‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 203 sur 231 · LIV. VII. - SA MORTIFICÂTIOrs · texte numérisé non relu

LIV. VII. - SA MORTIFICÂTIOrs

« mus S je prenais plaisir à le regarder par des trous que j'avais « faits à dessein en certains endroits des portes et du plancher, « pour le considérer seul, retiré dans sa chambre, et voir de « quelle façon il se comportait en l'étude, en la prière, en la « lecture, en la méditation, en s'asseyant, en marchant, en se « couchant, en se levant, en écrivant, bref aux plus menues « contenances dans lesquelles on se licencie souvent quand on « est seul. Néanmoins, je ne l'ai jamais remarqué se dispenser « de la plus exacte loi de la modestie : tel seul qu'en compagnie. « tel en compagnie que seul, il avait une égalité de maintien « corporel semblable à celle de son cœur. Je n'ai jamais aperçu « en lui aucun mouvement extraordinaire des yeux , ni des « mains, ni de la tête ; il était toujours dans son assiette accou- « tumée, par un effet de l'exercice de la présence de Dieu, qii'il « recommandait à toutes les âmes qui étaient sous sa conduite. « Étant seul, il était aussi composé qu'en une grande asseni- « blée. S il faisait quelques prières, vous eussiez dit qu'il était « en la présence des anges et de tous les bienheureux, imrao- « bile comme une colonne et dans une contenance toute res- « pectueuse. J'ai même pris garde, le voyant seul, s'il ne croi- « sait pas les jambes, ou s'il ne mettait pas les genoux l'un « sur l'autre, s'il n'appuierait point sa tête de son coude : « jamais 1 Toujours une gravité accompagnée d'une telle dou- « ceur, qu'il remplissait ceux qui le regardaient d'amour et de « respect. »

Toutefois, quelque importance que François attachât à la mortification qui atteint le corps, il lui préférait incomparablement celle qui atteint l'âme, c'est-à-dire, la mortification de l'esprit et du jugement, de la volonté et de l'amour-propre ; et il avait coutume de dire qu'une once de celle-ci vaut mieux que plusieurs Hvres de celle-là^ Aussi s'y appliquait-il d'une manière toute spéciale.

Esprit de saint François de Sales, IV" p., sect. i.

Idem, XV" part., sect x. — XVir part., sect. xxiv. — X" part , sect. i.

Il mortifiait son esprit en lui interdisant toutes les vaines imaginations, toutes les pensées inutiles ou étrangères qui font perdre le temps, dissipent l'âme, dégoûtent du travail et des choses sérieuses , exposent la vertu et deviennent la source de mille distractions dans la prière , comme de mille tentations dans le service de Dieu ; et ce que nous avons dit de son recueillement habituel en est une preuve frappante.

Il mortifiait son jugement, en évitant l'entêtement dans ses idées, l'opiniâtreté dans ses sentiments. C'était une chose remarquable, que, dans les discussions qui s'élevaient en sa présence, il ne s'empressait jamais de donner son avis; il laissait parler les autres, et, préférant leur jugement au sien, il ne contestait jamais, à moins qu'il ne s'agît de matières où il devait, comme évêque, se prononcer et parler; car alors il prenait le parti qu'il estimait le meilleur; et, ferme ensuite, inébranlable comme une colonnC; il ne savait pas céder.

Il mortifiait sa volonté en se pliant constamment à ce qu'il jugeait être le bon plaisir de Dieu et f ordre de la Providence, sans tenir aucun compte de ses goûts et de ses répugnances, de ses désirs ou de ses aversions.

« Tous les jours, écrivait-il à sainte Chantai, j'apprends à ne « point faire ma volonté et à faire ce que je ne veux pas... Je « désire bien ])eu de chose, et le peu que je désire je le désire « bien peu, et s'il m'était possible, je n'aurais pas un seul dé- « sir. » C'était en cela que le saint évêque plaçait toute la vertu : « Peu importe au démon , écrivait -il à une de ses pénitentes', « que vous déchiriez votre corps, pourvu que vous fassiez votre « propre volonté ; il ne craint pas l'austérité, mais l'obéissance; « aucune austérité ne vaut le sacrifice de votre volonté toujours « soumise et continuellement obéissante. . . Ne désirez donc point « être autre chose que ce que vous êtes : de quoi sert de bâtir « des châteaux en Espagne, puisqu'il vous faut habiter en

* Lettre dccvii".

- Lettre ccccxcviii'.

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