‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 61 sur 242 · CHAPITRE PREMIER Jeunesse de saint François · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Jeunesse de saint François

Assise est encore à peu près ce qu'elle était il y a six ou sept siècles. Le donjon féodal est en ruines» mais laspect de la ville est toujours le même avec ses longues rues désertes» bordées de maisons séculaires.

Étagée à nii-cùte d'une colline que domine Uèremenl < le mont SubasioS elle contemple à ses pieds toute la / plaine de TOmbrie depuis Pérouse jusqu à Spolète.) Les maisons grimpent contre le rocber comme des) enfants qui se pressent, se dressent' sur la pointe des pieds pour être bien sûrs de tout voir ; elles y réussissent si bien que de chaque croisée on embrasse tout le panorama avec son encadrement de collines moutonneuses , au sommet desquelles villages et châteaux se découpent sur un ciel d'une limpidité incomparable.

Ces simples demeures ne comptent pas plus de cinq à six petites pièces-, mais les tons roses de la pierre

1. ilOi mètres d'alUuide; la plaine aux environs d'Assise est en

moyenne à 900 m et la ville à 250.

2. Comme dans la plupart des villes de la Toscane, les dimensions des maisons y étaient jadis réglementées.

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leur doDoeot uoe gaieté extraordinaire. Celle où naquit, dil-OD, saint François, a presque entièrement disparu pour faire place à une église; mais la rue est si modeste, ce qui subsiste du palazzo dei genùort di San Francesco^ si parfaitement semblable aux. maisons voisines, que la tradition doit avoir raison. François entra vivant dans la gloire; il serait étonoant qu'une sorte de culte ne soit pas tout de suite allé à la demeure où il avait vu le jour et passé les vingt-cinq premières années de sa vie.

I! vint au monde vers Ji82^. I^es biographes ne nous ont conservé que peu de détails sur ses parents^.

1. Le*; liiograplies disent qu'il mourut (3 oct. 1226) dans sa quarante-cinquième anniM», Mais leurs termes ne sont pas assez précis pour rendre improbable la date de 1181. La question ost du reste de peu d'importance. Un Franciscain d'Krfurt fixe, dès le milieu duL treizième siècle, la date de 1182. Pertz, t. 24, p. 193. "

2. On a fabriqué à François un certain nombre de généalogies : elles ne prouvent qu'une chose, le naufrage de Tidée ftanciscaine. Qu'ils comprenaient mal leur héros, ceux qui ont cru le grandir et le glorifier en le faisant sortir d'une famiUe noble ! ■ Qwb vero, dit le P. Suyslcen S. J., de ^uê gentiUtio insigni diêterit WadditigU9t non lubet mihi ottingere, Faeti$ et virtutibus éluxit 8, Fran^ eiseue non proavorum ineignibue wi iUuiiB^ quœ née dendero" mt, ■ A. SS. p. 557 a. On ne saurait mieux dire.

Au quatorsième siècle, tout un cycle de légendes s'est formé autour de sa naissance. Il ne pouvait en être autrement. Elles dérivent toutes du récit montrant un vieillard qui va frapper à la porte des parents, intercède jusqu'à ce qu'on lui laisse prendre l'enfant entre les bras, et annonce enfin qu'il fera de grandes choses. Sous celte forme, cet épisode ne présente certes rien d'impossible, mais les traits merveilleux se groupèrent bientôt autour de ce noyau jusqu'à le rendre méconnaissable. Bartbèlemy de Pise nous a conservé à peu près sa forme primitive, Cotiform. 28 a 2. François eul sûrement plusieurs frères [3 Soc. 9. Mater... qxiœ cum prœ cctevis filiis diligcbat], mais ils n'ont laissé aucune trace dans son histoire sauf le trait raconté plus loin. V. p. 76. Crislofani a publié quelques pièces notariées concernant Angelo^ frère de saint François, et ses

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JBUNBSSB DE S. ¥SiJL^ÇOiS 3

Son père, Pierre Beroardooe, vendait des étoffes et gagnait à ce commerce beaucoup d'argent. On sait combien la vie des marchands élait alors différente de ce qu'elle est aujourd'hui. Une grande partie de leur temps se passait à des tournées lointaines pour s'approvisionner.

Ces voyages étaient presque des expédilioas. Les routes étant peu sûres, il fallait une bonne escorte pour se rendre à ces foires fameuses, où durant des semaines se rencontraient des marchands venus des points les plus reculés de l'Europe. Dans certaines villes» Montpellier par exemple, la foire était continuelle; Benjamin de Tudela nous montre cette cité fréquentée par toutes les nations chrétiennes et inahométanes : « On y trouve des n^ociants de l'Afrique, de l'Italie, de l'Egypte, de la Palestine, de la Grèce, de la Gaule, de l'Espagne et de l'Angleterre, en sorte qu'on y voit des gens de toutes les langues avec les Génois et les Pisans. i»

Parmi tous ces marchands, les plus riches étaient ceux qui faisaient le trafic des tissus, lis étaient au pied de la lettre les banquiers du temps, et leurs lourdes voitures charriaient souvent les sommes levées par les papes en Angleterre ou en France.

Leur passage était un des événements de la vie de château; on les retenait longtemps, et on les questionnait sur toutes les nouvelles. Il est. facile de comprendre combien de pareilles relations devaient

descendants: Storie d'Assisi, t. I, p. 78 ss. Dans ces dociunents Angelo s'appelle Atigclus Pice et son fils Johanneclus oîim Anycli doi/ntre Pice, appeliilions qu'on peut iavoquer en fjiveur de l'origine noble de Pica.

les rapprocher de la noblesse; aussi dans certaiDes contrées 9 en Provence par exemple, les marchands

élaicDl-ils considérés comme nobles au second degré ^.

Bernardone faisait souvent de ces longs voyages; il venait même en France, et par là il faut entendre sûrement la France septentrionale et surtout la Champagne, où se faisaient les échaûges commerciaux entre le nord et le midi de l'Europe.

Il s*y trouvait précisément lorsque son fils naquit. La mère, sur les fonts baptismaux de S. Ruûn^, lui lit donner le nom de Jean, mais le père à son retour voulut l'appeler François \

Avait-il déjà des idées arrêtées sur TéducatioQ qu'il voulait lui donner, l'appela-t-il ainsi parce qu*il se proposait dès lors, de Télever à la française, d'en faire un petit Français? Cela n'a rien d'improbable. Peut-être aussi n*y avait-il là qu'une sorte d'hommage reconnaissant adressé par le bourgeois d'Assise à ses nobles clients d'au delà des monts ? Quoi qu'il en soit, l'enfant apprit le français et garda toujours pour notre langue et pour notre pays un goût particulier K

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