‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 117 sur 231 · UV. VI. - SES DERNIERS MOMENTS · texte numérisé non relu

UV. VI. - SES DERNIERS MOMENTS

« sublre tormentum '^ . » Quelqu'un, pensant qu'il serait utile de lui faire espérer sa guérison. lui dit que bientôt on espérait le voir encore sur son trùne de Genève : « Le trône de Genève, « reprit-il, je ne 1 ai jamais désiré, mais seulement sa conver- « sion*. » 11 se confessa ensuite, demanda encore une fois rextrème-onction ; et le grand vicaire, étant alors survenu, lui proposa d'exposer le saint Sacrement pour lui dans l'église de la Visitation : « Non, répondit-il. je ne le mérite pas. — Mais « ne désirez-vous pas au moins qu on prie jwur vous? — Ah ! « oui, pour moi pauvre pécheur. — Ne voulez-vous pas invo- « quer la sainte Vierge? — Ah! je l'ai priée tous les jours de « ma vie. » Et, en disant ces mots, il tomba dans un assoupissement profond. Le grand vicaire, pour le tirer de cet assoupissement qui lui était très-contraire, imagina de lui demander: « Monseigneur, que pensez-vous de la religion catholique? ne « seriez-vous point calviniste dans le fond du cœur? — Oh ! « oh! s'écria-t-il avec effort, réveillé par l'horreur de l'hérésie. « Dieu m'en garde ! je ne fus jamais hérétique ; ce serait à moi « une trop grande trahison. » Et, en disant ces mots, il fit un grand signe de croix depuis le front jusqu'à la poitrine. « Mais, « lui dit le grand vicaire quelque temps après, ne craignez- « vous point la mort ? les plus grands saints l'ont appré- « hendée, et ils avaient bien raison : 0 mors, quàm amara est « memoria tua! 0 mort, que ton souvenir est amer ! — Ho- « mini pacem habenti in substantiis suis^,» répondil-il, signifiant par là que, puisque son cœur n'avait aucune attache icibas, la mort n'avait pour lui aucune amertume*.

Cependant, le mal empirant toujours, vers une heure après minuit on lui donna l'e.xtrème-onction, qu'il avait si ardemment désirée, mais sans lui donner le viatique, à cause de ses

* Cest-à-dire qui n'a point balancé à se livrer aux mains de ses bourreaux et à subir pour nous le supplice de la croix. Prière de TËglise dans la semaine saùite.

* Dép. du chanoine Gard. — Charl.-Aug., p. 576.

* Eccli., xLis, 41.

* Esprit de saint François de Sales, p. V«, sect. \. — Larivière, p. 657.

fréquents vomissements; et il répondit à toutes les prières avec les plus grands sentiments de piété, ayant recouvré comme par miracle pour ce moment solennel toute sa liberté desprit : après la cérémonie, il se fit mettre au bras son chapelet, auquel étaient attachées plusieurs médailles bénites qu'il avait apportées de Rome et de Lorette ; et il pria les ecclésiastiques qui veillaient à ses côtés de lui suggérer par intervalles des actes de foi, d'espérance, de charité, de conformité à la volonté de Dieu, de contrition et d'humilité.

Le matin, lorsque parut le jour qui devait cire pour lui le dernier, ayant recula visite de l'évéque de Damas, il le reconnut et étendit la main pour la lui donner en signe de bienveillance. « Je viens, lui dit l'évoque, vous aider dans le dernier « combat, frater qui ailjuvatiir à fratre quasi civitas firma^. « Le i'rèie aidé de son i'rère est comme une ville forte. — Et « dominus salvabit utramque, répondit-il : le Seigneur sauvera « lunet l'autre. » Quelque temps après l'évéque ajouta : liJacta « super Dominum curam tuam^. — Et ipse te enutriet^, » reprit le malade, et il ajouta ensuite : « Ma nourriture est que je « fasse la volonté de mon père*. »

Le duc de Nemours, Henri de Savoie, quoique alité et cruellement tourmenté de la goutte, vint après l'évéque de Damas. Touché de l'état où il voyait le vénérable malade, il se mit à deux genoux devant son lit ; et, les larmes aux yeux , il lui demanda sa bénédiction pour lui et pour son fils, le prince de Genevois, que le saint évoque avait baptisé à Pans. On l'interrogea s'il reconnaissait celui qui lui parlait : « Oui, sans doute, M répondit-il, c'est M. le duc de Nemours, je suis son vassal. » Et étendant sa main, quoique bien alfaiblie, il le bénit, lui et le jeune prince ^.

* Prov. xviii, 19.

- Mettez votre confiance dans le Seigneur, Ps. uv, '25.

^ Et il vous nourrira, ibid.

^ Charl.-Aug., p. 575 et suiv, — Larivière, p. 05t> et suiv.

'•' Charl.-Aug., p. 576.

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