Vers 1195. Joachim y monrut le 30 mars
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retrouvera plus; mais ces quelques paroles chaotent au plus profood d'elle-même, la troublent et rinquièteot.
Aiosi eu fut-il Jongiemps de Joachim de Flore. Ses idées, répandues çà et là par des disciples enthousiastes, germèrent sans bruit dans les cœurs ^. En redonnant aux hommes Tespéranoe, il leur rendit la force. Penser, c'est déjà agir; seul à Tombre des sa()ins séculaires qui entouraient sa cellule, le cénobite de Flore travaillait à la réoovation de TÉ^Iise avec autant de vigueur que les rérormaieurs venus après lui.
II est loin cependant d'ulleindre à la hauteur des prophètes d*Israël ; au lieu de s élancer comme eux en plein ciel, il reste toujours rivé au texte qu'il commente par la méthode allégorique et d'oii il fait sortir, grâce à ce procédé, les bizarreries les plus invraisemblables. Quelques pages de cette lecture harassent le lecteur le plus patient; mais sur ces champs brûlés par le raisonnement ibéologique, plus desséchant que le vent du désert, où Ton n'aperçoit au premier abord que des pierres et des chardons, on trouve enfin Toasis enchanteresse et, à son ombre, le repos et les rêves.
L*exégèse de Joachim de Flore aboutissait en effet à
i. Toote une littérature apocryphe a fleuri autour de Joachim ; qvelqaes hypereriUipiea ont voulu prouver qu'U n'avait jamaia rien ému Ce aont là des eiagéralions. Trois grands ouvrages sont certiinement authentiques: La Concorde de l'Ancien et du Nouveau Tettamenif Le Commentaire $ur V Apocalypse et Le Peaulier de§ dix cordes publiés à Venise^ le premier en 1517, les deux autres en 1527. Ses prophéties étaient si connues déjà de son vivant qu'un cistercien anglais, Rodolphe, abbé de Coggeshall (f 1228), venu à Home en 1195, voulut avoir une contérence a-vec lui, et nous en a laissé un souvenii' intéressant. Mariène, AmpUssima collectio, t. V, p. 839.
VIB DE S. FRANÇOIS
UDe sorte de philosophie de Thistoire, dont les grandes
lignes devaient singulièrement frapper les imagi nations : la yie de l'humanité se divise en trois périodes : dans la première où. a régné le Père, on a vécu sous la rigueur de la Loi ; dans la seconde où a régné le Fils» on vit sous le régime de la Grâce ; dans la troisième, régnera TEsprit et on vivra dans la plénitude de TAmour. La première est celle de TobéissaDce senrile, la seconde celle de l'obéissance filiale, la troisième celle de la liberté. Dans la première on a vécu dans la ' crainte ; dans la seconde on se repose dans la foi ; dans la troisième on brûlera d'amour. L*uDe a vu briller les étoiles, la seconde voit blanchir laurore, la troisième verra Téclat du jour. La première a produit les orties» la seconde donne des roses, la troisième sera Tâge des lys.
Si maintenant Ton songe que dans la pensée de Joachim la troisième période, Tâge de TEsprit, allait s'ouvrir, on comprendra avec quel enthousiasme furent saluées des paroles qui redonnaient la joie à des âmes encore troublées des craintes millénaires.
Il est évident que saint François a connu ces radieuses espérances. Qui sait même si ce n'est pas le Voyant calabrais qui avait jeté dans son cœur cette ivresse d'amour. Si cela était, il n'aurait pas été seulement son précurseur, il aurait été véritablement son père spirituel.
Quoi qu*il en soit, saint François trouva dans la
pensée joachimite bien des éléments qui devaient, sûrement à son insu, devenir les fondements de son institut.
