LIV. VII. — COARMES DE SA CONVERSATION
lion riche et brillante, goût d'ordre qui ne négligeait pas plus les petites choses que les grandes, et ne remettait jamais au lendemain, ni n'anticipait la veille ce qui devait se faire le jour présent; caractère vif, mais bon, aimant, et en même temps si ferme que jamais rien ne pouvait le déconcerter; cœur tendre enfin, sensible et ardent, mais qui, en s'attachant à Dieu, devint le foyer des plus grands, des plus purs et des plus héroïques sentiments; car la grâce ne change pas le fond du cœur et du caractère, elle le sanctifie; elle ne détruit pas la tendresse et la sensibilité, elle l'applique à ce qui est bien.
Doué de la politesse de l'esprit comme de la politesse des manières, habile dans cette science du monde qui rend avec grâce à chacun ce qui lui est dû, et mesure selon les personnes et les circonstances les divers degrés de respect ou d'amitié, il était toujours affable et civil comme il le fallait, officieux par affection, complaisant sans bassesse, poli sans affectation, modeste sans austérité, gai avec bienséance. Il possédait au plus haut degré le génie de la conversation, savait la rendre tout à la fois aimable, amusante et instructive, l'animant sans vouloir y briller, y disant des choses fines et délicates sans les rechercher. Le son de sa voix, la grâce de son langage également simple et noble, la gaieté douce et spirituelle dont il assaisonnait tous ses discours, mettaient dans son entretien un charme qui captivait l'estime, l'amitié, la confiance, et faisait dire de lui que jamais la vertu ne s'était montrée sous des traits plus aimables, plus propres à gagner les cœurs *.
Tant de belles qualités s'alliaient eu lui à une instruction profonde et variée. Versé dans l'antiquité profane et sacrée, il était famiUer avec les écrits des philosophes tels qu'Aristote et Platon, Epictète et Senèque, comme avec les ouvrages des historiens grecs et latins ; et les uns et les autres venaient à propos sous sa plume ou dans sa bouche confirmer par quelque trait instructif ce qu'il avait à établir. Il connaissait la rhétorique et
* De Cainbis, passim.
la littérature; il possédait môme tout ce qu'on savait en son temps de sciences naturelles; et si parfois sa physique est en défaut, c'est à son époque plutôt qu'à lui qu'il faut s'en prendre.
Mais ce qu'il possédait éminemment mieux, c'était l'ensemble des sciences ecclésiastiques, si vastes dans leur étendue, si hautes et si fermes dans leur doctrine, la science de l'Ecriture sainte, qu'il cite presque à chaque page de ses écrits, et qu'il commente avec autant de délicatesse que de piété ; l'histoire de l'Eglise, qu'il emploie si à propos à la défense de nos dogmes et à rédificalion des âmes; les ouvrages des Pères, dont il rapporte tant de beaux passages; enfin, par-dessus tout, parce qu'elle est le résumé de tout, la théologie dogmatique et morale. Fort dans la science du dogme, il résolvait avec une facilité merveilleuse et une clarté étonnante, non-seulement toutes les objections des hérétiques, dont aucun n'osait se mesurer avec lui, mais encore les questions les plus hautes et les plus ardues, telles que les questions de la grâce, qui sous sa plume ou dans sa bouche semblaient perdre toute leur obscurité, au témoignage d'un de ses historiens *. Non moins habile dans la science de la morale, il résolvait aisément tous les cas de conscience, appuyant toutes ses décisions sur la Somme de saint Thomas, dont il s'était rendu la doctrine si familière, qu'il y trouvait à l'instant les principes de solution dont il avait besoin selon les diverses circonstances. Toute la cour romaine l'admira dans l'examen pubUc qui précéda son sacre : Les cardinaux du Pérou et de BéruUe, le docteur Duval et les autres docteurs de Sorbonne l'appelèrent le plus savant théologien de son siècle; et le général des Feuillants, don Jean de Saint-François, homme éminent en savoir comme en piété, après avoir répété le même éloge dans les mêmes termes, ajoute qu'il excellait « dans toutes les parties de la théologie, » qu'il aVait « une « connaissance exacte du droit canonique avec une intelli- « gence si consommée des saintes Écritures , que son esprit
* P. Philibert de Bonnevillc.