‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 119 sur 231 · LIV. VI. — SES DERNIERS MOMENTS · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SES DERNIERS MOMENTS

couronné d'épines : « Ce que je souffre, répondit-il. ne mérite « pas le nom de douleurs en comparaison de celles-là. »

Enfin les médecins, voyant le malade à l'extrémité, voulurent essayer les remèdes extrêmes. On lui avait mis sur la tête un emplâtre de cantharides ; en le lui ôtant, on lui arracha la première peau. Deux fois on lui appliqua le fer chaud sur la nuque du cou, et une fois le bouton de feu sur le haut de la tète, qui en fut brûlée jusqu'à l'os' ; et pendant ce long martyre, dont la violence fit couler ses larmes, il ne laissa pas échapper une seule plainte. On lui demanda s'il sentait le mal qu'on lui faisait. « Oui, je le sens, répondil-il doucement, mais faites tout « ce que vous voudrez au malade. » Et son visage ne perdit rien de sa sérénité et de sa mansuétude, et ses lèvres n'articulèrent d'autres paroles que les noms bénis de Jésus et de Marie. Comme l'agneau sous la main de celui qui le tond, il souffrait tout ce qu'on voulait; il faisait tout ce qu'on lui prescrivait; et, conformément à sa maxime de ne rien demander, de ne rien refuser, jamais il ne demanda aucun soulagement, jamais il ne refusa aucun remède, quelque violent ou répugnant à la nature qu'il pût être.

Une mort plus prompte parut être le seul résultat de ces cruelles opérations, et depuis ce moment il ne laissa plus échapper que quelques paroles. Le grand vicaire lui demanda où il voulait être enterré; il ne répondit rien. Une sœur, pour lui faire plaisir, lui dit faussement que son frère l'évêque de Chalcédoine était arrivé. « Ma sœur, lui dil-il, il ne faut jamais « mentir. » On lui demanda s'il ne regrettait point de quitter ses chères filles de la Visitation, et s il n'était pas inquiet pour son institut naissant : « Qui cœpit opiis , ipse perficiet, perfi- « ciet, perficiet^, » répéta-t-il jusqu à trois fois, c'est-à-dire : « Celui quia commencé l'œuvre, 1 achèvera. On lui demanda s'il ne craignait pas d'être vaincu dans le dernier combat con-

« Charl.-Aug., p. 577.

* Philip., 1, 0.

tre ledémon : « Oculi mei semperad Dominum, répondit-il, qtw- « niam ipse evellet de laqneo pedes meos^ : Mes yeux sont fixés « sur le Seigneur, c'est lui qui me sauvera du péril. — Mais, « lui dit-on, il s'en trouva un parmi les apôtres qui fut infidèle. « — Expeclans expectavi Dominum, répliqua-t-il, et exaudivit « preces meus, et eduxit me de lacu miseriœ et de luto fœcis-. « J'attends mon secours du Seigneur, il exaucera ma prière, il « me délivrera de l'abîme. » Et après ces mots, il ajouta . « Qui « cœpit, ipse perficiet. »

S'étant ensuite tourné vers un des siens, et lui ayant serré la main : « Advesperascit et inclinata est jam dies^, » lui dit-il, « 11 se fait tard et le jour est déjà bien abaissé. » Puis, ayant prononcé le nom de Jésus, il perdit la parole, et l'on ne s'aperçut plus qu'il vivait encore qu'au mouvement de ses lèvres et à celui de ses yeux, qu'il levait au ciel à chaque aspiration pieuse qu'on lui suggérait. Enfin, voyant qu'il allait expirer, tous les assistants se mirent à genoux, récitèrent les prières de la recommandation de l'âme, et, au moment où l'on disait pour la troisième fois l'invocation Omnes sandi innocentes, orate pro eo, parce que ce jour-là était la fête des saints innocents , il rendit son àme pure et innocente à Dieu, avec le même calme, la même tranquillité qui avait présidé à toute sa vie, à huit heures du soir, dans sa cinquante-sixième année, et la vingtième de son épiscopat *.

La nouvelle de cette mort fut aussitôt transmise, par une intervention surnaturelle, à Louis de Sales, frère du défunt, qui était alors à son château de la Thuile; à Charles-Auguste, son neveu, qui était dangereusement malade, et fut subitement guéri par l'apparition de son saint oncle ; à la vénérable Anne Jacqueline Coste , cette tourière de la Visitation dont il estimait tant

' Ps. XXIV, 15.

- Ps. XXXIX, 3.

"' Luc. XXIV, 29.

* ChaH.-Aug., p. 578.

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