Soc
LLITES ET TRIOMPHE
voyaDles ëtaieDt tout ce qui lui appartenait; arrivé chez ses parents, il fit un paquet des étoffes et se jetaot à cheval partit pour Foligno.
Cette viile était alors comme aujourd'hui la cité la plus commerçante de toute la région. Ses foires attiraient toute la population de la Sabine et de 1 Ombrie. Bernardoney avait souyent mené son fils^, qui eut bien vile fait de vendre ce qu'il avait apporté. Il se débarrassa même de sa monture et reprit plein de joie le chemin d'Assise 2.
Cet acte avait pour lui une grande importance : il marquait sa rupture déGnilive avec le passé; à partir de ce jour sa vie allait être de tous points Topposé de ce qu'elle avait été ; le Crucifié s'était donné à lui ; lui de son côté, se doQoait au Crucifié, sans partage et sans retour. Aux incertitudes» aux troubles de Tàme, aux angoisses, à la nostalgie d'un bonheur inconnu, aux regrets amers, avait succédé un calme délicieux, rivresse de Tenfant perdu qui retrouve sa mère et oublie en un instant les tortures de son cœur.
De Foligno, il revint droit à Saint-Damien ; il n'avait pas besoin pour cela de passer par la ville, et était pressé de réaliser ses projets.
Le pauvre prêtre fut bien étonné lorsque François lui remit le produit intégral de la vente. Il crut sans doute à une brouille passagère entre Bernardone et son fils et pour plus de prudence, refusa le présent, mais François insista tellement pour rester auprès de lui, qu*il en
i. Ce détail rassort da récit de i Gel. èilbie» mûre venditiê.
8. 1 Gel. 8; 3 Soc. 16; Bon. 16. Foligno est â trois heures de msrehe d'Assise.
obtint enfin la permission. Quant à l'argent, devenu
inutile, il le jeta comme uo objet sans valeur sur la lucarne de la chapelle^.
Pendant ce temps, Bernardone inquiet de ne pas voir revenir son fils, se mit à le rechercher de tous côté6 et ne tarda pas à apprendre sa présence à Saint-Damien. Ën un instant, il comprit que François était perdu pour lut ; résolu à tout tenter, il rassembla quelques voisins, et fou de colère se rendit à Termitage pour Tea arracher au besoin de vive force.
Mais François connaissait les fureurs de son père. Lorsqu'il entendit les cris de ceux qui arrivaient à sa poursuite, il se sentit défaillir et courut se jeler dans une cachette qu'il s'était préparée à cet effet. Bernardone, sans doute mal secondé dans ses recherches, fouilla en vain de tous cotés» et dut enHa retourner k Assise.
François resta caché durant de longues journées^, pleurant et gémissant, suppliant Dieu de lui montrer la
voie à suivre. Malgré ses craintes, il avait au cœur une
joie infinie et n'aurait voulu è aucun prix revenir ëa
arrière 2.
Cet emprisonnement ne pouvait durer; François le comprenait et se disait que, pour un nouveau chevalier du Christ, il faisait bien piteuse figure. Aussi s'armant un jour de courage, il se dit igea vers la ville pour se présenter à son père el lui signifier ses résolutions.
On peut s'imaginer combien ces quelques semaines de réclusion passées dans les transes avaient altéré sa
1. 1 Gei. 9; 3 Soc. 16; Bon. 6. Gf. A. SS. p. 567. 3. i Gel. 10; 3 Soc 16; Bon. il; A. SS. p. 568.
LtTT£S £X ïikiOMrUË
physioDomie. Aussi, lorsque pftle, décharné» les vètemeols eu loques, il parut sur ce qui est aujourd'hui la Piazaa JViAOva où des ceolaines d'eofaots ne cesseol de jouer toute la journée, il Tut accueilli par un long cri : Pazzo! Pazzo! au fou! au fou! Un pazzo ne fa cento^ UD fou en fait cent autres, dit le proverbe, mais il faut avoir Yu i eosorcellement délirant des enfants des rues en Italie à la vue d'un fou, pour comprendre combien cela est vrai. Dès que le cri magique relealil, lU se ment dehors avec un fracas épouvantable et alors, pendant que les parents regardent par les croisées, ce sont des chants, des cris, des hurlements sauvages, entremêlés de rondes folles dansées autour du malheureux. On lui jette des pierres, on le couvre de boue, on lui bande les yeux; s'il se fâche, on redouble; s'il pleure, s*il supplie, on répète ses cris, on contrefait ses sanglots el ses supplications sans trêve et sans merci*.
Bientôt Bernardone entendit la clameur qui s*engouffraii dans les petites rues et sortit pour prendre sa part du spectacle; mais soudain il lui sembla entendre SCO nom, celui de son fils et suffoqué par la honte et la rage, il aperçut François.
Se précipitant sur lui prêt à Tétrangler, il Tentratua jusque dans la maison et le jeta à demi-mort dans un réduit obscur.
Menaces, mauvais traitements, tout fut mis en œuvre pour changer les résolutions du prisonnier; ce fut inutile. Ënûn lassé, désespéré, il le laissa tranquille non sans l'avoir solidement garrotté K