LIV. VIL — S0> ZÈLE
« du tabernacle, il faut que ce soit sobrement. L interpréta- « tien de l'Evangile doit être conforme à sa simplicité, et il faut « bien se garder de farder la parole de Dieu. La marque à la- « quelle on reconnaît un bon prédicateur, ajoutait-il. ce n'est « pas quand on sécrie : Oh ! qu'il a bien parlé ! qu'il a dit de « belles choses ! mais c'est quand on se dit en se frappant la « poitrine : Oh ! que je vivrai mieux désormais ! oh ! que la pénicr tence est nécessaire, que la vertu est belle, le péché hais- « sable, la croix aimable ! Ce sermon nous sera reproché au « jour du jugement si nous n'en faisons pas bon usage : c'est « enfin lorsque, sans tant de discours, l'amendement de la vie « rend témoignage au sermon ^ w
Aussi, quand il entendait parler de quelque prédicateur célèbre : « Combien de ses auditeurs se sont convertis, » demandait-il? et d'après cela il asseyait son jugement. Un jour qu'un prédicateur de grand renom avait prêché en sa présence et que tout le monde criait merveille, il prit à part quelques-uns des admirateurs : « Eh bien, leur dit-il, quel fruit avez-vous retiré « du sermon? » L'un fit des exclamations sur le mérite de l'orateur sans y mêler une réflexion utile; l'autre, plus ingénu, répondit franchement : « Si je l'avais compris, il n'aurait rien » dit que d'ordinaire et de commun ; son mérite, c'est d'avoir « dit des choses si hautes et si sublimes, qu'elles surpassent « notre portée. » Et de là le saint concluait combien les ministres de l'Évangile devaient s'attacher, non à briller, mais à instruire et à édifier.
Pour lui. il ne montait jamais en chaire que sous l'impression de cette pensée; et, dès qu'il y paraissait, le feu vif et pénétrant de ses regards où se lisait le zèle qui le brûlait au dedans, la bonté peinte dans tous ses traits, le son tendre et touchant de sa voix pleine de compassion pour les misères de l'homme, l'onction avec laquelle il racontait les divines misé-
* Esprit de saint François de Sales, p. XV', sect. ix. — P. I[l^ s-jtt. m et IV. — P. X1V% sect. xxii. — P. Xlll% sect. xiii.
ricordes, les espérances de la vie future, les joies de la bonne conscience ; les salutaires terreurs des jugements de Dieu et de la rigueur de ses vengeances, qu'il mêlait à son discours avec un sage tempérament, allaient jusqu'au fond des âmes les plus obstinées remuer la fibre du repentir ou rallumer dans les tièdes le feu sacré. Il semblait en le voyant, dit un témoin^, voir un séraphin embrasé de l'amour de Dieu, et le feu qui accompagnait ses paroles montrait que son cœur était une fournaise d'amour. Lorsqu'd prêchait devant les hérétiques, il ne cherchait point à les confondre, mais à les persuader, et établissait la vraie doctrine sans paraître attaquer de front l'hérésie : « Car, disait-il, quand ils voient qu'on les attaque, ils se tien- « nent en garde; et l'orgueil qui craint d'avoir le dessous s'opi- « niâtre à proportion qu'on lui prouve qu'il a tort. » Pour prévenir cet inconvénient, il ne traitait la controverse qu'en la déguisant, présentait la vérité dans sa simplicité naïve avec ses grâces et ses attraits si propres à lui gagner les cœurs droits ; et, tout en ne paraissant que développer sa thèse, il exposait le principe de solution qui renversait l'objection sans paraître même en parler. De là il passait aux mouvements tendres et pieux qui naissaient du sujet, et c'était en cette partie de son discours qu'il plaçait tout son espoir : « Car, disait-il, depuis « trente-trois ans que je prêche, j'ai remarqué que c'est en « prenant les hommes par le cœur qu'on les convertit, que les « discours moraux traités avec piété et zèle sont autant de « charbons ardents qu'on jette au visage des protestants qui « vous écoutent, qu'ds en demeurent édiliés et deviennent plus « dociles et plus traitables dans l'éclaircissement privé qu'on « leur donne des points sur lesquels ils diffèrent d'avec nous. » Enfin, à toutes ces conditions de la bonne prédication, le saint apôtre en ajoutait une autre qu'il recommandait à tous les prédicateurs, c'était la brièveté. « Croyez-moi, leur disait-il *,
* Dép, de 3 anus.
^ Esprit de saint François de Sales, p. 11% sect. xx.xvii