitura : Erat enini verbum ejus etc. Citation textuelle de Bon. 178 et 179. — La page se termine par une nouvelle citalion de Bonaventure: Sic dicebat prout rccilat Bonavcntura i)i oclava parte Lnjcnde majovis : Hoc officium patri misericordia" rum V. Bonav. 102 fin et 103 intégralement.

Ceci suffit sans doute ])our montrer avec quelle précision les sources sont citées dans cet ouvrage, avec quelle attention et (juelle confiance doivent être exammées les parties qu'il nous conserve de documents perdus ou égarés.

1. Fo 31 b 2 : ut dicit fr. Thomas in sua legenda, Cf. 2 Cel. 3, 60. — 140 a 2. Fr. in leg. fr. Thomc, Cf. 2 Cel. 3, 60. — 140 a 1, Cf. 2 Gel. 3, 16. — 142 b 1. Fr. in leg. fr. Tiwme capitule de eharitate. Cf. 2 Cel. 3, 115. — 144 b 1. Fr. in leg. fr. Thome capitulo de oratione, Cf. 2 Gel. 3, 40. — 144 b 1 , Cf. 2 Gel. S, 65. — 144 b 3, GT. 2 Gel. 3, 78.— 176 b 2, Cf. 2 Gel. 3,79. - 182 b 2, bf. 2 Gel. 2,1. — 241 b 1, et 2 Cel. 3, 141. — 181 a 2, Cf. 1 Gel. 27. Il ira sans dire que ces llsles de citations n'ont pas la prétention d*étre complètes.

2. Fo 36 b 2. Ut enim haMur in leg. 3 Soc. Cf. 3 Soc. 10. — 46 b 1, Cf..3 Soc. 25-28. — 38 b 2, Cf. 3 Soc. 3. — 111 a 2, Cf. 3 Soc 25. — 134a 2, Cf. 3 Soc. 4. <*142 b 2, Cf. 3 Soc. 57 et 58.— 167 b2af.3Soc.3et8. — 168al, Cf.3Soc. 10. — 170bl, Cf. 3 Soc. 39, 4. — 175 b 2, Cf. 3 Soc. 59. — 180 b 2, Cf. 3 Soc. 4. - 181 al, Cf. 3 Soc. 5, 7,24, 33 et 07. 181 a 2, Cf. 3 Soc. 36. — 229 b 2, Cf 3 Soc. 14, etc. La légende des 3 Soc. que Barthélémy avait sous les yeux était bien telle que nous l'avons aujourd'hui, car il dit, 181 a 2, en se référant à 3 Soc, 67 : • Ut habetur (jua&i in fine leg, 3 Soc.

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ÉTLDE CaiTIQlE DES SOURCES CX1\

c'est avec les citations de la Legcnda Antigwi. Y a>t-il . donc en mi OQTrage de ce nom? GertainB autears, et parmi eux le BoUandîste Sujskeiiy semblent pencber ponr la négative et croire que citer V Antigua Legenda revient à peu près à se référer d'une manière vagne à la tradition. D'antres, parmi les contemporains, ont cm qn 'après rappro1>ation et Tadoption définitive par l'Ordre de la Legenda Mqjor de BonaTcntore on avait appelé Legenda AiUiqna les légendes antérieares et en particulier celles de Celano. Les Conformités nous permettent de serrer la question d'un peu plus près. On 7 trouve en effet des passages de la Legenda Antigua qui reproduisent la Première Vie de Celano ^ D'autres présentent des points de contact avec la SecondCi parfois d'une exactitude littérale*, mais souvent ce sont les mêmes récits présentés d'une manière trop différente pour qu'on y voie des emprunts

Enfin il 7 a beaucoup de ces extraits de la Legenda Antigua dont nous ne retrouvons la source nulle part dans les documents dont il vient d'être question^. Ceci suffirait pour démontrer qu'elle ne se confond pas avec eux. Elle les a absorbés en 7 apportant certains changements ou en les complétant par d'autres^.

1. F* illa 1. Stc habetur in leg. ont,: correspond littéralement à i Cel. 83. — 144{i 2 Franei$cu$ in kg. ont. eap, Y de zéU» ad religionem à i Gel. 106.

2. F» 111b 1. De predicantibus loquens sic dicebal in ant. Icg, Cf. 2 Gel. 3, m et 106. — 140b 1. Cf. 2 Cel. 3, 84. — 144b 1. Cf. 2 Cel. 3,45. — 144d 1. Gf. 2 Gel. 3,95 et 15. —225 b 2, Gf. 2 Cel. 3, 116.

3. Fo 31 a 1. V. 2 Cel. 3,83. - 143 a 2 Y. 2 Cel. 3,65 et H6. — 14éa 1. V. 2 CeL 3,d4. — 170b 1 V. 2 Gel« 3, 11.

4. F« Ua 3. - 32a 1. — 101a 2. — 160b 1. — 141b 2. — . jl^a S. » 143 b 2. — 168b 1. — 144b 1.

5. Les ch ipitres 18 (chapitre des n ittes) et 25 (lépreux guéri) des Fioretli se trouvent en latin dans les Gonf. comme empruntés à ix Leg. Ant. V. 174b 1 el2U7a 1.

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En étudiant les fragments que nous a conservés Barthélémy de Pise on voit aussitôt que ce recueil appartenait à la tendance des zélateurs de la pauvreté; on pourrait donc être tenté d'y voir l'ouvrage de frère Léon.

Mais il 7 a fort Leureusemont iiu passage où Barthélémy de Pise cite comme étant de Conrad d'Offîda un fragment qu'il avait déjà cité précédemment comme emprunté à VAnliqua Legenda^, Je no voudrais pas exagérer la valeur d'une indication isolée; mais faire de Conrad d'Offida Fauteur de cette compilation semble une hypothèse tout à fait plausible. Ce que nous savons de lui, de ses tendancesi de . ses luttes pour la stricte olyservance, concorde avec ce que les fragments connus de ÏAntiqua Lcgmda nous permettent d'induire sur sou auteur'.

Quoi qu'il en soit^ il semble que dans ce recueil les

récits aient été donnés (la principale source étant la légende de frère Léon ou des Trois Compagnons avant sa mutilation) d'une manière bien moins écourtée que dans la Seconde Vie de Celauo. Cette œuvre ne dut guère être qu'une seconde édition de celle de frère Léon, complétée çà et là de quelques traits nouveaux et surtout d'exhortations à la persévérance à l'adresse des zélateurs persécutés^.

Enfin d'après f> 168 b 2, c'est àussî i la Leg. Ant. que serait empruntée la description de l'habit telle qu'on la trouve à la fin de la Chronique des T nbulation$. Voir Arehiv, t. II, p« i53.

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