‹ Vie de Saint François d'AssiseChapitre 80 sur 242 · A. SS. Sept., t. vu, p · texte numérisé non relu

A. SS. Sept., t. vu, p

L*<GLISB TBR8 1209

leur YÎe entre ciel et terre, avec deux mers pour horizon.

Troublés par la peur des corsaires et les cris de guerre i doDt l'écho montait jusqu'à eux, ils se tournaient vers / 1 avenir. Les âges des grandes terreurs sont aussi ceux des grandes espérances ; c'est à la captivité de Babylone que nous devons, avec la continuation d'Isaïe, des I tableaux dont Tâme humaine n'a pas encore cessé de I s*enchanter; les persécutions de Néron nous ont donné l'Apocalypse de saint Jean, et les bourrasques du XII* siècle, rÉvangile éternel.

Converti après une vie dissipée, Joachim de Flore voyagea longuement en Terre-Sainte, en Grèce et à Constanlinople. Revenu en Italie, il se mit, quoique laïque, à prêcher dans les environs de Rende et de Cosenza. Plus tard il entra chez les Cisterciens de Cortale [Corace], près de Catanzaro, et y prononça ses ▼œux. Élu bientôt, malgré ses refus et sa fuite, abbé du monastère, il fut, au bout de quelques années, pris de la nostalgie de la solitude, et alla trouver le pape Lucius III pour être déchargé de ses fonctions (1181) et pouvoir consacrer tout son temps aux ouvrages qu'il méditait. Le pape exauça ses prières et lui permit même d aller oii bon lui semblerait dans Tintérêt de ses travaux. Alors commença pour Joachim une vie errante de couvent en couvent qui le mena jusqu'en Lombardie, à Vérone, où nous le trouvons près du pape Urbain III.

Lorsqu'il revint dans le midi, des disciples se réunirent autour de lui pour l'en tendre expliquer les passages les plus obscurs de la Bible; bon gré, mai gré il se trouva obligé de les recevoir, de leur parler, de leur donner une règle, et enfin de les installer en plein coeur

it

▼IB DB 8. FEANÇOIS

de la Sila, cette Forêt-Noire de Tltalie*, en face du plus haut sommet» dans des gorges doot le sileace n*est interrompu que par le murmure de TArvo et do Neto, qui preoueut leur source doq loiu de là. Le nouvel Athos reçut le nom de Fiore (fleur), transparent symbole des espérances de son fondateur ^.

G*est là qu'il mit la dernière main aux ëerils qui, après cinquante ans d'oubli, devaient devenir le point de départ de toutes les hérésies et Taliment de toutes les âmes anxieuses du salul de la chréiienté.

Les hommes de la première moitié du treizième siècle, trop occupés ailleurs, ne s'apergurent pas tout d'abord que les sources spirituelles auxquelles ils bavaient, descendaient des cimes neigeuses de la Calabre.

Il en est toujours ainsi de l'influence mystique. Elle a quelque chose de vague, de ténu et de pénétrant qui échappe à une appréciation exacte. Que deux âmes d'élite se rencontrent, elles seront fort en peine pour analyser et dire les impressions qu'elles ont ressenties Tune et Tautre. Il en est de raême pour une époque; ce ne sont pas toujours ceux qui lui parlent le plus souvent et le plus fort qu*elle entend le mieux; ni même ceux aux pieds desquels» écolière fidèle, elle va s'asseoir jour après jour. Parfois en allant chez ses maîtres habituels^elle rencontre tout à coup un inconnu; elle a à peine saisi quelques paroles de ce qu'il disait, elle ne sait ni d*où il vient ni où il va, elle ne le

1. A. SS. Maii, VII ; Vincent de Beauvais, Spesidum historiaUt îih. 29, cap. 40. La Sila est tout un massif inont.:gneaz, aituéàl'eit de Gosenia qne les paysans appellent MonU Nero, Les sommets atteignent près de 9000 mètres d'altitade.

Page 1