‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 129 sur 231 · LIV. VII. - SON ORAISON · texte numérisé non relu

LIV. VII. - SON ORAISON

Pour démontrer, du reste, combien il était avancé dans cet exercice, il suffirait de rappeler la manière si délicate et si parfaite dont il a décrit dans ses ouvrages tous les divers degrés de l'oraison et de la contemplation. On n'est si grand maître en ces choses qu'autant qu'on les a expérimentées. Il suivait dans son oraison la méthode ordinaire, et quoique deux ou trois fois, s'étant mis en la présence de Dieu sans préparation, il se fût trouvé, selon son expression, « extrêmement bien au- « près de sa majesté avec une seule et très-simple affection « d'amour, » il n'osaitenfaire une pratique ordinaire : «J'aime, « dit-il avec son incomparable candeur, le train des saints de- « vanciers et des simples ; je ne pense pas tant savoir que je « ne sois aise, et extrêmement aise, d'être aidé, de me démettre « de mon sentiment et de suivre ceux qui doivent en savoir plus « que moi'. » Quelquefois, vers la fin de sa vie, ses grandes occupations ne lui laissaient pas le loisir de donner une heure entière à l'oraison : alors il y suppléait par un plus grand recueillement pendant tout le jour, et une union continuelle à Dieu, qui lui permit de dire à sainte (Chantai, lorsque celle-ci lui demandait s'il avait pu faire son oraison le matin : « Non, « répondit-il. mais je fais ce qui la vaut. »

En effet, l'exercice de la présence de Dieu était le second moyen qu'il employait pour s'élever à la sainteté , objet de tous ses vœux*. Convaincu que la dissipation, s'il la laissait entrer dans son âme. aurait bientôt dispersé et rendu inutile la bonne semence qu'y auraient déposée les réflexions et les prières de l'oraison du matin, il s'était fait au dedans de lui comme un temple, une solitude intérieure qu'il appelait le sanctuaire de Dieu, où rien n'entrait que l'àme seule avec Dieu. Là les nouvelles qui dissipent et préoccupent avaient si peu d'accès, qu'il disait à un de ses amis : « Je ne m'occupe ni ne

' Lettre cxcvi*.

- Esprit de saint François de Sales, Vll«part., sect. ii. — XIII' part., ect. III. — XI" part., sect. xii.

« parle jamais des affaires du monde que par manière de dis- « traction involontaire*; » là, s'il était seul, il goûtait Dieu tout à son aise: s'il était accablé d'affaires, entouré de personnes qui voulaient lui parler, il se tenait encore uni à Dieu par de fréquentes élévations d'esprit et de cœur. Jamais, dit un historien^, ses occupations extérieures, qui étaient continuelles, ne lui causaient la moindre dissipation. Son maintien seul faisait voir que, pendant qu'il s'entretenait avec les hommes, il conversait avec les anges, qu'il respectait la présence de Dieu, et que la charité qui l'obligeait à se répandre ne lui ôtait rien de l'attention intérieure qu'eût apportée la piété la plus austère, sans toutefois que ce recueillement eût rien de sombre ni de triste : c'était toujours sur son visage une gaieté douce et modérée, qui donnait à ses entretiens un charme infini. « Lorsque « j'avais le bonheur d'entrer dans sa chambre, auprès de son « oratoire, dit un témoin dans le procès de sa canonisation, je « le trouvais toujours tellement attentif à Dieu et aux choses cé- « lestes, qu'il semblait qu'aucune affaire ne pût l'en distraire*. « — J'ai mangé souvent à sa table, dit un autre, j'ai conversé « souvent avec lui, et je proteste n'avoir jamais entendu sortir « de sa bouche aucune parole qui ne fût de Dieu ou qui n'ex- « citât à l'amour avec une suavité nonpareille *. » Sainte Chantai lui demanda un jour s'il était longtemps sans penser à Dieu . « Quelquefois presque un quart d'heure, » répondit-il.

Chaque matin, à l'oraison, il entrait dans ce saint recueillement; et, après cela, son oraison allait se répandant tout le jour sur le cours de ses actions, « de même, disait-il, que l'huile « répandue sur une table va toujours se dilatant. » Rien au monde ne le lirait ensuite de cette douce union avec son Dieu, jusque-là qu'il écrivait un jour : « Ma chambre est remplie de

' Dëp. du marquis de Lullin.

2 iM. deCambis, 1. 1, p. iO\.

^ Dép. de Dumartray.

* Dép.durhan. Gard,de Murrignier et de Datmant.

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