LIV. VII. — SA CONFIANCE EN DIEU
ricorde, yous donnera son paradis. Et nne antre fois que sainte Chantai était malade à rextrémité, « Mettez votre tète, lui dit- « il, au pied de la croix, et tenez-vous là humblement et pleine « de confiance pour recevoir les mérites du sang qui en dé- « coule. » C'était cette ferme espérance du ciel qui l'encourageait parmi les [leines cuisantes et les travaux immenses de son épiscopat. « La grandeur de nos espérances en la vie éternelle, « disait-il, doit nous rendre presque ineonsidérahles tous les « événements de cette vie temporelle; » et il aimait à redire souvent et à inculquer aux autres ces deux vers, dont le sens vaut mieux que la poésie :
A cause des biens que j'atlenJs, l^cs travaux me sont passe-temps.
Sa contiance en Dieu parmi tous les événements au milieu desquels il se trouva n'était pas moins admirable. Frappé de celte considération que Dieu était pour nous un tendre père qui fait tout concourir au bien de ceux qui l'aiment, que. Notre- Seigneur ayant envoyé les apôtres sans argent et sans provisions, rien cependant ne leur avait manqué, et que tous les événements, grands ou petits, partent de la main paternelle de la Providence, sans laquelle un cheveu ne tombe pas de notre tête, il se reposait en Dieu avec plus de confiance que ne fit jamais enfant dans le sein de sa mère. « Notre-Seigneur, disait" « il, m'a appris cette leçon dès ma jeunesse, et, si j'étais à re- « naître, je voudrais me laisser gouverner jusque dans les a moindres choses par cette divine Providence, avec une sim- « plicilè d'enfant et un profond mépris de toute prudence hu- « niaine... Ce m est une grande jouissance . ajoutait-il, de « marcher les yeux fermés sous la conduite de la Providence. « Ses desseins sont impénétrables, mais toujours doux et suaves « à ceux qui se confient en elle. Laissons-la donc conduire notre ft âme qui est sa barque, elle nous fera surgir à bon port. Heu- « reux ceux qui se confient en Celui qui peut comme Dieu et veut
« comme père nous donner tout ce qui nous est bon : jïialheu- « reux, au contraire, ceux qui mettent leur confiance dans la « créature: celle-ci promet tout, donne peu, et l'ait payer bien « cher le peu qu'elle donne. »
Conformément à ces maximes, il écrivait à une de ses filles de la Visitation * : « Demeurez en paix entre les bras si doux « de la divine Providence. L'enfant ne périra jamais qui se « tient ferme entre les bras d'un père tout-puissant; je ne dis « pas seulement parmi la douceur et la paix des prospérités, ce « que chacun sait l'aire, mais parmi les orages et les tempêtes. « ce qui est le propre des enfants de Dieu. » Un jour qu'il était contrarié dans un projet qui lui tenait fort à cœur, il écrivit à sainte Chantai : « l^a Providence l'a ainsi disposé, et vous savez « quelle fidélité mon cœur lui a vouée : je la laisse régler et gou- « verner toutes choses comme il lui plaît, sans m'embarrasser « de mes affections.» « J'attends une grande tempête,» écrivaitil dans une autre circonstance à la même confidente de ses pensées*, « mais je l'attends joyeusement. Je regarde la provi- « dence de Dieu, j'espère que cet orage sera pour sa plus grande « gloire et pour mon repos, et cette attente me remplit de con- « solation. Que le ciel s'arme contre moi, que la terre et les « éléments se mutinent, que toutes les créatures me déclarent « la guerre, je ne crains rien. Il me suffit de savoir que je suis « avec Dieu et que Dieu est en moi. » Un jour qu'il passait sur le lac de Genève dans une petite embarcation peu solide, il éprouvait une jouissance ineffable à voir sa vie si pleinement entre les mains de la Providence, qu'il n'était séparé de la mort que par une planche de trois doigts^ ; et, quand on lui demandait comment il avait pu s'élever à cette égalité d'âme qui était si admirable en lui, « Lorsqu'on a sa confiance en « Dieu, répondait-il, sans jamais se séparer d'un objet si égal
* Lettre dccvu^,
* Dép. de sainte Chantai, art. 28, p. 70.
' Lettre Lxxvm^. — Esprit de saint François de Sales, p. XV*, sect. xvi.