CHAPITRE V Première année d'apostolat
(Prinleiiips 1201) — été 1210.)
Dès le leademaio matÎD» François monta à Assise et commença à prêcher. Ses paroles étaient simples, mais si pleines de cordialité, que tous ceux qui Técoutaient se sentaient touchés.
Autant il est facile de ne pas entendre et de ne pas s^appliquer les exhortations des prédicateurs qui parlent du haut de la chaire et semblent accomplir une formalité, autant il est difficile d*échapper aux appels d'un laïque qui marche à côté de nous. L*étonnant pullulement des sectes protestantes vient ea grande partie de cette supériorité de la prédication laïque sur la prédication cléricale. Les plus brillants orateurs de la chaire chrétienne sont de mauvais convertisseurs; si leurs cris d*éloquence peuvent ravir les imaginations et amener quelques mondains aux pieds des autels, ce sont des résultats aussi brillants qu'éphémères. Mais qu*un paysan ou un ouvrier dise h celui qu'il rencontre quelques simples paroles portant d'aplomb sur la conscience, et voilà un homme toujours atteint, souvent gagné.
Aussi les paroles de François semblaient-^lles à ses
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auditeurs comme une épée euilammée qui péoétrait jusqu'au fond de leur conscienoe. On ne saurait se ûgurer trop simpleioeat ces premières tentatives : elles consistaient d'ordinaire en quelques paroles» adressées h des gens qu il connaissait assez pour en savoir le point faible et y frapper avec la sainte hardiesse de Tamour.
Sa personne, sou exemple étaient déjà une prédication, et il ne parlait que de ce qu'il avait lui-même éprouvé, annonçant la repentance, la brièveté de la vie, la rétribution future, la nécessité d'arriver à la perfection évangélique *. On ne s'imagine pas facilement combien sont nombreuses sur la terre les âmes qui attendent. La plupart des hommes passent leur vie ràme endormie. lis ressemblent à ces vierges du sanctuaire qui sentent parfois un trouble indéfinissable : un tressaillement infiniment doux et subtil fait bondir leur cœur, mais elles baissent les yeux et sentent la froide humidité du cloître les envelopper de nouveau ; le réve délicieux et empoisonné s'évanouit, et c'est tout ce qu'elles connaîtront de lamour qui est plus fort que la mort.
C'est ainsi que sont beaucoup d'hommes pour tout ce qui se rattache à la vie supérieure. Parfois, assis seuls à l'heure du crépuscule au milieu de la campagne, ils ont laissé errer leurs regards sur les lueurs mourantes de l'horizon, et avec la brise du soir est venue à eux une autre brise, plus lointaine et presque divine, qui leur donnait la nostalgie de Tau delà et de la sainteté. Mais la nuit tombe, il faut rentrer ; on secoue sa rêverie, et il arrive souvent qu'à la fin de la vie, c'est tout ce qu'on
1. 1 Gel. 23 i 3 Soc. 25 et 26; Bon. 27. Cf. Auct. Vit. Sec. ap. A, SS., p. 579.
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a entrevu da Divin ; quelques soupirs, quelques frissons, quelques gémissements inarticulés, voilà le résumé de nos efforts pour atteindre le souverain Bien.
Mais rinstinct de lamour et du divin ne fait que sommeiller. Devant la beauté» Ta mour s'éveille toujours; à rappel de la sainteté, le témoin divin qui est en nous répond aussitôt, et alors autour de ceux qui prêchent au nom de la parole intérieure, on voit accourir de tous les points de l'horizon de longues processions d'àmes altérées d*idéal. Le cœur humain aspire si naturelle* ment k se donner que dès que nous trouvons sur notre route un homme qui ne doutant ni de lui ni de nous» nous le demande sans restriction, nous le lui donnons aussitôt. La raison comprend un don partiel» un dévouement momentané ; le cœur ne comprend que les holocaustes, et comme le fiancé à sa fiancée, il dit à son vainqueur : «A toi seul et pour toujours ! »
Ce qui a fait misérablement échouer toutes les tentatives de religion naturelle, c'est que les initiateurs n'ont pas eu le courage de prendre les cœurs et de ne pas leur permettre de partage. Ils ont méconnu Théroïque besoin d'immolation qu'il y a au fond des âmes; lésâmes se sont vengées en n*écoutant pas ces amants trop peu épris.
