V. Honoritts III« éd. Horoy, lib. I, ep. 109, 125, 1S
273i 11,128, 164; IV, 120, etc.
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comiptioa au sein de l'Église ; mais, comme toujours,
le mal faisait plus de bruit que le bien, et la voix de ceux qui voulaieut uue réforme ne parveoait à créer que des mouvements passagers.
Parmi le peuple, la superstitioa était ioimagioable; la prédication, qui aurait pu répandre quelques lumières, était encore réservée aux évôques, et les rares pasteurs qui n*oubliaieot pas leur devoir à cet égard, ne pouvaient que fort peu de chose, étant trop absorbés par d'autres soins. C'est la naissance des ordres mendiants qui a obligé le clergé séculier tout entier à prendre rhabitude de la prédication.
Le culte, réduit aux cérémonies liturgiques, ne con< servait plus rien qui fit appel à l'iatelligeoce; il devenait de plus en plus une sorte de formule magique, .agissant par elle-même. Une lois sur cette voie, on allait bientôt jusqu'à l'absurde. Des gens qui se croyaient pieux, racontaient les merveilles opérées par les reliques, sans que Tacte moral de la foi eût besoin d'intervenir.
Ici, c'était un perroquet qui, emporté par un milan se mettait à crier Tinvocation chère à sa maîtresse: ^Sancte Thomas adjum me» et qui était miraculeusement délivré. Là, celait un marchand de Groningue qui dérobait un bras de saint Jean- Baptiste et qui s'enrichissait comme par enchantement, tant qu'il le conservait caché chez lui, mais qui était réduit à la mendicité, lorsque son secret découvert, la relique lui était enlevée et placée dans une église ^
i, Dialoçuê miraculorum de Cùsaire de Heisterbnch [tMliiion Strmge, Cologne 1851, 2 vol. in-8°], t. II, p. 255 et 125 Co hvre 6st, avec la Légeado dorée de Jaoqnes de Voragine, celui qui peut le meiuz faire eaisir Tétat de la pensée religieuse au treitiéiDe eiècle.
Or, il faut le remarquer, ces récits ne proTienoeot
pas de dévots ignoranls, perdus au tond des campagnes ; ils nous sont faits par un des moines les plus instruits
du temps, qui les raconte à un novice pour lui former les idées !
Les reliques agissaient donc comme de véritables talismans. Non seulement elles opéraient des miracles j sans que le miraculé eût besoin d*ètre dans des conditions spéciales de foi ou de dévolionp mais les plus puissantes guérissaient les malades malgré eux. Un chroniqueur raconte que le corps de saint Martin de Tours avait été caché et emporté au loin en 887, par peur de Tinvasion danoi^^e. Quand on dut le rapatrier, il se trouva en Touraine deux impotents, qui grâce à leur infirmité, gagnaient beaucoup en mendiant» La nouvelle qu'on rapporterait les reliques leur causa un grand effroi : saint Martin allait certainement les guérir et leur enlever leur gagne-pain. Leurs craintes n'étaient que trop fondées. Ils prirent la fuite, mais ils boitaient trop pour aller vite et u avaient pas encore franchi les frontières de la Touraine, quand le corps saint y arriva et les guérit !
On pourrait collectionner des centaines de récits du même genre, faire des statistiques où Ton montrerait, à ravènemenl d Innocent lil, la plupart des sièges épisco* paux occupés par des indignes, les couvents peuplés de moines paresseux et débauchés, ferait-on ainsi un tableau vraiment exact de l'Église à cette époque? Je ne le crois pas. D'abord il faut tenir compte des âmes d'élite, plus nombreuses sans doute qu'on ne pense. Cinq justes eussent autrefois sauvé Sodome; TÉternel ne les y trouva pas. Peut-être les y aurait-il trouvés^ s*il
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avait regardé lui-même au lieu de se Ger à Lot? L'Église du XUl*' siècle les a eus, et c'est pour cela que ]a tempête de l'hérésie ne Ta point eiuporlée.
Mais il y a autre chose; TEglise offrait alors uo beau spectacle de grandeur morale. Il faut savoir détourner les yeux des misères^qui viennent d*étre indiquées pour les porter jusque sur le trône pontifical et voir la beauté de la lutte engagée : un pouvoir tout spirituel prétend dominer les rois de la terre, comme l'âme dompte le corps, et il finit par triompher.
