‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 140 sur 231 · LIV. VII. — S0>' AMOUR POUR DIEU · texte numérisé non relu

LIV. VII. — S0>' AMOUR POUR DIEU

« à la première vue de cette ombre \ » « Ce n'est pas, dit «sainte Chantai, qu'il ne commît quelque imperfection-, « mais quand cela lui arrivait, c était par faiblesse ou pure « surprise : et jamais il n'en eût laissé une seule s'attacher « à son cœur, pour petite qu'elle fût. Tout était si rangé, si « calme, et la lumière de Dieu si claire en cette bienheureuse « âme, plus pure que le soleil, plus blanche que la neige, qu'il « voyait jusqu'aux moindres atomes de ses mouvements; et « jamais il ne souffrait volontairement en lui ce qu'il y. vovuit « de moins parfait ; son amour ne le lui permettait pas : car, « disait-il, il faut lier toutes nos affections et passions, toutes « nos inclinations et aversions avec la chaîne d'or du saint « amour *, et si je connaissais dans mon cœur la moindre fibre « qui ne fût pas toute détrempée de l'amour de mon Dieu, je « l'arracherais à l'instant! Ah! qu'on m'arrache le cœur si je « ne dois pas l'employer tout entier à aimer'. » C'était une de ses maximes que le vrai signe de l'amour divin, c'est d'aimer également Dieu en toutes choses, puisque, ce souverain bien étant toujours égal à lui-même, l'inégalité de notre amour ne peut venir que de la considération de quelque chose qui n'est pas lui*. « Si nous n'aimions que Dieu, disait-il, la pauvreté et les « richesses, la santé et la maladie, la vie et la mort, toutes les « vicissitudes de ce monde nous seraient indifférentes, parce que « nous les verrions toutes en Dieu qui les ordonne ou les permet « avec une infinie sagesse. »

Mais le saint prélat ne se bornait pas à fermer l'entrée de son cœur à tout ce qui n était pas l'amour de Dieu ; il pratiquait encore excellemment ce qu'il a écrit dans son Introduction à la vie dévote'. «Ceux qui aiment Dieu, dit-il. ne peu-

* Dép. du chan. Gard.

* Dép. de Rannaud.

^ Dép. de sainte Chantai, art. 2tj. — Esprit de saint François de S» les, X" p., sect. xvi.

* Esprit de saint François de Sales, lU' part. sert. xsx. — Vil' part., sect. I.

^ II* part., c. xui.

« vent cesser de penser à lui, de respirer pour lui, d'aspirer à « lui, de parler de lui ; et ils voudraient, s'il était possible, « graver sur toutes les poitrines le saint et sacré nom de Jésus. » La nuit, quand il se réveillait, on l'entendait souvent pousser des élans d'amour et s'écrier : « Ah ! mon Dieu, quand serez- « vous connu ? Quand sera-ce qu'on vous aimera comme vous « le méritez ? » Et le matin , à son lever, il protestait à Dieu qu'il ne voulait rien autre chose dans cette journée que l'aimer et faire son bon plaisir. Pendant tout le jour qui suivait, il ne vivait que d'amour. «Certes, disait-il, il faut ou aimer ou « mourir ; ou plutôt mourir pour aimer, c'est-à-dire mourir à ff tout autre amour que celui de Jésus, ne plus vivre que pour « celui qui est mort pour nous faire vivre éternellement entre « les bras de sa bonté \ »

Tout ce qu'il avait à faire, il le faisait non pour éviter l'enfer ou gagner le ciel, mais par pur amour-. Son cœur en était si rempli, que ce sentiment semblait absorber tous les autres. S'il aimait Dieu, la crainte des châtiments réservés à ceux qui n'aiment pas n'y avait aucune part; et s'il le craignait, c'était uniquement par amour, comme l'ami qui craint de déplaire à son ami ; observant en cela sa maxime, qu'aimer par crainte c'est mettre du fiel dans la nourriture , du vinaigre dans le breuvage; mais que craindre par amour, c'est mettre du sucre dans l'absinthe ^. Par là toute sa vie était comme un exercice continuel d'amour, selon cette autre maxime, qu'il avait souvent à la bouche , que tout ce qui se fait par amour est amour ; que le travad, la fatigue et la mort même ne sont qu'amour quand on les subit par amour. Pour peu qu'on l'observât, c'était là un fait facile à reconnaître. Quand il parlait en public, son visage, ses gestes, ses paroles, qui s'enflammaient, révélaient à tous le feu sacré qui bridait dans son cœur ; quand il parlait en parti-

* Esprit de saint François de Sales, X" p., sect. xxxi.

* Ibid., XIV^p., sect. xxxv et vu.

■• Ibid., XV' p., sect. xiii. — Fin du Traité de V amour de Dieu.

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