LIV. VII. — SO?J ZÈLE
« l'action de la grâce et ses ressorts secrets, relevés et admira- « blés, pour le ramener dans la voie du salut ! J'en étais hors « de moi, et que de baisers de paix je lui donnai^ ! »
Aussi toute la vie de cet homme apostolique fut une immolation continuelle de soi au bien des âmes, jusque-là qu'il laissait le service qui regardait immédiatement Dieu, pour se porter là où l'appelait le service du prochain, et qu'il disait souvent que son bonheur serait de mourir pour convertir les âmes, ou d'être envoyé par le Pape aux Indes, au Japon, à Nicopolis, dont il avait porté le litre comme coadjuteur, pour y prêcher la foi au péril de sa vie*. « Ne craignez point de m'importuner, « écrivait-il à un abbé', j'ai sacrifié ma vie et mon âme à Dieu « et à son Eglise : qu'importe que je m'incommode, pourvu que « j'accommode quelque chose au salut des âmes! La charité n*a « point de peine qui ne soit bien-aimée : Ubi amatur, non la- « boratiu., vel si laboratur, labor amatur. »
La joie suprême en ce monde, à son avis, était de gagner une àme à Dieu. « J'aimerais mieux, disait-il, quitter les mitres et « les crosses, quand j'en aurais mille, que le soin des pécheurs.» Quelquefois . dans ses voyages , il descendait de cheval, pour consoler et confesser, au milieu des champs, les pauvres gens qui désiraient lui dire leurs peines * ; et quand ses compagnons de vovage s en plaignaient: « Je suis évêque pour les pécheurs, « leur répondait-il, pasteur pour les brebis malades, médecin « pour les infirmes. » Un jour, ayant rencontré sur sa route un pauvre étendu par terre, il s'approche de lui, reconnaît avec douleur qu'il est blessé à mort, mais que son àme est encore plus malade : car ce malheureux, au lieu de songer à l'éternité, où il était près d'entrer , ne faisait que maudire son ennemi, jurer qu'il se vengerait et dénoncerait l'attentat au juge criminel. « Mon ami. lui dit le saint évêque, vous avez plus besoin
' Lettre en'.
* Dep. de Langin.
' Lettre ccxxi*.
* Dép. de Mocfjuel.
m VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.
« d'un prêtre et d'un médecin que du juge criminel ; je me « charge de faire venir le médecin: mais, en attendant, je vous « en conjure, mettez ordre à votre conscience. » Et aussitôt, se mettant par terre à l'oreille de l'infortuné, il entend sa confession , lui fait déposer toute pensée de vengeance , et ramène dans son àme, avec le bonheur de l'innocence recouvrée , le calme de la résignation.
Par le même principe de zèle, il aimait à assister les criminels condamnés à mort pour les aider à bien mourir : après avoir entendu leur confession, il retournait souvent les voir pour les préparer au dernier passage, et leur suggérait par intervalles des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de résignation à la volonté de Dieu, d'abandon à sa miséricorde : « C'est, leur disait-il, en baisant amoureusement le « pied de la justice de Dieu qu'on arrive sûrement entre les « bras de sa miséricorde ; il est certain que ceux qui espèrent « en sa bonté ne seront point confondus. » Et ces douces paroles remplissaient leur cœur de tant de confiance, qu'on en a vu souvent aller à la mort avec joie et contentement, en disant, comme saint Augustin : « 11 vaut mieux mourir en aimant Dieu « que de vivre en l'offensant. »
C'est à ce grand zèle que l'Église dut le retour de soixantedouze mille hérétiques, vingt-cinq mille dans le Chablais ou les provinces voisines, et les quarante-sept mille autres dans les différents lieux où il porta ses pas ^ . De là cette immense correspondance avec des âmes dispersées en diverses provinces pour les diriger daïis les voies de la perfection ; de là cette ardeur pour la sanctification de ses prêtres, qu'il regardait comme la première condition de la réforme des peuples ; de là tant de synodes et de constitutions, tant d'exhortations pressantes à l'observation exacte des canons, tant de moyens de toute espèce qui firent du clergé de son diocèse le clergé le plus régulier et le plus exemplaire de l'EgUse : de là, pour ce qui le regardait
* Dép. de Langin.