‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 148 sur 231 · LIV. VIL — SA RELIGION · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SA RELIGION

S'il était à l'église ou s'il faisait quelque prière, ses yeux modestement baissés, son maintien profondément religieux et la splendeur de son visage, sur lequel la vivacité de sa foi et de son amour faisait rejaillir comme une lumière divine, révélaient à tous les regards plutôt un ange qu'un homme mortel. A l'oraison, on le voyait humilié et comme anéanti devant la majesté de Dieu. Dans la récitation du bréviaire, il était le plus souvent à genoux, parfois debout, jamais assis, quelque las ou aiïaibli qu'il pût être par les travaux ou les maladies : il allait à l'église, autant qu'il le pouvait, remplir ce grand ministère de la prière publique; mais en quelque endroit qu'il y vaquât, c'était toujours dans une attitude de respect, de dévotion et d'humilité, sans tourner les yeux ou la tète '.

11 n'y avait pas jusqu'à un signe de croix qu'il ne fît avec un profond respect ; et il recommandait à tous d'agir de même, blâmant fort ceux qui le faisaient légèrement et sans attention. 11 avait même imaginé les plus gracieuses comparaisons pour exciter la piété des fidèles dans cet acte religieux : « Regardez « votre cœur, leur disait-il, comme un jardin où vous plantez « l'arbre sacré de la croix; ou, si vous l'aimez mieux, consi- « dérez-le comme une forteresse où vous arborez l'étendard du « grand Roi, et que vous ne devez rendre qu'à celui de qui est « est l'étendard, ou comme un cabinet que vous fermez avec « la clef de la croix, et que vous ne devez ouvrir qu'à celui à « qui la clef appartient '. »

Mais c'était surtout à l'autel et dans les diverses fonctions du service divin que la religion du saint évêque était plus admirable. 11 faisait toutes les cérémonies avec tant de recueillement, de douceur et de sérénité, tant de gravité et de décence, qu'on ne pouvait le regarder sans admirer dans quel respect profondément religieux son âme était abîmée devant Dieu '. Dans les processions où il assistait, sa modestie angélique

' Dép. d'Angélique Pesse, de Marrignier et de Passis. - Dép. de suinte Chantai, art. xxviu.

^ Idem., art. x.\viii.

frappait tous les spectateurs et leur inspirait la piété. Lorsqu'il offrait le saint sacrifice, il était plus remarquable encore : alors telle était son attention, que, selon la confidence qu'il fît à sainte Chantai, il n'y éprouvait aucune distraction : image fidèle de Jésus-Christ, suprême sacrificateur, il avait tant de majesté comme prêtre et tant d'humilité comme victime, que c'était un spectacle ravissant de le voir à 1 autel : il y tenait les yeux modestement baissés; il prononçait toutes les paroles d'une voix médiocre et douce, grave et posée, sans jamais se presser, quelque affaire qu'il eût : il prenait grand soin de ne pas manquer la moindre cérémonie * , et il fit même avertir un illustre prélat qui en omettait une peu considérable : « Car, « dit-il, dans un si haut ministère il faut s'assujettir à tout ce « qui est prescrit. » C'était surtout à la consécration et à la communion que se manifestait davantage la religion qui le pénétrait : alors il paraissait comme tout transformé en Dieu ; l'on voyait sur son visage une candeur si pacifique, qu'il n'était personne qui n'en fût touché; et plusieurs, pour l'avoir vu communier, furent tellement saisis de vénération, que le sentiment leur en demeura vivant au fond de l'àme jusqu'à la mort. « Je « l'ai vu plusieurs fois, dit un témoin du procès de sa canoni- « sation '^, offrir le saint sacrifice avec une telle religion, que « dans mon admiration je ne pouvais m' appliquer à autre chose « qu'à le voir et à l'entendre. Je le contemplais alors, dit un « autre témoin ^, comme un homme tout à fait extraordinaire ; « et sa très-dévote et très-modeste contenance inspirait de la « piété même aux plus indévots. »

Le sentiment de la religion était si vif en lui, qu'il se confessait tous les jours avant de monter à l'autel *; et, non moins zélé pour la décence extérieure que pour la pureté intérieure, il ne pouvait supporter les moindres irrévérences dans le lieu saint ;

* Dep. de sainte Chantai, art. xxxiii, p. 118. - Dép. de Dmnun.

^ Dép. de Moccand.

* Dép. du chan. Gard et de Favre.

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