‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 181 sur 231 · UV. VII. — SON ZÈLE · texte numérisé non relu

UV. VII. — SON ZÈLE

« c'est par expérience et une longue expérience que je vous dis « ceci : Plus vous direz, moins 1 on retiendra. Moins vous direz, « plus on profitera. A l'orce de charger la mémoire des audi- « teurs, on la démolit; on éteint la lampe quand on y met trop « d'huile, et on suffoque les plantes en les arrosant outre me- « sure. Quand un discours est trop long, la fin fait oublier le « milieu, et le milieu le commencement. Les médiocres prédite cateurs sont recevables, pourvu qu'ils soient courts, et les ex- « cellents sont à charge quand ils sont trop longs. » Peu et bon, c'était sa maxime; et il l'appuyait sur l'exemple des Pères, dont les homélies sont courtes, mais pleines de choses et de doctrine. Quand les discours si remarquables dont nous venons de raconter la méthode n'obtenaient pas la conversion, le sain apôtre ordinairement consommait l'œuvre en particulier dans des conférences paisibles et amicales : là il laissait avec beaucoup de patience les hérétiques ou les incrédules dire à leur aise tout ce qu'ils avaient à objecter contre la rehgion ; et, quand son tour de parler était venu, au lieu de perdre le temps à disputer, il leur exposait nettement et simplement la vraie doctrine sur le point en question, sans aucun mot qui sentit la controverse, faisant ressortir d'un côté les beautés de la foi catholique bien entendue, et de l'autre la perfidie des ministres qui l'avaient défigurée; et l'expérience lui avait appris que c'était là le meilleur moyen de convertir les hérétiques. , Autant François avait de zèle pour le ministère de la chaire, autant il en avait pour le tribunal de la pénitence ' : convaincu que de toutes les fonctions du ministère ecclésiastique celle-ci est la plus utile aux âmes, il y donnait tout le temps que ses autres devoirs lui laissaient libre. Tous les dimanches et fêtes où il ne devait pas officier, il célébrait la messe de très-grand matin pour entrer plus tôt au confessionnal, et il y restait tant qu'il se présentait des pénitents à entendre *. Les autres jours,

* Dép. de sainte Chantai, art. xlii, p. 160. - Dép. de Legay.

à toute heure on le trouvait prêt à recevoir quiconque réclamait son ministère. Un jour il était revêtu de ses ornements pour dire la messe, déjà même il se rendait à l'autel, lorsqu'une pauvre femme l'arrête en chemin et lui demande à se confesser; il revient sur ses pas, dépose ses ornements et entend la confession. Mille fois, au moment où il allait se mettre à table, des personnes l'appelaient au tribunal; il laissait là son repas avec tous ses gens, qui se plaignaient, et se rendait au désir des pénitents. D'autres fois, il se trouvait occupé à confesser au moment que sonnait l'heure du dîner, chose qui lui arrivait surtout dans ses visites pastorales, où il recevait la confession de tous ceux qui se présentaient ; on allait l'avertir que l'heure du repas était passée : « J'y vais, » répondait-il avec douceur ; et bientôt, entraîné par son zèle, il oubUait ce qu'on venait de lui dire, confessait jusqu'à ce qu'il n'y eût plus personnel II lui est même arrivé plusieurs fois d'aller jusqu'à des distances de deux ou trois journées de marche entendre des malades qui désiraient se confesser à lui ^.

Il ne savait pas ce que c'était que faire acception de personnes : une multitude de pénitents de toute condition venaient à lui; il les recevait tous avec un égal amour et une même douceur, sauf les plus pauvres et les plus rebutants, qu'il accueillait avec plus de tendresse, « parce que, disait-il, c'était à « leur endroit que la charité était plus pure et plus vraie. » Il n'y avait pas jusqu'aux petits enfants auxquels il ne prodiguât son ministère, et il le faisait d'une manière si bonne et si maternelle, qu'ils prenaient plaisir à y revenir si souvent. Tous ces travaux le faisaient triompher d'aise, « parce que, disait-il, les « confesseurs doivent être comme les vendangeurs et les mois- « sonneurs, qui ne sont jamais plus contents que quand ils ont « plus de travail. Quel bonheur et quel honneur tout à la fois, « ajoutait-il, que Dieu daigne se servir de notre ministère pour

' Dep. de Daunant.

- Dép. du chan. Gard.

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