‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 135 sur 231 · LIV, VII. — SON ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

LIV, VII. — SON ESPÉRANCE

« monde ne se peuple que pour peupler le ciel, nous ferons a tout ce que nous pourrons pour nous en rendre dignes... « Oui, vraiment, disait-il un autre jour^ les passages de nos « amis à une vie meilleure sont très-aimables , puisqu'ils se « font pour peupler le ciel et agrandir la gloire de notre roi; « un jour nous irons les rejoindre, et, en attendant, apprenons « soigneusement le cantique du saint amour, afin que nous le « chantions plus parfaitement dans l'éternité. Bienheureux « ceux qui ne mettent point leur confiance dans la vie présente « et ne l'estiment que comme une planche pour passer à la vie « céleste, dans laquelle seule il faut placer nos espérances.

« Nous devons, ajoutait-il*, imiter les alcyons, qui, au dire « de quelques-uns, font leur nid au milieu des mers, en agen- « çanl si bien l'équilibre que le mouvement des vagues ne les « peut submerger, en unissant si bien toutes les parties infé- « rieures que l'eau ne les peut pénétrer et qui ne laissent qu'une « ouverture vers le ciel pour aspirer et respirer. Oh ! que je vou- '.'. drais que nos cœurs soient de la sorte bien fermés au monde. « bien calfeutrés de toutes parts, afin que les choses de la terre « ne les puissent submerger ! Que je désire qu'il ne s'y trouve « aucune ouverture que du côté du ciel pour aspirer et respirer « Notre-Seigneur ! Oh! quand nous rendra-t-il tels que, quoique « environnés du monde et de la chair, nous ne vivions pourtant « que de l'esprit; que, quoique entourés des vanités du monde, « nous visions cependant toujours au ciel; que, quoique vivant « parmi les hommes, nous ne cessions de louer Dieu avec les « anges? Quand sera-ce que toutes nos espérances seront uni- « quement pour le paradis ? Quand le divin amour nous con- « sumera-t-il pour nous faire mourir entièrement à nous- « mêmes et vivre entièrement à Dieu ? »

En même temps que le saint évèque aspirait si ardemment à la possession de Dieu dans le ciel, il confessait du fond de

* D&p. de sainte Chimtal, art. 25.

* Lettre clxh'.

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son cœur qu'à ne considérer que sa misère il ne mériterait que l'enfer; mais, plein d'une humble confiance en la miséricorde de Dieu et les mérites de Jésus-Christ, il espérait fermement partager un jour le bonheur des élus ' : « Et que ferait Notre- « Seigneur de sa vie éternelle, disait-il, s'il ne la donnait aux « pauvres, petites et chétives créatures comme nous, qui ne « voulons espérer qu'en sa souveraine bonté? Vive Dieu! j'ai « cette confiance bien ferme au fond du cœur que nous vivrons « éternellement avec Dieu ; nous serons un jour tous ensemble « au ciel ; il faut prendre courage, nous irons bientôt là-haut. . . « 0 mon Dieu! que je trouve de consolation dans l'assurance « que j'ai que mon cœur sera éternellement abîmé dans l'amour « du cœur de Jésus ! Que la Providence nous conduise où il « lui plaira, qu'importe? nous arriverons à ce port^. »

Un gentilhomme que la crainte de la mort et des jugements de Dieu avait jeté dans une profonde tristesse le consultait un jour : « Hélas! lui répondit-il, que c'est un étrange tourment « que celui-là! mon âme, qui l'a enduré six semaines durant, « est bien capable de compatir à ceux qui en sont affligés; mais « il faut que je vous parle cœur à cœur et que je vous disjC que « quiconque a un vrai désir de servir Notre-Seigneur et de fuir « le péché ne doit nullement se tourmenter de la pensée de « la mort et du jugement. S'il faut craindre l'une et l'autre, « ce ne doit pas être de cette crainte qui abat et déprime la vi- « gueur de l'àme, mais d'une crainte mêlée de confiance et par « cela douce. Dieu nous aidera, pourvu que nous l'en priions. « Puisque vous désirez être tout à Dieu, espérez en lui : qui « espère en lui ne sera point confondu. »

Plein de ces sentiments, il disait un jour à M. de Belley, dans son langage simple et naïf, qu'il fallait mourir entre deux oreillers, l'un de l'humble confession que nous ne méritons que l'enfer, l'autre d'une entière confiance que Dieu, dans sa misé-

* Dép. de sainte Chantai, art. '25.

2 Ibid.

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