Certes, les soldats et les généraux de cette armée furent souvent de vrais bandits, mais encore faut-il pour être juste, comprendre le but auquel ils visaient.
Dans ces âges de fer où la force brutale était tout, rÉglise, malgré ses plaies, a montré aux hommes des paysans et des ouvriers recevant Thumble hommage des plus hauts potentats de la terre, simplement parce qu'ils étaient assis sur la chaire de Saint Pierre et qu'ils représentaient la loi morale.
Voilà pourquoi TAlighieri et bien d'autres avant et après lui ont pu maudire les mauvais ministres, mais sans avoir au fond du cœur autre chose qu une immense compassion et un ardent amour pour cette Église qu'ils ne cessaient d'appeler leur mère.
Tout le monde cependant ne les imitait pas, et les ▼ioes du clergé expliquent le nombre iotini des hérésies.
Elles eurent toutes du succès, depuis celles qui étaient de simples cris de la conscience révoltée, comme celle des Vaudois, jusqu'aux plus folles, comme celle d'Éon de l'Étoile. 11 y eut, dans le nombre, de belles et saintes causes ; mais il ne faut pas que les persécutions
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endurées par les hérétiques nous les rendent intéressants au point d6 troubler notre jugement. Il vaudrait mieux pour Rome qu*elle eût triomphé par la douceur, par rinstruction et par la sainlelé; mais hélas, un combattant ne choisit pas toujours ses armes, et quand il y va de la vie, on prend les premières qu'où trouve à sa portée. La papauté n*a pas toujours été du côté de la réaction et de l'obscurantisme : lorsqu'elle terrassa les Cathares, par exemple, sa victoire fut celle du bon sens et de la raison.
La liste des hérésies du XI IP siècle est déjà fort longue ; elle s*allonge cependant tous les jours, pour la plus grande joie des erudits qui font de laborieux eflTorts pour classer tout, dans ce tohu-bohu du mysticisme et de la folie. Les hérésies à ce moment furent très vivantes, fort complexes par conséquent, et douées d'une plasticité surprenante. On peut indiquer des courants, marquer des directions; aller plus loin, c'est se condamner è ne plus comprendre ces mouvements instinctifs, passionnés, bizarres, qui naissent, s'élancent, retombent suivant le caprice de mille circonstances insaisissables. Dans certains comtés d'Angleterre, il y a de nos jours des villages qui ont jusqu'à huit et dix lieux de culte pour quelques centaines d'habitants. La plupart de ces gens-là changent de secte, tous les trois ou quatre ans; reviennent à celle qu'ils ont quittée, Tabandonnent encore pour y rentrer de nouveau, et cela pendant toute une vie. Leurs chefs donnent Texemple et se jettent d'enthousiasme dans chaque nouveauté pour la quitter bientôt après. Les uns et les autres seraient fort embarrassés de donner des raisons compréhensibles de ces allées et venues. C'est l'Esprit
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qui les conduit, disent-ils, et il serait impertinent de ne pas les croire; mais rhistoriea qui voudrait étudier tout cela y perdrait la téle» à moins qu'il ne fit dans ses documents un casier pour chacun de ces IVotëes. Ils nen valent vraiment pas la peine.
Cet état rappelle un peu celui d'une grande partie de' la chrétienté sous Innocent III; mais tandis que les sectes dont je viens de parler, se meuvent dans un cercle assez étroit de dogmes et d'idées, au XIII* siècle tous les excès se rencontrent et se succèdent. Un passaitsans transition par les systèmes les plus contradictoires.
On peut cependant noter deux ou trois traits généraux : d'abord 9 les hérésies ne sont plus> comme jadis, des subtilités métaphysiques ; Arius et Prisciilien, Nestorius et Eutychès sont bien morts.
En second lieu, elles ne partent plus de la classe élevée et dirigeante» mais surtout du bas clei^é et du peuple. Les coups qui mirent vraiment en danger l'Église du moyen ftge, lui vinrent d'ouvriers obscurs, des pauvres el des opprimés, qui, dans leur misère et leur dégradation, sentaient qu'elle avait failli à sa mission.
Dès qu'une voix s'élevait, prêchant l'austérité et la simplicité, elle réunissaitautour d'elle non seulement des laïques, mais aussi des membres du clergé. Nous voyons ainsi un certain Pons émouvoir tout le Périgord vers la lin du XIP siècle, et prêcher avant saint François la pauvreté évangélique^.