François s'était trop complètement donné lui-même pour ne pas réclamer des autres un absolu renoncement. Depuis plus de deux ans qu'il avait quitté le moude^ la réalité et la profondeur de sa conversion éclataient à tous les yeux; aux moqueries des premiers jours avait succédé peu à peu chez beaucoup un senti*» ment très voisin de Tadmiration.
Celle-ci provoque fatalement rimitation. Un homme d'Assise, à peine mentionné par les biographes, s'était
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aitaché à François. C'était un de ces simples de cœur qui trouvent la vie assez belle dès qu'ils peuvent voir et contempler celui qui a fait jaillir de leur âme Tétincelle divine ^.
Cette arrivée à la Portioncule dut être un avertissement pour François; il songea dès lors à la possibilité de prendre quelques compagnons avec lesquels il continuerait sa mission apostolique dans les environs.
Il avait souvent reçu Thospitalité à Assise, chez un homme riche et considéré appelé Bernard de Quintavalie^ qui le faisait coucher dans sa propre chambre; on comprend combien uue telle intimité devait être favorable aux ëpanchements. Lorsque dans le silence des pre-
1. i Ce\, 24. Il faat eom'ger le texte dei BoU.: Inter quo$ quidam de Asaiaio puêr ae aimpUeem animum gerenê, par : quidam dê Atiiêio pium ae nmplieem^ ete. La période oû nous sommes est très claire dons son ensemble; le tableau qu'en donnent les Trois Compagnons est mi d'une vérité qui s'impose à première irue ; mais ni eux, ni Gelano ne dressent des procès-verbaux. Plus tard, on a voulu savoir exactement dans quel ordre lee premiers disciples étaient arrivés, et on a torturé lee textes pour trouver la réponse; oa en a fait autant en ce qai concerne les premières courses missionnaires Mais des deux côtés on aboutit à des impossibilités el à des contradictions. Qu'importe qu'il y ait eu deux, trois ou quatre missions avant Tapprobation papale? Qu'iini oi te le nom de ceux des premiers disciples qui sont des personnages tout à lait secondaires dans l'histoire du mouvemeni franciscain? Tout cela a eu lieu avec beaucoup plus de simplicité et de spontani*itc'; qu'on no se Je figure d'ordinaire. 11 y a bien de la différence entre le plan d'une maison dressé par un architecte et la vue de celte maison peinte par un artiste. La seconde, tout en fourmillant d'inexactitudes, donne pourtant une plus juste idée de la réalité que le plan. Il en est de mémo des récits des biographes franciscains.
% 1 Gel. 34. Bernard de Besse est le premier à l'appeler B. de Quintavalle : De laudihuê^ f» 05 h. Cf. sur lui Marc de Lisbonne, 1. 1, seconde partie, p. 68-76; Cenform. 47; Fior, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 28; 3 Soc. 27, 90, 39; 2 Gel. 1, 10; 2, 17; Bon. 28; 1 Gel. 30; Salimbene, ann. 1229, et TribuL Areh., II, p. 278, etc.
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mières heures de la nuit, uoe âme ardente et eothou-
siaste vous racoole ses désillusions, ses blessures, ses rêves, ses espéraoces» sa foi, il est bieo difficile de ne pas se laisser entgmer, surtout quand Tapôtre a de secrètes inteiligences dans votre âiue et répond sans le savoir à vos intimes aspirations.
Un Jour, Bernard alla prier François de venir loger che^ lui la nuit suivante; il lui donnait en même temps à entendre qu'il avait à prendre une grave résolulion dont il désirait s'entretenir avec lui.
