‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 70 sur 242 · L£S 1^TAP£S D£ LA CONVERSION · texte numérisé non relu

L£S 1^TAP£S D£ LA CONVERSION

masses imposaates du mont Subasio; à droite, toute la iraHée ombrieDoe avec ses fermes, ses villages, ses colliaes vaporeuses sur les lianes desquelles les plus, les cèdres, les cbdoes, la vigne et l'olivier répandent une gaieté et uue animalion incomparables. Tout ce pays est étinoelant de beauté, mais d'une beauté barmo- Dieuse et tout humaine, je veux dire, faite à la mesure de l'homme.

François avait espéré retrouver dans ce spectacle les délicieuses impressions de son adolescence. Il aspirait, avec cette sensibilité aiguisée des convalescents, les effluves printaniers, mais le renouveau intérieur qu'il attendait, ne vint pas. Cette riante nature ne lui fit en« tendre que de mélancoliques paroles.

Il avait cm qne la brise de ce paysage aimé emporterait les derniers frissons de la fièvre, et voilà qull se sentait an cœur on découragement mille fois plos pénible que le mal physique. Le vide lamentable de sa vie lui était tout à coup apparu; il était effrayé de cette solitude d'une grande âme, dans laquelle il n'y a point d*autel.

Les souvenirs de sa vie passée Tassaillaient avec une insupportable amertume; il se prenait lui-même en dégoût; ses ambitions d'autrefois lui semblaient ridicales ou méprisables. Il rentra accablé sous le poids d'une soulTrance nouvelle.

Dans ces heures d'angoisse morale, Thomme cherche on refuge dans Tamour ou dans la foi.

. Malheureusement la famille et les amis de François, étaient incapables de le comprendre. Quant à la religion, elle était pour lui, comme pour la plupart de ses contemporains, ce fétichisme grossier à terminologie

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chrétienne, qui est loin d'avoir entièrement disparu. Pour certaines gens en effet, la piété consiste à se mettre en règle avec un roi plus puissant que les autres, mais aussi plus sévère et plus capricieux, qui s^appelle Dieu. On lui prouve son loyalisme, comme aux autres* souverains, en plaçant son image un peu partout et eu payant avec exactitude les impôts perçus par ses ministres. Si vous lésinez, si vous fraudez, vous risquez d'être durement châtié, mais autour du roi sont ses courtisans qui rendent volontiers des services. Moyennant une rétribution raisonnable, ils saisiront le moment favorable pour enlever adroitement la sentence de votre condamnation, ou pour glisser au prince une formule d'absolution plénière, dans un instant de bonne humeur oii il signe sans regarder^.

Tel était le fonds religieux sur lequel avait jusqu'alors vécu François. Aussi ne songea-t-il pas même à y chercher le baume spirituel qu'il eût fallu pour panser ses meurtrissures. A force de sainte violence, il devait arriver à la foi pure et virile, mais le chemin en est long, tout semé d'obstacles, et au moment ou nous sommes parvenus, il ne s'y est pas encore engagé; il n*en soupçonne même pas l'existence; il sait seulement que les plaisirs conduisent au néant, à la satiété et au mépris de soi-même.

Il le savait, et pourtant il devait s'y rejeter encore.

1. Il Butùi d'avoir séjourné dans le pays de Naples pour savoir <iue ce tableau n'a rien d'eiagéré. Je m'étonne que beaucoup d'bommes, inteUigentael bons, se figurent qu'il suflirait de changer la formule religieuse de ces gens-là pour les transformer. QueUa erreur I Ai^ourd'hui, comme au temps de Jésus, il ne s'agit pss d'adorer sur le mont Horqah ou sur le mont Sion, mais d'adorer en esprit et en vérité.

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Notre corps est si faible, si enclin à reprendre les sentiers déjà suivis, qu*il y va de lui-même dès qu*uiie volonté énergique ne Tarrête pas. Désillusionné, Francs revint k sa vie ancienoe.

Essaya-t-il de se distraire, d'oublier cette journée d'amère rêverie? Ou pourrait le croire à voir Tardeur qu'il apporta à ses nouveaux projets*.

Uae occasion s'offrit à lui de réaliser ses rêves de gloire : un chevalier d'Assise, peut-être un de ceux qui avaient été captifs avec lui à Pérouse, se préparait à partir pour les Fouilles, sous les ordres du comte ^ - ' Geniile^. Ce dernier devait rejoindre Gauthier de Brienne qui guerroyait dans le midi de l'Italie pour le compte d'Innocent Ili.

La renommée deGauthier était immense, dans toute la Péninsule: on l'y tenait pour un des plus preux chevaliers de Tépociue. Le cœur de François bondit: il lui senibla qu'à côté d'un pareil héros, il saurait bien

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