LIV. VII. — MIRACLES QU'IL OPÈRE. M
deux petites pellicules, blanches comme la neige, sans aucune apparence de prunelle. On l'apporta au tombeau du serviteur de Dieu, et on y lit, pour sa guérison, une neuvaine de prières. Le neuvième jour, au moment où l'on faisait toucher l'endroit de ses yeux au mausolée, il s'écria tout transporté de joie: Mon Dieu! je vois , il me semble (pie je suis en paradis. Et depuis ce moment, en effet, il fut complètement guéri.
La guérison de Péronne Evraz, de la paroisse de Sallanches, ne fut guère moins remarquable. Paralytique de naissance, elle avait les jambes tellement desséchées, qu'on n'y voyait que les os et la peau, et en même temps si faibles, si flexibles, qu'elles se repliaient à volonté jusque par-dessus les épaules, sans pouvoir, en aucune manière, la soutenir debout. Le père, désolé d'une infirmité que les médecins déclaraient incurable, fit vœu de visiter le tombeau du saint évêque, d'y faire dire une messe et d'y faire brider un cierge. Il vint donc à Annecy, et au même instant où il accomplissait son vœu, la paralytique, à Sallanches, se levait de son lit en s'écriant qu'elle était entièrement guérie ; et depuis ce temps-là. en effet, elle ne ressentit plus aucune faiblesse dans les jambes.
Comme la précédente, Claude JuUiard, de la paroisse de Mieussy, paralytique de naissance', n'avait pu, jusqu'à l'âge de dix ans, se soutenir un seul moment sur ses pieds. Sa mère, sur le conseil d'une de ses parentes, l'apporta au tombeau du serviteur de Dieu, pour y demander sa guérison. Dès le second jour de sa visite à ce tombeau vénéré, l'enfant se leva tout d'un coup sur ses jambes, devenues fermes et solides; et la guérison fut si complète, qu'il put faire à pied une grande partie du chemin d'Annecy à Mieussy.
Plus célèbre encore que tout ce que nous avons dit, fut la résurrection de Françoise de la Pesse, fille de François de la Pesse, seigneur de Viallon. conseiller du duc de Savoie. Cette
» Procès de cmwnimtion, IV' voL, p. 15 et suiv.
«nfant, âgée de neuf ans, emportée par le désir d'aller cueillir des fleurs sur l'autre bord de la rivière de Thioux, qui baignait le jardin où elle s'amusait seule, s'était avancée imprudemment sur la planche mal assurée, destinée à servir de moyen de passage. Au milieu de la rivière, grossie par la fonte des neiges, s'étant baissée pour relever son gant tombé à ses pieds, elle avait perdu l'équilibre, et s'était noyée. Sa mère, à cette nouvelle, avait recommandé sa fdle au saint évoque de Genève, et lui avait voué un cœur d'or s'il la lui faisait recouvrer. Après des recherches empressées le long de la rivière, on avait reconnu au fond de l'eau son cadavre couché à la renverse, le visage découvert et les jambes enlacées dans les herbes du lit de la rivière. Retirée par un habile nageur à la suite de plusieurs tentatives sans succès, après être demeurée plus de deux heures dans une eau glaciale, les médecins constatèrent, par plusieurs expériences, qu'il n'y avait plus en elle aucun reste de vie, et qu'elle était bien vraiment morte. Malgré cette décision, la pieuse mère ne perdit pas confiance, et, prosternée à deux genoux, elle pria de toute son âme, répétant ce cri de foi : Bienheureux François de Sales, rendez-moi ma fille!
Pendant qu'elle priait ainsi, trois dames de ses amis entrèrent dans la chambre où était le corps de la défunte pour le voir encore une fois avant de l'ensevelir; et, à leur grande surprise, voilà que tout à coup l'enfant ouvre les yeux, joint les mains, s'assied sui" son lit, et, fort étonnée d'entendre tout le monde crier au miracle, demande ses habits pour se lever, disant qu'elle avait très- bien dormi. La mère, informée du prodige, accourt, tombe à genoux, renouvelle son vœu d'offrir un cœur d'or au tombeau du saint évêque ; aussitôt les meurtrissures du visage jusqu'alors encore tout enflé et tout livide disparaissent ; l'enfant recouvre sa première beauté avec une fraîcheur de vie et de santé parfaite, qui se conserva si bien qu'elle vécut de longues années, et entra dans l'ordre de la Visitation où elle fut un modèle de piété.
Outre les cinq miracles que nous venons de rapporter, la