‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 141 sur 231 · LIV. VII. — SON AMOUB POUR DIEU · texte numérisé non relu

LIV. VII. — SON AMOUB POUR DIEU

culier, ou se sentait comme embaumé de la céleste suavité de l'amour divin, dans lequel il était comme tout transformé, à ce point qu'on ne pouvait ni se défendre d'éprouver quelque chose des flammes qui le consumaient, ni se rassasier de le voir ou de l'entendre : c'était une jouissance toujours nouvelle.

Cet amour dominait si parfaitement en lui toute autre alTection, que rien au monde ne pouvait lui donner de contentement que Dieu seul, auquel il se tenait uni constamment, purement et sans mélange d'aucune autre vue, et que même un jour il eut le courage de dire à une jiersonne qui lui était très-chère : « Voyez-vous, si Dieu me commandait de vous sa- « crifier, connne il connnanda à Abraham de lui sacrifier « Isaac, je le ferais à l'instant*. » Un autre jour, il fit une réponse à peu près semblable à une religieuse qui le priait de lui donner place dans son souvenir et son amitié : « Je vous « aime tendrement, lui dit-il; mais si Dieu m'ordonnait d'aller « vous noyer, je le ferais résolument et promptement *. » Mais voici qui révèle mieux encore la force de son amour : Souvent on l'a entendu exprimer le désir de mourir martyr pour l'amour de Dieu, non pas comme ces martyrs à qui le ciel ùte le sentiment de leurs souffrances, mais en ressentant toutes les douleurs des plus affreux tourments, afin de mieux prouver à Dieu son amour. Il allait plus loin encore : « Ah ! vraiment, « disait-il, m'est avis que le paradis serait parmi toutes les « peines de l'enfer si l'amour de Dieu y pouvait être, et les « tourments des damnés me paraîtraient désirables si les flam- « mes qui les consument étaient un feu d'amour divin ', Tout « me semble |)eu ou rien, hors l'amour de notre grand Dieu « et j'estime même un vrai rien tous les contentements célestes « au prix de l'amour de mon Dieu. »

Cependant il gémissait de ne pas encore l'aimer assez :

• Dép. de sainte Chantai, art. xxvi.

- i)e Cainbis, t. I, p. 422.

■' Esprit de saint François de Sales, Vil* p. , sect. svi. — Lettre dccclxih'. — Dép. de sainte Chantai, art. xxvi.

« Vous ne sauriez imaginer, écrivait-il à une personne, le « sentiment que j'ai du désir d'aimer toujours plus. Et pour- « quoi vivons-nous, si ce n'est pour aimer cette souveraine « bonté? Hélas ! quand sera-ce que le divin amour nous consu- « mera pour nous faire entièrement mourir à nous-mêmes et «entièrement vivre à lui scul*?0 amour éternel! mon âme «vous veut, vous choisit pour son partage... 0 mon Dieu! « s'écrie-t-il ailleurs, quel bonheur et quelle gloire de vous « être uni par les chaînes de l'amour , de brûler d'un même « feu d'amour et dans une inéme fournaise avec vous ! 0 de « quel amour ne devons-nous pas être embrasés à la vue des « flammes qui sont en vous ! Hélas ! quand serons-nous unis à « Dieu de l'union parfaite? Quand aurons-nous des cœurs tout « embrasés de son amoui ? Oh ! que j'ai de désir que nous soyons « bien anéantis en nous -mêmes pour vivre tout à Dieu ! Qu'est- « ce que je demande à Dieu , sinon le pur et saint amour de « mon Sauveur? Oh! qu'il nous faut désirer cet amour et aimer « ce désirai »

Dans l'ardeur de son amour, le saint évêque avait souvent à la bouche celte maxime : « A qui Dieu est tout, le monde n'est « rien, » maxime conforme au mot de saint François d'Assise : Mon Dieu et mon tout, et à celui de sainte Thérèse : Tout ce qui n'est pas Dieu ou pour Dieu ne m'est rien; et, en développant ces paroles, qu'il aimait à commenter, il avait coutume de dire : « Rien ne peut satisfaire en ce monde celui qui ne se « contente pas de Dieu : Ciii quocl satis est satis non est, liuic « nnquam satis nihil est. Qui a l'amour de Dieu n'a plus ni « crainte, ni désir, ni espérance, ni courage, ni joie que pour « Dieu , et tous ses mouvements sont confondus en ce seul « amour céleste^. Pour moi, disait-il, je ne veux plus rien être « à personne, ni que personne me soit rien, sinon en lui et pour

' Lettre lxxxix^.

* Fin du Traité de Vumonr de dieu.

'* Traité de l'amour de Dieii,\\\. XII. c. xx.

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