‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 206 sur 231 · LIV. VIL — SA PATIENCE · texte numérisé non relu

LIV. VIL — SA PATIENCE

« d'où elles viennent. Là où il y a moins de noire choix, disait- « il encore', il y a plus de bon plaisir de Dieu. J'aime infini- « ment mieux le mal qui nous vient de notre Père céleste que « celui qui vient de notre propre volonté. » Le saint évêque explique encore mieux sa pensée dans un de ses sermons où il commente la parole de Notre-Seigneur : Si quelqu'un veut venir après moi, quil prenne sa croix. « Prendre sa croix, dit-iP, « c'est recevoir et souffrir avec une entière soumission toutes « les peines et contradictions, afflictions et mortilications qui « nous arrivent en celle vie, petites ou grandes, conformes ou « contraires à nos goûts sans aucune exception. Nous voudrions « choisir nos croix, en avoir une autre que la nôtre, porter une « croix pesante qui aurait au moins quelque éclat plutôt qu'une « croix légère qui fatigue par sa continuité : illusion. C'est no- « trc croix qu'il faut porter, non pas une autre, et son mérite « n'est pas en sa qualité , mais en la perfection avec laquelle « on la porte. 11 y a souvent plus de vertu à ne pas dire une « parole défendue, à ne pas lever les yeux pour un regard cu- « rieux, qu'à porter la liaire. La condescendance aux humeurs « d'autrui et le doux mais juste support du prochain, voilà, <( disait-il, mes vertus chéries : Oh! que c'est bien plutôt fait de « s'accommoder à autrui que de vouloir plier les autres à nos « humeurs et à nos opinions 1 »

La troisième sorte de croix plus spécialement chère au cœur de François de Sales, c'était l'injuste persécution. On lui demandait un jour' quelle était, entre les huit béatitudes, celle qui lui semblait la plus excellente ; on s'attendait qu'il allait répondre que c'était la seconde : Heureux les hommes doux ; mais, contrairement à cette attente, il répondit : «Heureux ceux « qui souffrent persécution pour la justice; cette béatitude, la « dernière dans son rang, est la première dans mon estime, et

* Esprit de saint François de Sales, XYII" p., sect. xsiv. — XVIII" p., sect. VII.

* Sermon pour le jour de saint Biaise.

' Esprit de saint François de Sales, XVIirp., sect. xxxix.

« je la regarde comme le souverain bonheur de la vie présente. « Ceux qui sont injustement persécutés, ajouta-t-il, portent « mieux la ressemblance du Sauveur et mènent une vie cachée « avec Jésus-Christ en Dieu : ils paraissent méchants et ils sont « bons, morts et ils sont vivants, pauvres et ils sont riches, « fous et ils sont sairos, détestés devant les hommes, mais en « bénédiction devant Dieu. »

La vie du saint évêque était de tout point conforme à ces belles doctrines. Toujours on le voyait se prêter de bonne grâce aux importunités de ceux qui voulaient lui parler, sans jamais manifester aucune peine d'être continuellement dérangé au milieu de ses plus graves occupations. 11 voyait tous ces contretemps dans la Providence qui les permettait ou les ordonnait, et il les acceptait avec amour sans rien perdre de la sérénité de son âme ni de son visage.

Cet homme si bon eut des ennemis et des persécuteurs qui le contrarièrent, qui censurèrent ses actions les plus saintes, lui adressèrent des reproches acerbes ou des paroles désobligeantes, Dieu, sans doute, le permettant ainsi pour faire éclater la vertu de son serviteur ; et à tous ces assauts il n'opposa que des reparties aussi pleines de foi que d'aménité, qui révélaient en lui une âme vide de tout fiel et de toute aigreur : « Il faut, « disait-il, avoir pitié de la faiblesse humaine. Que deviendrions- (( nous si Dieu nous traitait sans pitié ? Les persécutions sont « des parcelles de la croix de Jésus-Christ ; il n'en faut pas « laisser perdre la moindre partie. »

Un jour, un créancier vint lui demander le payement d'une somme considérable dont il s'était fait caution pour un gentilhomme de ses amis qui, étant à l'armée, ne pouvait pas venir payer sa créance : le saint évoque lui remontra avec toute la douceur possible que, la fortune du gentilhomme étant bien supérieure à la créance, il n'y avait aucun péril de perdre ni le capital, ni l'intérêt, et le conjura d'avoir patience jusqu'à son retour. Le créancier ne veut point entendre raison; il crie, il tempête, il veut être payé à l'instant : « Eh bien, dit François,

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