LIV. Vir. — PROCES DE BEATIFICATION
tendirent plus de cinq mille témoins, tant sur les vertus que sur les innombrables miracles de l'homme de Dieu. Le 4 août 1632. après avoir recueilli toutes ces dépositions, ils procédèrent à l'ouverture du tombeau, et trouvèrent le corps sans lésion ni altération, les vêlements mtacts et seulement entachés d'une couleur jaunâtre procédant de l'humidité du lieu.
En 1634. dom Guérin retourna à Rome en compagnie de dom Maurice, pour y porter toutes les pièces du procès et en hâter l'examen. Les jansénistes ayant ourdi plusieurs intrigues pour mettre obstacle à la béatification, il crut tous ses efforts inutiles pour le moment, et en repartit le 17 mai 1636. après avoir consigné les pièces du procès dans les archives du Vatican.
En 1644, l'avènement d'innocent X à la papauté ayant fait concevoir l'espérance de la reprise de la cause, on envoya en 1647 un nouveau procureur qui obtint la tenue de deux congrégations, la préparatoire et la générale: et tout s'arrêta là jusqu à la mort de ce Pape en 1655 : alors monta sur le trône pontifical, sous le nom d'Alexandre VII, le cardinal Chigy. Ce cardinal, lorsqu'il était encore jeune, avait consulté François de Sales sur son entrée dans l'état ecclésiastique : ce pieux évêque, après avoir dit la messe pour obtenir les lumières du ciel, l'avait assuré que Dieu l'appelait à cet état, et que s'il était fidèle à ne point rechercher les dignités, il posséderait les plus considérables de l'Eglise. « Et moi, monsieur de Sales, dit le jeune « Chigy, je vous assure que. si je suis pape, je vous canoniserai.» En effet, Alexandre VII donna ordrequ'on Iravaillàl à la cause du saint évoque et qu'on y procédât avec la dernière rigueur, afin que tout l'univers sût bien que celte canonisation était une œuvre non de fiiveur. mais de justice sévère. L< 26 avril 1655, trois décrets furent rendus, et on espérait toucher prochainement au terme, lorsqu'on reconnut un vice essentiel de formes, qui obligea à recommencer tout le procès à nouveaux frais. Et telle fut la fin de la seconde poursuite du procès.
La troisième poursuite, qui aboutit à la béalificatioji du serviteur de Dieu, commença au mois de janvier 1656. Les évé- II. 3t
ques du Puy, de Bellcy cl do Mauricuue, désignés comme commissaires apostoliques, vinrent à Annecy reprendre les informations sur les vertus et les miracles du saint prélat, ouvrirent de nouveau son sépulcre et n'y trouvèrent plus les chairs intactes ; mais en compensation, il s'en exhala de suaves odeurs que les médecins déclarèrent ne pouvoir être que surnaturelles, et qui, se répandant de toutes parts, pénétrèrent tous les assistants d'un saint respect et de la plus tendre dévotion. Pendant qu'à Rome, comme à Annecy, on travaillait avec ardeur à la poursuite de ce procès, qui intéressait si vivement tous les cœurs, un malheureux, pour entraver l'affaire, jeta dans le consistoire un billet difl'amatoire portant que le saint évêque n'était pas baptisé. L'imputation était fausse, on le savait ; mais on ne pouvait le prouver, parce que les registres de la paroisse de Thorens avaient été brûlés avec l'église. Heureusement Dieu fit qu'on en trouva deux preuves : la première dans un papier découvert aux archives du château de Sales ; la seconde dans le témoignage d'un paysan de Thorens, attestant avec serment avoir souvent oui dire à son père qu'il avait eu l'honneur de sonner les cloches au baptême de M. de Sales.
La peste qui survint ralentit la marche du procès. Enfin, en 1658, toutes les informations et pièces de procédure, faites à Annecy, furent envoyées à Rome; en 1659 le procès fut déclaré valide et en bonnes formes ; dispense fut accordée par le Pape des treize années qui restaient à s'écouler pour compléter les cinquante ans d'usage entre la mort et le décret de béatification. Le 28 décembre 1661, la béatification fut annoncée par un bref pontifical, et célébrée avec pompe onze jours plus tard. Le 2 octobre 1662, Alexandre VII recueillit en consistoire les suffrages des cardinaux, patriarches, archevêques et évoques pour la canonisation ; et enfin le 19 avril 1665, après de nouvelles enquêtes et de nouvelles discussions, le bienheureux François de Sales fut solennellement canonisé par le bref d'Alexandre Vil, dont nous donnons ici la traduction.