La joie de François fut bien grande en devinant ses intentions. Ils passèrent la nuit sans songer au repos ; ce fut une longue communion de leurs âmes : Bernard était décidé à distribuer tous ses biens aux pauvres et à s'unir h François. Celui-ci voulut le faire passer par une sorte d initiation, lui montrer que ce qu'il pratiquait, ce quMI prêchait, il ne Tavait pas inventé, mais que Jésus lui-même l'ordonne expressément dans sa parole.
Dès la pointe du jour ils se dirigèrent avec un autre néopliyle du nom de Pierre vers l'église Saint-Nieolas, et là après qu'ils eurent prié et entendu la messe, François prit sur l'autel le livre des évangiles et lut à ses compagnons le récit qui avait décidé sa propre vocation : les paroles de Jésus envoyant ses disciples en mission.
a Frères, ajouta-t-il, voilà notre vie et notre U^le et celle de tous ceux qui voudront se joindre à nous. Allez donc et faites ce que vous avez entendu^.»
i. 1 Col. 24; 3 Soc. S7, sa et 29; 2 Gel. 1, 10; 8, 52; Bon. 2S; A. SS. p.580. Le travail de la tradition se fait sentir dans ce récit; on voulut bientôt montrer un miracle dans la manière dont François trouva le passage à lire. — L'église Saint-Nicolaa n'eiisle plus; elle se trouvait sur remplacement occupé at^ourd'hui par la caserne de gendarmerie {carahiniiri reali)»
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L'ÎDsistaooe avec laquelle les Trois Compagoons
racoDteal que François consulta trois fois le livre en l*boDoear de la Trioité, et qu*il s'ouvrit de lui-même aux irersets concernant la vie apostolique, porte à croire que ces passages furent, sinon ce jour-là, du moins bientôt
après, la Règle de la nouvelle association.
« Si tu yeux être par&it| va, rends tout ce que tu as
et le donne aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel) puis viens et suis-moi.
«Jésus ayant assemblé les Douce leur donna puissance et autorité pour chasser les démons et pour guérir toutes les maladies, puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. H leur dit : «Ne prenez rien pour la route, ni bâtoui ni saCi ni pain, ni argent, ni deux tuniques. Dans quelque maison que vous entriez Testez-y, et qne ce soit de là que vous partiez. Quant à tous ceux qui ne vous recevront pas, sortez de leur ville, et seconez la poussière de vos pieds en témoignage contre eux.» Les disciples étant partis allèrent de village en TÎllage, annonçant la bonne nouvelle et faisant partout des guérisons.
«Jésus dit à ses disciples : «Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa Tie la perdra^ mais celui qui perdra sa vie à cause de de moi la retrouvera* Que servirait*il à un honune de gagner le monde entier, s'il perdait son âme^>
1. Matth. 49, 21; Luc 9, 4-6; Matth. 46, 24-27. L'accord de la tradition sur ces passages est complet. 3 Soc. 29; 2 Gel. 4, 40; Bon. 28; Spec. 5 b; Conform. 37 b 2, 47 a 2; Fior 2; Glassberger et la Chronique des XXIV généraux intervertissent l'ordre (Analecta fr.y U II, p. 5) aiiui ipie les Conformités à un autre endroit, 87 bS.
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Ces versets ne furent guère d'abord que la Règle officielle de l'Ordre, — la vraie Règle, c'était François lui-même; — mais ils avaient le grand mérite d'être courts, d'être absolus, de promettre la perfection et d*étre tirés de l'Évangile.
Bernard se mit aussitôt en devoir de distribuer sa fortune aux pauvres. Son ami assistait plein de joie à cet acte qui avait atliré la foule, lorsqu'un prêtre du nom de Sylvestre, qui lui avait jadis vendu des pierres pour la réparation de Saint-ûamien, voyant donner tant d'argent à tous ceux qui se présentaient, s'approcha et dit: «Frère, tu ne m'as guère bien payé les pierres que tu m'as achetées. A
François avait trop bien détruit en lui tout gernae d'avarice pour ne pas s'indigner d'entendre un prêtre parler ainsi: a Tiens, dit-il, en lui tendant l'argent qu'il puisait à pleines mains dans le vêtement de Bernard, tiens, es-tu assez payé maintenant ?» — «Tout à fait, repondit Sylvestre, un peu honteux au milieu des murmures de la foule ^* »
Ce tableau où les personnages se détachaient si fortement, devait s'imposer au souvenir des assistants avec une force sans pareille: les Italiens ne comprennent tout à fait que ce qui fait image. On savait désormais mieux que par toutes les prédications de François ce que seraient les nouveaux frères.
