LIV. VI. — PL\NS DE COMPOSITIONS
per les loisirs de sa retraite. 11 voulait d'abord faire une histoire de Jésus-Christ en quatre livres, dont le premier serait une traduction des quatre évangiles fondus et accordés ensemble selon l'ordre chronologique ; le second serait la démonstration des principaux points de la croyance cathohque, parles paroles mêmes de ?iotre-Seigneur rapportées dans l'Evangile ; le troisième traiterait des vertus chrétiennes et de la perfection évangélique, d'après les enseignements purs de Jésus-Christ; le quatrième, enfin, serait l'histoire de la primitive Eglise, de sa constitution et de sa sainteté, d'après les actes des apôtres ; « et, s'il me restait du temps, ajoutait-il, je ferais un travail « analogue sur les épilres de saint Paul^ Tout ceci terminé, il voulait faire un livre sur l'amour du prochain , cemme il en avait fait un sur l'amour de Dieu, puis un traité des devoirs d'un curé, dans une suite de lettres pastorales. On lui objecta que c était bien de l'ouvrage pour son âge déjà avancé, vu surtout le pressentiment qu'il avait de sa fin prochaine. « C'est vrai , « répondit-il: mais, pour occuper l'activité de son esprit, il faut « se proposer plus de travail qu'on n en saurait faire, comme « si on avait longtemps à vivre, et ne pas tenir à en faire plus « que si on devait mourir le lendemain*. »
Au travail de la composition, le saint évêque se proposait d'ajouter l'éducation d'un de ses neveux, qui se destinait à l'état ecclésiastique ; c'était Charles-Auguste de Sales, fils de son frère bien-aimé Louis de Sales. Il l'avait béni autrefois dès le sein de sa mère . et avait prononcé sur lui des paroles de bon augure, selon le témoignage de Charles-Auguste lui-même. Plus tard, en voyant ses parents affligés de ce que. par l'imprudence de la nourrice, il était devenu boiteux, il leur avait dit. faisant allusion au patriarche Jacob, qui avait aussi celte difformité, que ce serait son bien-aimé Jacob, et que Dieu réservait à cet enfant, comme au saint patriarche, la bénédiction du ciel et de
• Chai4.-Aug., p. 556. Doni Jean de Saint-François, p. 540. - Année de la Visitation, 18 juin.
la terre V L'enfant, après la mort de sa mère, s'était l'ait enseigner l'alphabet par une servante; et, à l'aide de ces notions premières, il s'était formé lui-même à la lecture, en lisant sans relâche V Introduclion ù la vie dévote, qu'il apprit par cœur presque tout entière à force de la relire. A l'âge de huit ans, il vint en larmes trouver le saint prélat et lui dit : « Je suis « tout honteux de n'être pas digne de vous, mon cher oncle : « car je ne sais rien du tout, et si vous ne prenez soin de moi. « je risque de demeurer ignorant toute ma vie, puisque mon « père est si occupé au dehors, qu'il n'a pas le temps de penser « à moi. » Heureux de trouver dans un âge si tendre un si grand désir d'instruction, le digne oncle le fit placer, de concert avec son père, chez d'excellents maîtres, et l'enfant fit de rapides progrès dans la science comme dans la piété. « Cet en- « faut est né pour de grandes choses , disait souvent le saint « évêque, témoin de ces progrès; et c'est le bon plaisir de Dieu « que cette riche plante soit soigneusement cultivée. Souvenez- « vous, mon cher enfant, lui dit-il à lui-même, que Dieu vous « a choisi pour être un vase de grâce, et que si vous êtes fidèle « à suivre son attrait, il vous emploiera beaucoup à son serre vice. »
A l'âge de quatorze ans, le jeune Charles prononça devant une nombreuse assemblée une harangue qui lui valut, de la part de son vénérable oncle, plusieurs beaux présents accompagnés de cet éloge public : «Mon neveu a surpassé mon espérance et devancé son âge.» A quinze ans, il composa un éloge de saint Paul qui engagea François à étudier plus particulièrement la vocation de ce neveu si heureusement né; l'habile maître examina à fond le jeune élève, et en conclut que, s'il répondait aux desseins du ciel sur lui, Dieu le bénirait dans l'état ecclésiastique : il lui conféra même la confirmation et la tonsure, et dit à Louis de Sales : « Si Dieu veut que cet enfant, qui est votre fils par la nature et le « mien par l'amour, vive longtemps, je désire verser dans sa tète
* Gènes., xxvii, 28.