‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 132 sur 231 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'union intime de François de Sales avec Dieu, telle qu'elle nous a apparu au chapitre précédent, peut nous donner la mesure de la vivacité de sa loi. Eclairé de lumières surnaturelles par ce contact habituel avec la Divinité, sije puis ainsi dire, il mettait sa gloire à abaisser son esprit et son cœur devant la véracité de Dieu nous révélant ce que nous devons croire, et devant l'autorité de l'Eglise, interprète de la révélation divine. Loin que cette soumission de sa raison eût pour lui quelque chose de pénible, ce lui était au contraire un bonheur incomparable de n'être point abandonné aux versatilités et aux ténèbres de son propre esprit, et d'être dirigé dans sa croyance par l'autorité infaillible de l'Eghse. « Je sens en moi, disait-il à sainte Chantai', de si « vifs transports d'amour pour la foi, que toute ma vie j'ai dé- « siré de mourir pour elle ; et c'est ce qui m'a conduit diverses « fois dans Genève au milieu des hérétiques qui en voulaient à « ma vie. » Aussi, ni la lecture des livres enfantés par l'hérésie, qu'il étudia pour les réfuter, ni la fréquentation des hérétiques, parmi lesquels il vécut pour les convertir, ne put porter aucune atteinte à sa foi ; et il voyait en cela un bienfait du ciel dont il se plaisait à le remercier avec un cœur tout pénétré de reconnaissance. « Quelles actions de grâce ne dois-je pas à Dieu, « disait-il, de ce que mon faible et jeune esprit a pu parcourir « les livres les plus empestés des hérétiques sans ressentir la

' Dép. de la mère de Chaugy.

UV. Vn. — SA FOI. 507

« moindre impression de leur mal. 0 Dieu! quand je pense à u ce bienfait, je tremble d'horreur de mon ingratitude ^» «Re- « merciez, dit-il ailleurs*, la souveraine clarté de Dieu, qui ré- « pand si miséricordieusement ses rayons dans mon cœur, qu'à « mesure que je vis parmi ceux qui en sont prives, je vois plus « distinctement sa grandeur et sa désirable suavité. » Sa foi, en effet, semblait aller toujours croissant. « Il suffisait de le fré- « quenter. dit sainte Chantai, pour reconnaître que Dieu lui « avait communiqué le don de la foi dans une perfection émi- « nenle, et donné sur nos mystères, sur le sens des Ecritures et « la vraie doctrine de l'Eglise, des connaissances tout à fait ex- « traordinaires: l'Esprit-Saint avait répandu au centre de son « àme une lumière si claire, qu'il voyait les vérités de la foi « d'une simple vue, avec une certitude, un goût et une suavité « incomparables qui lui causaient des ardeurs intérieures, des « extases, des ravissements de volonté, et faisaient acquiescer « délicieusement son esprit et son cœur aux belles vérités qui « lui étaient montrées. » Écoutons-le parler lui-même à ce sujet : « 0 Dieu ! écrivait-il. mon àme ne trouve rien de difficile à « croire parmi les effets du divin amour' : la beauté de notre « sainte foi me paraît si ravissante, que j'en meurs d'amour, et « m'est avis que je dois serrer le don précieux que Dieu m'en

« a fait dans un cœur tout parfumé de dévotion* Lorsque

« notre esprit . élevé au-dessus de la lumière naturelle, com- « mence à voir les vérités sublimes de la foi, ô Seigneur! quelle « allégresse ! L'àme se fond de plaisir en entendant la parole « de son céleste époux, qu'elle trouve plus suave que le miel de « toutes les sciences humaines, ou envoyant sa face, non, il est « vrai, au plein jour delà gloire. mais dans la faible clarté du point « du jour. . . Oh ! quelles délices donne à l'àme la sainte lumière « de la foi, qui montre avec une certitude incomparable, non-

• Lettre (xxxiiv*.

' Lettre ccLxsxvme. — Dép. de sainte Chantai, art. 24. ' Traité de l'amaur de Dieu, lir. VII, c. xii.

* Lettre cclxxxviii*.

« seulement l'origine et la destination des créatures, mais la « naissance du Verbe divin, qui, avec le Père et le Saint-Esprit, « est un seul Dieu très-adorable et béni dans les siècles des siè- « clés! Le docte Platon ne sut jamais ceci, l'éloquent Démos- « thcnes l'a ignoré. Hoc dodus Plato nescivit, hoc Demostlie- « nés eloquens ignoravit\ Ces heureux pèlerins d'Emmaiis di- « saient en entendant les paroles de la foi : Notre cœur n'était- « il pas tout ardent tandis qu'il nous parlait en chemin? Or, si « les vérités divines procurent de si grandes suavités lorsqu'elles « ne sont encore proposées que dans la lumière obscure de la « foi, ô Dieu ! que sera-ce quand nous les contemplerons dans « la clarté du midi de la gloire? La reine de Saba s'écriait, « après avoir entendu les paroles de sagesse qui sortaient de la « bouche de Salomon, que ce qu'on lui avait dit de cette sa- « gesse n'était pas la moitié de ce que l'expérience lui en fai- « sait connaître ; mais quand, arrivés en la céleste Jérusalem, « le roi de gloire nous manifestera avec une clarté incompré- « hensible les merveilles de la souveraine vérité, et que nous « verrons à nu ce que nous avons cru ici-bas, oh ! alors, quels «ravissements, quelles exta=cs, quelle admiration, quel « amour, quelles douceurs ! Non, jamais, dirons-nous dans « l'excès de nos transports, nous n'aurions pensé voir des véri- « tés si délectables^ » A la vue d'une telle foi, on conçoit ce que nous rapportent les témoins qui ont déposé dans le procès de sa canonisation. « 11 avait, disent-ils, une grâce spéciale « pour expliquer et faire entendre les plus hauts mystères; il « les développait avec tant de facdité et de grâce, que les plus « simples comprenaient aisément^ ; il excellait à ramener à la « foi les âmes égarées, à affermir les esprits chancelants, à con- « soler et calmer les personnes tentées sur la profondeur de nos « mvstères*. Où lentendemcnt , leur disait-il, rencontre plus

1 S. Ilieron., II, ad Paulin., eol. 570, ctl. Bcned., t. IV.

^ Traité de Vamoiir de dieu, liv. III, c. ix.

' hép. de Passia.

* Dép. de la mère de CItavgy.

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