Deux grands courants sont manifestes : d'un côté,
i. Reeueil dei higtorimis de la France, Bouquet, t. XII, p. 550*
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les Cathares; de lautre, les innombrables sectes qui se révoltent par iidéiiié au christianisme même et veulent revenir à TÉi^Iise primitive.
Parmi les sectes de la seconde catégorie, la fin du XII* siècle vit éclore eu Italie celle des Pauvres gens qui se rattachaient sans doute à la tentative d'Arnaud de Brescia et qui aiaieul 1 eliicacité des sacrements administrés par des mains indignes^.
Un vërituble essai de réforme fui tenté par les Vau- ' dois; leur histoire» quoique plus connue, reste encore bien obscure par certains côtés ; letir nom de Pauvres de Lyon rappelle celui des précédents avec lesquels ils eurent d'étroits rapports, ainsi qu'avec les Humiliés, Tous ces noms font involontairement songer à celuijque saint François donnera à son Ordre. Les analogies d'inspiration entre Pierre Yaldo et saint François sont si nombreuses qu'on pourrait être tenté de croire a une sorte d'imitaiion. On aurait tort : les mêmes causes produisaient de tous côtés les mêmes effets ; les idées de réforme, de retour à la pauvreté évangélique, étaient dans l'air, etcela aide à comprendre le releolissement que la prédication franciscaine devait avoir en peu d'années dans le monde entier. Si les débuts de ces deux hommes furent identiques, la suite de leur vie différa beaucoup : Yaldo, jeté dans l'hérésie presque malgré lui, fut obligé de tirer les conséquences des prémisses qu'il avait posées 2, tandis que François»
1. Bonacorsi : Vilœ hœreticorum [d'Acbery, Spicilegiumf t. I, p. 215J. Cf. Lucius III, epist. 171, éd. Migne.
2. V. Bernard Goi, Praetiea inquiiUioniSt éd. Douais, in-4«, Paris 1886, p. S44 as. et surtout le man. de la Vaticaiie, S548, f» 71.
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demeuré ùls soumis de l'Église, mit tous ses efforts à développer en lui et en ses disciples la vie du cœur.
Au reste, il paraît fort probable que par sou père François aura été mis au courant des tentatives des Pauvres de Lyon. De là, la fréquence de ses conseils sur la soumission que les frères devaient avoir vis-à-vis du clergé.
Quand il alla demander l'approbation dlnnocent III,
il est évident que les prélats avec lesquels il fut en relations, le prémunirent contre les dangers de sa création, en lui citant précisément l'exemple de Valdo^
Celui-ci était venu à Rome en 1179, avec quelques compagnons, demander à la fois Tapprobation de leur traduction des Écritures en langue vulgaire, et la permission de prêcher. Us furent exaucés à la coaditioa d'obtenir pour les prédications Tautorisation des curés. Gautier Map (f 1210), chargé de les examiner, tout en ridiculisant leur simplicité, ne put s'empêcher d'admirer leur pauvreté et leur zèle pour la vie apostolique ^
Deux ou trois ans plus tard, ils ne trouvèrent plus le même accueil à Rome, et en 1184 ils étaient anatbéoiatisés par le concile de Vérone. A partir de ce moment, plus rien ne devait les arrêter, jusqu^à rétablissement d'une église nouvelle.
1. Un cbroniqneor contemponûii de aalnt François a fait ce rapprochement: Borehard, abbé d*Ursperg (f 1226) [Burehardi et Cuùnradi ehronieon. Momm. Germ, hiiL Seript; t. S3] nous a laissé de l'approbation de François par le pape an récit d'antant plus précienx que c'est celai d*an oontemporîdn. Loe, dt, p. 376.
2. De nugis Curialium, Dist. I, cap. 31, p. 64, éd. Wright, Cf. Chronique de Laon, Bouquet XIII, p. 680.
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Ils se multiplièrent avec une rapidité qui sera à peine dépassée par les Franciscains. On les trouve, dès la âa du XII* siècle, répandus depuis la Hongrie jusqu*au cœur de l'Espagne; c'est dans ce dernier pays qu'on commença à les traquer. Dans les autres contrées on se contenta d abord de les traiter en excommuniés.
Obligés de se cacher, mis dans Timpossibilité de tenir leurs chapitres qui devaient avoir lieu une ou deux fois par BU, et qui auraient pu maintenir parmi eux une certaine unité de doctrine, les Vaudois se transformèrent rapidement suivant les milieux; les uns s'obstioantà se croire bons catholiques, les autres allant jusqu'à prêclier le renversement de la hiérarchie el 1 inutilité des sacrements^.
