LIV. Vil. — SA CONFORMITE A LA VOLONTE DE DIEU
« de sa providence et disposées par sa sagesse. La pureté de « cœur consiste à estimer toutes choses au poids du sanctuaire, « qui n'est autre que la volonté de Dieu : n'aimez donc rien « trop ardemment, pas même les vertus, que l'on perd quel- « quefois en passant les bornes de la modération \ »
Une année il se proposait de prêcher une station de carême, lorsqu'il fut saisi d'une fièvre continue : ce contre-temps, loin de lui arracher un seul mot de regret ou de plainte, ne put pas même lui faire perdre un instant de sa sérénité : « Si Dieu, « dit-il, ne veut pas que je le serve en prêchant, mais en souf- « frant, que sa volonté soit faite. » On lui parlait un jour du dessein qu'avaient les hérétiques de le chasser de son évèché : « Eh bien, dit-il avec calme, je serai plus libre pour servir Dieu « et les âmes. — Mais, ajouta-t-on, ils vous mettront en pri- « son. — Eh bien, reprit-il, j'aurai plus de loisir pour prier « Dieu et écrire quelque chose à sa gloire. Cela ne me fera au- « cune peine. Que la volonté de Dieu soit faite, n Aussi était-ce sa maxime chérie, qu'il ne faut « rien désirer, rien demander, « rien refuser, » mais être entièrement iudilîérent entre les mains de Dieu pour la santé ou la maladie, la vie ou la mort, la bonjie ou la mauvaise fortune, la variété des positions, des lieux ou des occupations. « Quand on est en conversation, « disait-il", il faut s'y plaire parce que Dieu nous y veut, et « quand on est seul, il faut se plaire dans la solitude par la « même raison. » Il ne voulait pas même qu'on tint à certaines manières de servir Dieu plutôt qu'à d'autres ; il voulait qu'on s'abandonnât en tout et pour tout au bon plaisir divin, pour en dépendre absolument et sans aucune réserve : « Non, d'i- « sait-il, quoiqu'il me puisse arriver, rien ne me fera départir « de la ferme résolution où je suis d acquiescer pleinement à « tout ce que Dieu voudra faire de moi et de tout ce qui m'ap- « parlient. Je veux confondre ma volonté en celle de Dieu, ou
' Lettre Lxxvii'.
- Eaprit de saint François de Sales, II* p., scct xxv.
« plutôt je veux laisser Nofre-Seigiieur vouloir en moi et pour « moi tout son bon plaisir, et je dépose tout soin de moi-même « entre ses mains. »
Quoi de plus charmant que ce qu'il écrit sur ce sujet à sainte Chaulai? « Demeurer simplement, dit-il', là où Dieu « nous met, et comme il nous y met, ainsi qu'une statue dans « sa niche, avec le sentiment que nous sommes à Dieu et qu'il « est notre tout : voilà ce que nous devons aimer. Si une statue, « dans sa niche, pouvait parler et qu'on lui demandât : Pour- « quoi es-tu là? — Parce que, dirait-elle, mon maître m'y a « mise. — Pourquoi ne te remues-tu point? — Parce qu'il veut « que j'y demeure inmiobile. — Que te revient-il d'être ainsi'.' « — Ce n'est pas pour moi que j'y suis, c'est pour obéir à la « volonté de mon maître. — Mais tu ne le vois pas ! — Non, « mais il me voit et prend plaisir à ce que je sois où il m'a « mise. — Mais ne voudrais-tu pas bien te mouvoir pour aller « plus près de lui? — Non, à moins qu'il ne me le commandât. « — Ne désires-tu donc rien? — Non, carie bon plaisir démon « maître est l'unique contentement de mon cœur. » Telle était, en effet, l'àme du saint évèque de (îenève ; plaire à Dieu était toute l'ambition de son cœur, sa seule prétention en ce monde, l'unique but de ses actions, de ses paroles et de ses pensées. « Oh! combien de fois, rapporte sainte Chantai, ne l'ai-je pas entendu dire, avec un sentiment tout extatique, ces mots du Psalmiste : « 0 Seigneur ! qu'y a-t-il pour moi dans le ciel et que « désiré-je sur la terre sinon vous, ma portion et mon héritage « pour l'éternité? » et cet autre mot de l'Apotre : « Seigneur, « que voulez-vous que je fasse?... Notre centre, disait-il en- « core, c'est la volonté de Dieu; Dieu veut que je fasse ceci « maintenant. Dieu veut cela de moi, que me faut-il de plus? « tandis que je fais cette action, je ne suis pas obligé d'en faire « une autre. »
.Aussi n'approuvait-il pas cet empressement de voir exaucer
* Lettre cxc°.