Aussitôt la distribution achevée, ils descendirent à la Portioncule où Bernard et Pierre se firent des cabanes de branchages, puis ils s'arrangèrent des tuniques
i. 3 Soc. aO. Cf. Ancn. Pênu. : A. SS., p. 581 a. Cette teèiia n'est rapportée ni par Gelano, ni par saint BonaTentnre.
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PAËMIÈaE ANNÉE D'APOSïOLAX
comme celle de François. Elles oe diiléraieDl guère du véleineiit que portaient les paysans et étaient de ce brun, dont les nuances varient à rinfini, que Ion appelle là-bas couleur de béte. On en retrouve encore de semblables chez les bergers des parages les plus écartés des Apennins.
Huit jours après, le jeudi 23 avril 1209 *, un nouveau disciple du nom d'Égide se présentait à François. Nature douce et soumise, il était de ceux qui ont besoin de s*appuyer» mais qui, une fois Tappui trouvé et éprouvé, s'élèvent parfois aussi haut que lui ; l'àme pure de frère Ëgide, portée par celle de François, devait savourer les délices enivrantes de la contemplation avec une ardeur inouïe ^.
Il faut se garder ici de trop presser les textes et de leur demander plus qu'ils ne peuvent donner. Plus tard, quand l'Ordre fut définitivement constitué et qu*il eut des couvents organisés, on se figura le passé sur le modèle du ppésent, et cette erreur pèse encore sur le tableau des origines du mouvement franciscain.
Les premiers frères vécurent comme les pauvres auxquels ils se mêlaient si volontiers ; la Portioncule était leur église de prédilection, mais on se tromperait en s'imaginant qu'ils y séjournaient longuement. C'était leur lieu de rendez-vous, rien de plus. Lorsqu'ils partaient, ils savaient seulement qu'ils se retrouveraient
1. Celte date est donnée par la vie de fr. Égide: A. SS, Ocl.^ t. U, p. 572; Aprili9, t. III, p. 220. £Ue cadre bien avec lea récits. Cest par eUe qu'on obtient la date approiiuiatif e de la conversion déAoitive de François deux années entières auparavant.
2. 1 GeL 95 ; 3 Soc. 23; Bon. 29. Cf. ^on. Perus.: A. SS. p. 582 et A. SS. Aprilis, t. III, p. 220 ss.
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aux alentours de la pauvre chapelle. Leur vie était oe qu'est encore aujourd'hui celle des meudiaots en Ombrie, allani ^ et là av gré de leur faDtaisie, couchaot dans les greuiers à foin, dans les hospices de lépreux: ou sous le porche des églises.
Ils avaient si peu un domicile Gxe, qu'Egide décidé à se joindre à eux, était très en peine pour savoir où il trouverait François, et que l'ayant rencontré inopinément du côté de Rivo-ïorto il vit dans ce fait uae direction providentielle.
Ils allaient à travers les campagnes, jetant joyeusement leur semence. C'était au commencement de Télé» à ce moment oii loul le monde est dehors en Ombrie pour faner ou faucher. Les mœurs n y ont guàre changé: quand à la fin de mai on se promène dans les campagnes des environs de Florence, de Pérouse ou.de Rieti, on voit souveni, à la nuit tombante, des joueurs de cornemuse entrer dans les champs, au moment où les faucheurs 8*asseyent sur les gerbes pour le repas du soir ; ils jouent quelques morceaux, et lorsque le cortège des travailleurs rentre au village, suivi des charrettes chargées de la récolte, c'est eux qui ouvrent la marche, remplissant Tair de leurs notes les plus aiguës.
