‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 142 sur 231 · LIV. Vil. — SON AMOUR POUR DIEU · texte numérisé non relu

LIV. Vil. — SON AMOUR POUR DIEU

« lui seul '. Vive Dieu! il me semble que tout ne m'est plus M ricu qu'en Dieu, en lequel et pour lequel j'aime plus tendre- « ment les âmes. » Et véritablement il était insensible à tout ce qui ne regardait que la terre ; rien ne le touchait que Dieu ou ce qui était selon Dieu : « }iotre maître, disaient ses donies- « tiques, ne s'anime que pour Dieu; il ne s'embarrasse pas de « ce qu'on lui sert à table, si les mets sont froids ou chauds. <( insipides ou agréables au goùl ; mais il ne peut souffrir la « moindre offense de Dieu. »

Enfin, dit sainte Chantai, si on veut bien connaître l'amour dont le saint a brûlé pour Dieu , il n'y a qu'à lire les douze livres de son Traité de r amour de Dieu ; il s'y est dépeint naïvement lui-même ; et tout cet admirable ouvrage n'est que l'histoire fidèle de son cœur et de sa vie*. Impossible de lire surtout le chapitre \xii du livre IV. les chapitres m, vi, Vti et i\ du livre X^ le chapitre xiv du livre XF, et le chapitre xin du livre XII*, sans sentir que l'auteur était tout feu et tout amour pour son Dieu. C'est dans ce beau traité que, son cœur se livrant à l'amour que les théologiens appellent l'amour de complaisance, il s'écrie . « Que vous êtes beau, mon bien-aimé! que « béni soit à jamais mon Dieu de ce qu'il est si bon ! que je « meure ou que je vive, je suis trop heureux de savoir que mon « Dieu est riche en tous biens et sa bonté infinie*. » C'est là que, présentant d'autres motifs d'aimer, il raconte l'amour de reconnaissance dont le pénètrent les bienfaits de Dieu, la création, la rédemption, la justification : « Ah! dit-d, comment « peut-on avoir un cœur et ne pas aimer une si infinie bonté?» C'est là enfin qu'il expose l'amour de bienveillance qui est dû à ])ieu *, c'est-à-dire le désir immense que doit ressentir tout cœur chrétien de le voir connu, aimé et servi, et la peine que

• Dép. de Desfayes. — Esprit de saint François de Sales, \^ part., sect. XXXII et xxxiii.

- Dép. de sainte Chantai, art. xxvi.

' Esprit de saint François de Sales, XIV* p., sect i.

* M^m, XIV' p., sect. ii.

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doit nous causer l' offense de ce père infiniment bon; amour de bienveillance, fondé snr ce principe, que l'amour ne peut souffrir de voir offenser celui qu'il aime. Nous ne suivrons pas le saint auteur dans le développement qu'il donne de cet amour ; il nous suffira de dire que sa vie entière en est un développement bien autrement magnifique ; car, s'il s'est livré à tant de prédications et de confessions, s'il a ramené dans la bonne voie tant d'hérétiques et de pécheurs, s'il a réformé tant de monastères, s'il a institué l'ordre delà Visitation, s'il a voué sa vie tout entière à des travaux continuels, ce n'a été que pour détruire le règne du péché et répandre l'amour de Dieu dans les cœurs. S'il a écrit tant de lettres de piété, s'il a composé tant de beaux ouvrages, et en particulier son Traité de l'amour de Dieu, ce n'a été que parce que, ne pouvant pas prêcher l'amour autant qu'il le désirait, il a pensé que ses livres remplaceraient sa voix et iraient dire à tous les pays comme à tous les siècles ce grand commandement de la loi : « Aimez Dieu de tout votre esprit, de tout votre cœur, de toute « votre âme et de toutes vos forces : » tant était gravée dans le cœur du saint prélat la parole que rapporte de lui la mère de Chaugy dans sa déposition, que, « si on aime, il faut travailler « à faire aimer Dieu et à servir le prochain ; que la charité est « la mère du zèle et dit toujours au céleste Epoux comme Ra- « chel à Jacob : Donnez-moi des enfants, ou je mourrai. »

Pour exciter tous les cœurs à aimer, il ne cessait de redire que la perfection chrétienne consiste dans l'amour : « Chacun, disait- « il, se fait une perfection à sa mode : les uns la mettent dans « l'austérité de la vie, d'autres en l'aumône , d'autres en la «fréquentation des sacrements; pour moi, je ne connais « d'autre perfection que d'aimer Dieu de tout son cœur et son « prochain comme soi-même : toutes les autres pratiques ne « sont que des moyens d'arriver à la charité, mais ne sont pas « la charité, qui seule fait la perfection. » Et quand on lui demandait comment faire pour parvenir à aimer Dieu de tout son cœur et son prochain comme soi-même : « 11 faut, répondait-

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