‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 65 sur 242 · JEUNESSE DE S. FRANÇOIS · texte numérisé non relu

JEUNESSE DE S. FRANÇOIS

qa'il deviendra un bon chrétien ^. » Parole toute naturelle dans la bouche d'une mère, mais à laquelle on devait attribuer plus tard un sens prophétique.

Jusqu'où le jeune homme se laissa-(-il entraîner? Il serait bien difficile de )e dire. La question qui tourmentait, dit-oo, frère Léon n'a pu se poser qu'à une imagination maladive 2. Thomas de Celano et les Trois Conapagnons sont d'accord pour nous le montrer allant iu^ju'aux pires esicès. Plus tard on parla avec plus de circonspection de sa vie mondaine. Une antienne trop cruè^ tirée du récit de Celano» fut changée par le chapitre général de 1260^9 et cette franchise des premiers biographes fut sans doute une des causes qui contribuèrent le plus à leur condamnation définitive trois ans après ^.

Leurs récits n'ont rien d'obscur : non seulement le fils de Bernardone imita les jeunes gens de son âge^ mais il mettait son point d'honneur à les dépasser.

A force de singularités, de bouffonneries, de farces, de prodigalités, il finit par conquérir une sorte de célébrité. On le voyait sans cesse dans les rues avec ses compagnons, forçant lattentiou par le luxe ou la

1. La leçon donnée par les Conform, 14 a 1. MerUarum gratia dà filium ipêum no9eriti$ affuturum^ semble meilleure que celle de 2 Gel. i, 1. Multorum gratia Dei fUiorum patrem ipaum fuwe-

ritis affuturum. Cf. 3 Soc. 2.

2. Bernard de Besse, Man. de Turin, 102 b. ; An inlcgcr carne desiderans. . , quod non exlorsisset a Sancto... menut obiineve a Deo quod virgo esset. Cf. Conform. 211 a 1 et A. SS. p. 560 s.

3. « In nia antiphona quœ incipit : Hic vir in vanilatibua nw tritus insolenter, fiat talis mutatio : Divinis kariêmatibua pi'even* tuê est clementer. n Archiv VI, p. 35.

4. V. p. {AXXIV, la déciaion du chapitre de 1263 ordonnant la dettruetion des légendes antérieures à celle de Bonaventure.

bizarrerie de ses vêtements. La nait même, la joyeuse bande cootiuuait ses exploits et remplissait la ville du bruit de ses chants K

Précisément vers cette époque, des troubadours parcouraient les villes du nord de l'Italie ^ et mettaient à la mode les fêtes brillantes et surtout les cours d'amour ; mais s'ils exaltaient les passions» ils faisaient aussi appel aux sentiments de courtoisie et de délicatesse; c'est ce qui sauva Fi-auçois.

Au milieu de ses débordements, il restait toujours poli et aimable, et s abstenait avec soin de toute expression basse ou obscène

Sa grande préoccupation était déjà de sortir de la banalité. Tourmenté du besoin de viser loin et haut ^, il

1. 1 Gel. 1 et 2 ; 89 ; 3 Soc. 2. Cf. A. SS. 560 c. Vincent de Beauvais, Spee, hiêi. lib» 29, eap, 97.

2. Pierre Vidal était vert li95 à la omir de Bonibce, marqnis de Montferrat, et t'y trouait ai bien qu'il 'voalait 8*7 établir, K. Bartacb, Petre VidaVt Lieder, Berlin, 1857, n. 41. Em. Monaci, Te$H anii^i provenzàli, Rome, 1889, coL 67. Il faut lire ce morceau , pour avoir une idée de b Honreor avec laquelle ce poêle partageait les espérances de l'Italie et souhaitait aon indépendance. Cette note politique se retrouve dans un tenson de Manfred II Lancia à l'adresse de Pierre Vidal. (V. Monaci loc, cit. col. 68.) — Gauceltne Faidit fut aussi à cette cour, ainsi que Ilaimbaud de Vacqueyr.is (1180-1207) — Folquet de Romans passa presque toute sa vie en Italie. Bernard de Ventadour (1145-1195), Peirol d'Auvergne (1180-1220) et bien d'autres y firent des séjours plus ou moins longs. Bientôt les Italiens se mirent à cbanter aussi en provençal, entre autres ce Manfred Lancia, puis Albert, marquis de Malaspina (1162-1210), Piètre délia Caravana qui, en llOti, exciti les cités lombardes contre Henri VI, Pietro délia Mula qui était vers 1200 à la cour de Corlemigli i. On trouvera des fragmenta de ces poètes dans Monaci op, cU, col. 60 as.

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