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Vie de Saint François de Sales

Pour bien faire connaître l'origine de cet ordre, une des plus pures gloires du saint dont nous écrivons la vie, il faut reprendre les choses de plus haut.

Depuis longtemps le coeur si compatissant de François de Sales souffrait de la douleur de grand nombre d âmes chrétiennes qui soupiraient après la vie religieuse, la séparation du monde et de ses périls, sans pouvoir réaliser leur pieux désir, parce que dans les unes la faiblesse du tempérament, dans les autres l'âge trop avancé, dans d'autres enfin une II. \

trempe d'âme bomie sans doute, mais peu énergique, ne pouvait s'accommoder du régime austère des communautés alors existantes. Il y avait bien, en effet, à cette époque, des asiles ouverts pour les pécheurs pénitents, pour les cénobites et les solitaires, pour les âmes fortes que l'esprit d'humilité et de mortification attirait à la pratique des austérités corporelles ; mais il n'y en avait point pour les personnes du sexe qui, dans la maturité de l'âge, dans l'état de vidwté ou dans la faiblesse d'une santé débile, eussent voulu se séparer du monde, se vouer à Dieu et vivre sous l'obéissance. Pour combler ce vide, le saint évéque désirait, non un ordre où l'on s'engage par des vœux, car il pensait qu'il y en avait assez dans l'Eghsc sans en créer de nouveaux, mais une congrégation de femmes pieuses, soit filles, soit veuves, où, à la place des sens, l'esprit et le cœur subiraient une mortification accessible à tous, où les défauts se réformeraient et les vertus s'acquerraient plus par l'attrait de l'amour que par la rigueur de la pénitence, où l'on s'adonnerait plus à la simplicité qu'à la contemplation, à l'union à Dieu qu'à beaucoup de prières, à la désapproprialion qu'à la pauvreté, à la charité qu'à la solitude, à l'obéissance qu'aux observances pénibles, où enfin la sainteté , d'autant plus solide qu'elle serait plus intérieure , ne se révélerait guère au dehors que par la douceur, la condescendance, l'affabilité, la simplicité, toutes vertus sans éclat aux yeux des hommes, mais belles aux regards de Dieu et de ses anges. Là pourraient être reçus les infirmes de toute espèce, les aveugles même, les personnes contrefaites ou d'un âge avancé : « Puisque le Sauveur est mort « pour tous, disait ce pasteur charitable, l'âme de celles qui « sont affligées de quelque infirmité ou difformité ne lui est « pas moins chère que celle des personnes robustes ou jeunes « encore : pourquoi donc leur fermer les portes de la religion « et les empêcher de suivre l'attrait de Dieu s'il leur inspire « la perfection religieuse? L'état religieux est le banquet nuptial (' de l'Epoux céleste qui veut qu'on y introduise les infirmes, les « boiteux et le? aveugles. »

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