De la, cette multitude de rameaux si divers et mémo ennemis qui se transformaient d'heure en heure.
Cependant la persécution commune les rapprochait des Cathares et lavorisait lamalgame des idées. On ne saurait se figurer combien ils étaient actifs. Sous prétexte de pèlerinage à Rome, ils étaient toujours en route, simples et insinuants. La façon dont on voyageait était particulièrement favorable à la diffusion des idées. Tout en racontant les nouvelles à ceux dont on recevait Tbospitalilé, on leur parlait du triste étal de TEgiise et de la réforme nécessaire. Ces entretiens étaient un moyen d*apostolat bien plus eflScace que ceux.
1. Voir par exemple k kUre du rameau italien des Pauvres de Lyon {PaupereB LombardQ à leurs frères d'Allemagne appelée là-bas Léonistes. Us y exposent les points sur lesquels ils ne sont pas d'accord avec les Yandois français. Publiée par Preger: Abhandlunffêti der K, bayer, Akademiê der Wii$, Hi»t. CL, t. XIII, i875, p. 179 88.
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d'aujourd'hui, par le livre et le journal : rien pour commuDÎquer la pensée ne vaut la viva vox^.
On a parfois répandu sur le compte des Vaudois de bien vilaios récils ; la calomoie est uoe arme trop facile pour ne pas teoler des adversaires aux abois. Aussi leur a-t-OQ attribué les promiscuités immondes dont on avait accusé jadis les premiers chrétiens. En réalité, leur vérilabie force était dans leurs vertus qui faisaieut un si grand contraste avec les vices du clergé.
Les ennemis les plus puissants et les plus décidés de r£glise furent les Cathares. Sincères, audacieux, souvent instruits et ergoteurs^ ayant parmi eux des cœurs d'élite et des personnalités d'une grande puissance intellectuelle, ils furent au treizième siècle les hérétiques par excellence. Leur révolte ne portait point, comme ches les premiers Vaudois, sur des points de détail ou des questions de discipline; elle avait une base doctrinale arrêtée, en contradiction avec le dogme catholique tout entier.
Mais, quoique cette hérésie ait été florissante en Italie, et sous les yeux même de saint François, je o ai qu'a l'indiquer brièvement. Si les inOltrations du mouvement vaudois sur sa création ont été nombreuses,
elle est restée totalement étrangère au Catharisme.
1. Ces voyages continuels leur firent parfois donner le nom de Poêêogienê, comme dans le midi de la France les prédicants de certaines sectes sont appelés encore aiuourd'bui Courriers, Ce terme cependant désigna toot spécialement une secte Jndalsanie qui revenait à l'observation littérale de la loi mosaïque; Dôllinger, Betird jre, t. II, p. 337 et 375. Ils s'identifiraient donc avec les CireoneU de la constitution de Frédéric II (HoUhrd-BréhoUes, t. Y, p. 380). Voir surtoQt la beUe élude de H. G. Molinier : MÊémoirm éê V Académie de Toulouse, 1888.
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Ceci s'explique tout Datorellement par le fait qu*il o'a jamais voulu s'occuper des questions de doctrine. La foi pour lui a*est pas du domaine intellectuel, elle est du domaioe moral : c'est la coDsécralion du cœur. Le temps passé à dogmatiser, lui paraissait du temps perdu.
Un trait de la vie de frère Égide, montre bien en quelle maigre estime les premiers Frères Mineurs tinrent la théologie. Un jour, devant saint Bonavenlure, peut* être non sans une pointe d'ironie, il s*écria : «Hélas, que ieroQS-Dous, nous, ignorants et simples pour mériter la bonté de Dieu ?» — <c Mon frère, dit le fameux docteur, vous savez bien qui! sullil d'aimer le Seigneur. » — «En 6tes-YOU8 bien sûr, répliqua Égide, croyez-vous qu une simple femme puisse lai plaire autant qu'un maitre en théologie?» Sur la réponse affirmative de son interlocuteur, il courut dehors et appelant de toutes ses forces une mendiante : a Pauvre vieille, lui cria-t^il, réjouis-toi, car si tu aimes Dieu, tu pourras être dans le royaume des cieux. au-dessus de frère Bouaventure^.»
Les Cathares n'ont donc pas eu d*influenoe directe sur saint François^, mais rien ne saurait si bien montrer