UV. VI. — PRESSE>T1MEMS DE SA MORT
« tout ce que Dieu m'a l'ait la grâce de mettre dans la mienne. » 11 s'affermit encore dans ce dessein, lorsque, voyant, quelque temps après, le jeuneCharlesjouer, au collège, dans une tragédie le rôle d'un courtisan converti qui déplore le temps perdu dans les vanités et les folies du siècle, il reconnut clairement que l'acteur parlait du fond de son âme, et qu'en détestant le monde, il ne faisait qu'exprimer ses propres convictions. Aussi lui dit-il, le soir, en le bénissant : « Vous avez bien parlé, ô « mon fils ! quand une fois on a eu le bonheur de se donner à « Dieu, ce serait une action bien lâche et bien indigne d'un « homme d'honneur de quitter son service pour quoi que ce « fût. »
Tel était le jeune homme que le saint évèque voulait prendre avec lui àl'ermitage de Saint-Germain; et en attendant, il le prit près de sa personne au commencement de 162^. pour le former à la science des saints. Le bonheur de ce disciple bien-aimé dura peu, puisque la mort vint sitôt après lui errtever son maître; mais il en profita néanmoins si bien, que dans la suite il convertit grand nombre d'hérétiques, devint évèque de Genève, et, de concert avec madame de Chantai, écrivit la vie de son saint oncle, la plus parfaite et la plus authentique que nous ayons.
François, après avoir, comme nous l'avons vu. donné des ordres pour sa retraite, prit le chemin du retour, et. traversant le lac d'Annecy, arriva au bourg de Derée, où résidait la baronne de Chevron. Etant allé lui rendre visite, il lui dit tout à coup, après quelques paroles échangées sur la vanité du monde: « Madame, nous nous faisons vieux; il est temps de penser tout « de bon à la vie future. — Il est vrai, monseigneur, répondit « la pieuse dame, que je suis vieille : âgée de soixanle-douze « ans, je ne dois plus penser qu'à mourir ; et ma mort sera « sans inconvénient, car je suis très-inutile en ce monde: mais « vous, monseigneur, vous êtes nécessaire à l'EgUse. et Dieu « vous conservera encore de longues années. — Vous êtes dans « l'erreur, madame, reprit le saint évèque, je partirai le pre-
« mier et vous me suivrez. » Ce qui, en effet, se réalisa comme il l'avait prédit'.
Arrivé à Annecy, il apprit qu'un boulanger delà ville. Bernard Paris, était à l'agonie: il partit aussitôt, alla le bénir en faisant sur lui le signe de la croix; et, le soir même, le malade fut complètement guéri". Pendant qu'il rendait la santé aux autres, il ne pensait pour lui qu'à se préparer à la mort, qu'il sentait proche; et, un jour, l'évêque de Chalcédoine lui ayant demandé, en le voyant tout pensif, s'il était triste : « Non, ré- « pondit-il, je ne suis nullement triste, mais je suis aux écoutes « pour entendre quand l'heure du départ sonnera... Je vais « faire la revue de ma conscience, écrivait-il peu auparavant à « madame de Chantai ^ pour un renouvellement extraordinaire « auquel Notre-Seigneur m'invite, afin qu'à mesure que ces « années périssables passent, je me prépare aux éternelles. Je '< sens mon esprit tendant plus purement que jamais à Dieu et « à l'éternité. 0 Dieu! que je serais heureux, si un jour, sor- « tant de la sainte communion, je trouvais le cœur de mon « Sauveur établi à la place de mon chétif cœur ! »
Les souffrances avant-courrières de la mort l'avertissaient, en effet, tous les jours de son prochain départ de ce monde : ses jambes enflées, entamées même dans plusieurs endroits et couvertes de plaies, ne le soutenaient qu'avec grande peine, et on ne pouvait se défendre d'un sentiment de compassion en le voyant marcher. Il souffrait aussi de la poitrine : « Je sens ici, « disait-il en y mettant la main, quelque chose qui me dit que « je n'ai plus longtemps à vivre\ » Et à ces deux infirmités se joignaient de fréquentes et violentes douleurs de tête, de reins et d'estomac.
Néanmoins il ne changeait rien à ses habitudes et à ses travaux ; il ne retranchait rien des fatigues de son ministère; et
' Charl.-Aug., p. 552.
- De p. de F livre.
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* Charl.-Aug., p. 554.