1. Spec. 25 a. QuaXiter dixit fratri Egidio priusquam cssct receptus ut daret mantellum cuidam pauperi. In primordio reli^ gionis cum maneret apud Rigum Tortum cum duobus fratribus quoa tunctantum habebat. Si l'on compare ce passag^e avec 3 Soc. 44, on arrivera sans doute à la conclusion que le récit du Spéculum est plus satisfaisant. On comprend en effet fort bien Tillusion d'optique par laquelle on fit plus tard de la Porlioncule le théâtre de la plupart des traits de la vie de saint François, tandis qu*on ne comprend pas pourquoi on aurait cherché à créer une auréole à Rivo- Torto. Les Fioretti disent : Ando inverso îo spedale dei îebbro$if ce qui confirme l'indication de Rivo-Torto. Vita d'Egidio, g i.
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Les joyeux Pénitents qui aimaient à s'intituler Jocalatores Domm^ les jongleurs de Dieu, firent sans doute souvent de même^. Ils Grent même beaucoup mieux, car ne voulant être à charge à personne, ils passaient une partie de leurs journées à aider les paysans aux travaux des champs^. Les habitants de ces contrées sont pour la plupart aimables et sérieux ; les frères gagnaient vite leur confiance en racontant d'abord leur histoire, puis leurs espérances. On travaillait et on mangeait ensemble» souvent même ouvriers et frères couchaient dans la même grange, et quand^ à Taube du lendemain^ ces derniers continuaient leur route, les cœurs étaient touchés. On ne se convertissait pas eDcore, mais on savait que là-bas, du côté d'Assise, vivaient des hommes qui avaient renoncé à leurs biens et qui dévorés de zèle, allaient çà et ià prêcher la pénitence et la paix.
L*accueil dans les villes était bien différent. Autant le paysan du centre de la Péninsule est doux et serviable, autant les citadins se montrent d'abord moqueurs et malins. Nous verrons tout à Theure à quelles persécutions furent en butle les frères qui allèrent à Florence.
Il ne s'était écoulé que quelques semaines depuis que François avait commencé à prêcher, et déjii ses paroles et ses actions retentissaient comme un irrésistible appel au fond de bien des cœurs.
Nous touchons à la période la plus originale et la plus attachante de l'histoire des Franciscains. Ces premiers
i- An. Perus. : A. SS., p. 582. Cf. Fior, Vie d'Égide 1; Spee. lSt4, 136; a GeL 3, 68; A. SS. Aprilis, t. UI, p. 327.
S. Spee. 34 a; Confcrm. S19 b 1 ; Ant. fi\ p. 96.
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mois furent pour leur institution ce que les premières journées de printemps sont pour la nature, lorsque la branched'amandier fleurit ef , témoignant du mystérieux travail qui s'accomplit dans les entrailles de la terre, annonce les fleurs qui presque toutes à la fois yiendroot émaiiler les campagnes.
A la Yue de ces hommes, pieds nus, à peine habillés, sans argent et qui semblaient cependant si heureux, les avis étaient fort partagés. Les uns les traitaieot de fous, d'autres les admiraient et les trouvaient fort diUérents des moines girovagues, celle plaie de la chrétienté.
Quelquefois pourtant les frères trouvaient que le succès ne répondait pas à leurs efforts, que le mouvement de conversion des àuies ne se dessinait pas avec assez de rapidité et de vigueur. François, pour les encourager, leur faisait alors part de ses espérances et de ses visions: cJ'ai vu une multitude d'hommes qui venaient à nous, demandant à recevoir Thabit de notre sainte religion, et voici, le bruit de leurs pas résonne encore à mes oreilles. Je les ai vus venir de partout et remplir les chemins, d
Quoi qu*en disent les biographes^ François ne prévoyait guère de quelles tristesses serait suivi ce prompt accroissement de son Ordre. Pas plus que la vierge s'appuyant tremblante et ravie sur le bras de son Bancé ne songe aux douleurs de la maternité, il ne songeait à la lie qu'il devait boire après s*étre enivré du vin généreux du calice^.
Toute œuvre qui prospke provoque Topposition par