‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 210 sur 231 · LIV. VII. - SOi\ ÉGALITÉ D'AME. 46S · texte numérisé non relu

LIV. VII. - SOi\ ÉGALITÉ D'AME. 46S

tradictions avec une suavité incomparable. « Depuis quelque « temps, écrivait-il un jour, je suis tout plein de traverses et de « secrètes contradictions, qui sont survenues à ma tranquillité ; « mais elles me donnent une si douce et si suave paix que rien « plus, et me présagent le prochain établissement de mon âme « en Dieu; ce qui est l'unique passion de mon cœur'. »

Cette égalité d'àmc si merveilleuse prenait sa source dans son humilité et sa mortification : son humilité, qui, plaçant sa confiance en Dieu, non point en lui-même, et l'élevant au-dessus de tous les jugements des hommes, de leurs critiques comme de leurs louanges, lui donnait l'âme la plus hardie, la plus généreuse, la plus capable de grands et nobles desseins; sa mortification, qui, lui apprenant à compter pour rien toutes les considérations de fortune et de bien-être, de parents ou d'amis, de grands ou de puissants, lui faisait embrasser tous les travaux, poursuivre toutes les œuvres utiles avec une assurance et un calme imperturbables, à travers toutes les contradictions et toutes les peines qui se rencontraient, sans que jamais rien pût le faire dévier, dès qu'il s'agissait de remplir un devoir. Aussi, disait-il en parlant de l'égalité d'âme : « Notre premier « mal, c'est que nous nous estimons nous-mêmes : s'il nous « arrive quelque péché ou imperfection, nous voilà étonnés, « troublés, impatients, parce que nous pensions être quelque « chose de bon, de résolu, de solide; et partant, quand nous « voyons qu'il n'en est rien, que nous avons donné du nez en « terre, nous voilà troublés, offensés de nous être trompés sur « notre compte. Si nous savions qui nous sommes, au lieu de « nous ébahir de nous voir à terre, nous nous étonnerions de « pouvoir demeurer debout un seul jour, une seule heure. Ef- « forcez-vous, disait-il à ce sujet, de faire parfaitement ce que « vous ferez, et, quand ce sera fait, n'y pensez plus; mais pen- « sez à ce que vous avez à faire, allant simplement dans la voie « de Dieu sans tourmenter votre esprit. 11 faut haïr vos défi^u.ks,

• Esprit de François de Sales, X' p., sect. xxxiv.

m VIE DE SAINT FRANÇOIS DE SALES.

« non d'une haine de dépit et de trouble, mais d'une haine « tranquille, les voir avee patience, et les faire servir à vous « abaisser vous-même dans votre propre estime'. Regardez vos « fautes, continue-t-il, avec plus de compassion que d'indigna- « tien, plus d'humihté que de sévérité, et tenez votre cœur « plein d'un amour doux, paisible et rassis ^ »

« Notre second mal, c'est que nous nous aimons nous- « mêmes : si nous n'avons pas des consolations et des goûts « sensibles, nous voilà en tristesse ; si nous rencontrons qucl- « ques difficultés dans nos justes desseins, nous voilà em- « pressés à les combattre avec inquiétude, parce que nous « aimons nos consolations, nos aises et nos commodités. Nous « ne voudrions que du sucre au service de Dieu, et nous ne « regardons point Jésus prosterné en terre, suant sang et eau « par l'effet de sa désolation intérieure... Nous refusons de « comprendre que, comme les confitures sèches sont les « meilleures, ce qu'on fait dans la sécheresse est plus méri- « toirc devant Dieu que ce qu'on fait dans la consolation... « Ma chère fdle, écrivait-il à sainte ChantaP, Dieu ne veut « pas que vous ayez la jouissance de votre foi, de votre espé- « rance et de votre charité, sinon pour vous en servir dans la « pure nécessité : vous les avez pourtant et en fort bon état ; « mais vous êtes comme un enfant privé par son tuteur du « maniement de tous ses biens. Que nous sommes heureux « d'être ainsi sevrés et tenus de court par ce céleste tuteur ! « C'est à nous à adorer l'aimable Providence en nous jetant « entre ses bras. Non, Seigneur, je ne veux point de la jouis- « sance de ma foi, de mon espérance et de ma charité, sinon « pour vous dire en vérité, quoique sans goût et sans senti- « ment, que je mourrais plutôt que de quitter ma foi, mon « espérance et ma charité. Seigneur, si tel est votre bon plaisir

* Lettre clxvu'.

* Lettre clvii\ ^ Lettre cclv«.

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