‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 120 sur 231 · LIV. VI. — SA MORT · texte numérisé non relu

LIV. VI. — SA MORT

la vertu ; à M. de Coéx, prieur de Talloires, qui était si fort dans son intimité*. Mais surtout elle fut bientôt répandue dans toute la ville de Lyon , et dès lors un cri unanime et spontané proclama la sainteté du défunt : les fidèles vinrent en foule honorer son corps et lui faire toucher leurs chapelets et autres objets de dévotion. L'intendant de la justice. M. Jacques Olier, ordonna de l'ouvrir et de l'embaumer , et ceux qui firent celte opération constatèrent que son corps était vierge comme celui d'un petit enfant ; ils lui trouvèrent un cœur grand et large, sain et entier, le foie brûlé, un des poumons comme percé d'un coup d'épée, le ventricule droit du cerveau plein de sang caillé, et le gauche rempli d'eau, ce cpii s'accorde avec la paralysie du bras et du cùté gauche ; mais, ce qu'il y eut de plus remarquable, c'est qu'on trouva son fiel durci, desséché , et partagé en trois cents petites pierres attachées les unes aux autres en forme de chapelet, dorées ou émaillées de diverses couleurs, les unes rondes, les autres triangulaires, et d'autres à huit faces, phénomène singulier que les médecins attribuèrent à la violence continuelle qu'il s'était faite pour surmonter la colère à laquelle il était naturellement enclin*.

Tout le sang que fit couler l'opération fut recueilli dans des linges et des mouchoirs par la piété des fidèles comme de précieuses reliques qui opérèrent en effet plusieurs guérisons merveilleuses. On alla même jusqu'à racler la table et le plancher où en étaient tombées quelques gouttes, et ramasser religieusement tout ce qui avait servi au saint malade. Son cœur fut donné au monastère de la Visitation, et renfermé d'abord dans un reliquaire d'argent, puis dans un magnifique reliquaire d'or, présent de Louis XIII, qui témoigna ainsi sa reconnaissance pour la guérison qu'il avait obtenue par l'application de ce saint cœur; une des plus grosses pierres de son fiel fut donnée à

• Vie de François de Sales, par le P. de Larivière, écrite en 1624, liv. IV. — Charl.-Aug., p. 581.

* Charl.-Aug., p. 579. — Larivièi-e, p. 664.

Marie de Médicis, une au Ire à Anne d'Autriche, deux autres aux princes de Savoie Charles-Emmanuel et Victor-Amédée , un de ses anneaux à Madame Royale de Savoie ; et tous ces objets furent reçus avec grand respect et magnifiquement enchâssés^; enfin, tout le reste de ce qui avait appartenu à l'homme de Dieu fut distribué entre les princes, les grands et les religieux , et chacun fut jaloux d'avoir quelques reliques d'un si saint prélat.

Le 30 décembre, on lui rendit les devoirs funèbres dans l'église de la Visitation, et le supérieur des Feuillants prononça son panégyrique, qui fut suivi des acclamations de tout le peuple, proclamant que c'était vraiment un saint, et l'appelant les uns un Ambroise, un Irénée, les autres un Grégoire, un Augustin. Le lendemain, Rolland et les autres membres du cortège épiscopal se préparaient à partir pour Annecy avec le corps de leur saint prélat ; déjà même ils l'avaient placé sur le brancard, que devaient porter deux mulets loués à cet effet, lorsque M. Olier vint faire opposition au départ, désirant conserver à la ville de Lyon un si riche dépôt. Rolland, sans se laisser déconcerter, part aussitôt pour Annecy et va chercher le testament qui lui donnait le droit de l'emporter. Il trouve toute la ville dans les larmes, comme si chacun avait perdu un père; il leur fait connaître l'opposition qu'il éprouve, et leur lit l'article du testament par lequel le saint évêque laissait le choix du lieu de sa sépulture à ceux de sa suite en cas qu'il mourût hors de son diocèse. Forts de cette pièce, les magistrats d'Annecy écrivirent au prince de Piémont, celui-ci au roi de France, alléguant que, puisque la Savoie avait eu l'honneur de donner au monde et à l'Église cet insigne personnage, c'était à elle à être la gardienne et la dépositaire de ses dépouilles mortelles ; que d'ailleurs sa dernière volonté laissait le choix du lieu de sa sépulture aux gens de sa suite, et que ceux-ci avaient fait choix d'Annecy Le roi se rendit à des raisons si puissantes; et, sur son ordre, les

* Dep. de la mère de Chaugy.

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