Le noble dédain qu*il marque pour tout ce qui est science, et qu'il aurait voulu inculquer à son Ordre, était
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pour Joachim uoe des caracléristiques de l'ère uouvelle : ^ cLa vérité qui reste cachée aux savants, dit-il, se rév^ej aux enfants; la dialectique ferme ce qui était ouvert, rend i obscur ce qui était clair; elle est la mère des discours! ÎDutiles, des rivalités et du blasphème. La science n'édidej pas, et elle peut détruire, comme le prouvent ce^ scribes de TË^lise, gonflés d'orgueil et d'arrogance, qui,j à force de raisonner, tombent dans Thérésie^. » '
On a vu que le retour à la sim[)licité évangélique s'imposait; toutes les fractions de Tbérésie étaient d'accord sur ce poiot avec les catholiques pieux, mais personne n'en a parlé d'une manière aussi franciscaine que Joachim de Flore. Non seulement il faisait de la pauvreté volontaire un des caractères de l'âge des lys, mais il en parle «dans des pages d'une émotion si profonde, si vécue que saint François ne pourra guère que les répéter. Le moine idéal qu'il nous décrit -, qui n'a pour | tout bien qu'une lyre, n'est-il pas un Franciscain avant | la lettre, celui dont rêva toujours le Poverelh d'Assise?
Le sentiment de la nature éclate aussi chez lui avec une vigueur incomparable. Un jour, il prêchait dans une chapelle plongée dans une obscurité presque complète, tant le ciel était voilé de nuages. Tout à coup une éclaircie se produit, le soleil rayonne, la lumière inonde l'église; Joachim s^arréte, salue le soleil, entonne le Yeni Creator et emmène son auditoire contempler la campagne.
11 n y aurait rien d'étonnant à ce que vers 1205,
i. Comm, in Apoc, f« 70 b 2.
^. Qui vere monachua est nihil reputat esse suum nisi citharam: Apoc. ib. f« 183, a 2.
François ait entendu parler de ce prophète vers lequel se touroaieot déjà quelques âmes, de cet anachorète qui, regardant au ciel, parlait avec Jésus comme un ami parle avec son ami, mais qui savait aussi descendre vers les hommes pour les consoler et réchauffait sur sa poitrine le visage des agonisants.
A Tautre bout de l'Europe, en pleine Allemagne, les méuies causes avaient produit les mêmes effets; de l'excès des souffrances du peuple et du désespoir des âmes religieuses» naissait un mouvement de mysticisme apocalyptique, qui semble avoir de secrètes communications avec celui qui troublait la Péninsule.
Ce sont les mêmes vues d'avenir, la même attente anxieuse de cataclysmes nouveaux, unie à la perspective d'un rajeunissement de l'Église.
(L Crie d'une voix lorte, dit à sainte Elisabeth de Schônau (f i 164) son ange familier, crie à toutes les nations : Malheur! car le monde entier s'est changé en ténèbres. La vigne du Seigneur a péri, il n'est personne qui la cultive. Le Seigneur y a envoyé des ouvriers, mais il les a tous trouvés oisi&. La téte de l'Église est malade et ses membres sont morts... Bergers de mon Église, vous dormez, mais je vous réveillerai! Rois de la terre, le cri de votre iniquité est monté jusqu'à moi^. >
« La justice divine, dit sainte Hildegarde (f il78)> aura son heure; la dernière des sept époques symbolisées par les sept jours de la création est arrivée, les jugements de Dieu vont s'accomplir; l'empire et la papauté déchus dans l'impiété s'écrouleront ensemble..*
1. E. Roth, IHê VtJtofMti d<r heiHgm Eliiàbêîh von ScMnau, BrOnn, 1884, p. 115-117.
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Mais alors sur les ruines apparaîtra un peuple de Dieu j nouveau» uo peuple de prophètes illumiaés d*ea haut, ▼ivani dans la pauvreté et la solitude. Alors les mystères divins seroQt révélés, et la parole de Joël s accomplira; le Sainl-Esprit répandra sur le peuple la rosée de ses prophéties, de sa sagesse et de sa sainteté; les paieus, les juifs, les moudaios el les incrédules se convertiront en foule; le printeujps et la pai\ régneront sur la terre / r^nérée» et les anges reviendront avec confiance ' demeurer auprès des hommes. »
Ces espérances ne furent pas tout à fait confondues. Au soir de sa vie le prophète de Flore a pu, nouveau SiméOD» entonner son lYunc dimiUis^ et la cbréi enié put durant quelques années se tourner, émerveillée, vers Assise comme vers une nouvelle Bethléhem.
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