‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 205 sur 231 · SA PATIENCE · texte numérisé non relu

SA PATIENCE

Bien différent des hommes du monde, François de Sales mettait son bonheur dans la souffrance. « Souffrir, disait-il, « est presque le seul bien que nous puissions faire en ce monde ; « car rarement faisons-nous quelque bien que nous n'y mêlions « quelque mal. Et puis Notre-Seigncur n'est jamais si proche « de nous, que lorsque nous soutirons avec patience pour son « amour. Il veille sur nous quand nous nous reposons en paix « sur son sem, et nous fait tirer avantage de nos tribula- « tions... Bienheureux sont les crucitlés*! En ce monde, notre « partage est sur la croix: en l'autre, il sera dans la gloire. »

On lui parlait un jour d'une personne chargée de beaucoup de croix et d'afflictions : « Oh ! que cette chère àme est heureuse. « répondit-il, d'avoir à souffrir quelque chose pour Notre-Sei- « gneur, qui a choisi la croix pour fondement de soo Eglise, et « favorise tous ceux qui la portent! Puisque cette personne n'a « plus que peu de temps à vivre, il est bon que ce peu de temps « soit employé à la souffrance... Aimons nos croix, disait-il « aux âmes affligées ' ; elles sont toutes d'or, vues avec les yeux « de l'amour; et bien que Notre-Seigneur y soit comme mort « entre les clous et les épines, il s"y trouve un assemblage de « pierres précieuses qui nous composeront une couronne de «gloire si nous portons courageusement celle d'épines... Le

^ Dép. de minte Chantai, art, ôl.

* Lettre dccvu'.

* Lettre D^.ccxxv^

« temps des aftliclions et contradictions est le temps de la belle « moisson, où l'àme recueille les plus riches bénédictions du « ciel; un jour de ce temps est plus profitable que six d'un au- « tre temps. Soyons donc à jamais attachés à la croix et que « cent mille coups de flèches transpercent notre chair, pourvu « que le dard enflammé de l'amour de Dieu ait auparavant pé- « nétré notre cœur ! Que cette divine blessure nous fasse mou- « rir de sa sainte mort qui vaut mieux que mille vies^! En «quoi, disait-U encore', témoignerons-nous notre amour à « celui qui a tant souffert pour nous, si ce n'est parmi les « contrariétés, les répugnances et les aversions? Jetons-nous à « travers les épines des difiicultés, laissons transpercer notre « cœur à la lance des contradictions, mangeons l'absinthe, bu- « vons le fiel, avalons le vinaigre des amertumes temporelles, « puisque c'est notre doux Sauveur qui le veut. Comme les « flammes se nourrissent entre les épines, l'amour divin s'ac- « croît parmi les tribulations bien mieux que parmi les conten- « tements*. »

L'habile maître de la vie spirituelle distinguait trois espèces de croix qu'il estimait incomparablement meilleures que toutes les autres : les premières sont celles qui nous importunent et nous déplaisent davantage par leur continuité : « Les croix qu'on ren- « contre dans la rue, disait-il, sont excellentes; mais cefles qu'on « trouve a la maison valent beaucoup mieux, parce qu'elles pèsent « plus: elles valent mieux que les cilices, les disciplines, les jeûnes « et tout ce que l'austérité a inventé. C'est là où paraît la géné- « rosité des enfants de la croix. » Les secondes sont celles qui se présentent d'elles-mêmes. « Voilà, écrivait-il à une personne « chère*, une quantité de croix que vous n'avez point choisies : « Dieu vous les a données de sa main ; recevez-les, baisez-les, « aimez-les, elles sont toutes parfumées de l'excellence du lieu

* Lettre dcxuv%

* Dèp. de Biord.

^ Lettre c,cviii\

* Lettre cLm^ — Dép. de sainte Chantai, art. tJS, p. 79.

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