‹ Vie de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 27 sur 231 · LIV. V. — CONSTITUTIONS DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

LIV. V. — CONSTITUTIONS DE LA VISITATION

saintes filles ne trouvèrent presque rien de ce qu'on leur avait promis, et les choses les plus nécessaires manquaient dans la maison : mais, loin de se décourager, elles mirent leur confiance en Dieu et édifièrent tellement la ville et la province par leur désintéressement et leur esprit de pauvreté, leur patience, leur douceur et leur modestie, que bientôt vingt novices leur arrivèrent ; ce qui manquait fut donné, et en peu de temps ce monastère devint un des plus beaux et des mieux établis de l'ordre.

François, voyant son ordre s'accroître ainsi et commencer à se répandre, crut que le moment était venu de lui donner des constitutions définitives. Pour bien réussir dans cette œuvre délicate, il sollicita longtemps les lumières du ciel par des prières ferventes ; il étudia les règles et les constitutions de divers ordres, en extrayant de chacune ce qui pouvait convenir à son but, consulta les hommes les plus éminents dans cette partie ; et, après tous ces préparatifs, il se mit à l'œuvre, se proposant de tellement tempérer ces règles, que les plus faibles ne pussent les trouver trop sévères, ni les plus fortes trop douces, et que toutes pussent s'en accommoder, pourvu qu'elles sussent aimer Dieu et le prochain.

Le pieux fondateur établit d'abord les évêques supérieurs immédiats de toutes les maisons de son ordre , « Parce que, « dit-il, si un évêque laisse déchoir la régularité, son succes- « seur relèvera ce qui sera tombé; Dieu, qui n'abandonnera « jamais son Eglise, ne pouvant pas permettre qu'une longue « suite de prélats oublie leur devoir en ce point. » Ceci posé, il règle qu'on ne recevra personne dans la congrégation qu'après qu'il aura été constaté que l'aspirante a au moins seize ans ; qu'elle sait bien lire si elle veut être sœur de chœur ; qu'elle a mis en bon ordre ses affaires temporelles, et établi ses enfants, si elle en a, de manière que sa présence ne soit plus nécessaire dans le monde ; qu'elle n'a ni maladie contagieuse ni infirmité qui la rende incapable d'observer la règle et de suivre les exercices de la communauté ; qu'elle a un bon esprit et est

disposée à vivre sous l'obéissance, dans la pratique de la douceur, de l'humilité et de la simplicité. A ces conditions, l'aspirante pourra être reçue, fût-elle veuve, difforme, infirme ou très-avancée en âge : et pour que la maison puisse convenir à toutes, on ne laissera introduire aucune autre austérité corporelle que celles qui sont énoncées dans la règle ^

Il y aura trois espèces de sœurs : les sœurs de chœur, destinées à chanter ou à réciter l'office; les associées, qui seront exemptes de l'office, mais prendront à tout le reste la même part que les sœurs de chœur; et enfin les sœurs domestiques, qui n'auront pas voix au chapitre. Aucune maison de l'ordre, sauf dispense , ne pourra avoir plus de trente-trois membres. La clôture y sera exactement gardée ; et s'il y a lieu d'y introduire quelques étrangers, comme le médecin ou le confesseur pour les malades, le maçon ou le charpentier pour les travaux de leur état, ils seront accompagnés de deux sœurs pendant le jour et de quatre pendant la nuit.

Toutes les sœurs obéiront à la supérieure : elles ne jeûneront ni ne feront aucune austérité sans sa permission, elles lui ouvriront leur cœur avec confiance et se dirigeront par ses avis. Elle les dispensera dans les petites choses, mais réservera les grandes au jugement du supérieur ou de l'évêque. Elle les gouvernera avec douceur, plutôt en priant qu'en commandant ; lira toutes les lettres qu'on écrira ou qu'on recevra, sauf les lettres d(! direction entre le confesseur et la pénitente ; et le temps de sa charge expiré, elle ira reprendre, dans le dernier rang, la pratique de l'humilité et de l'obéissance.

Les sœurs ne posséderont rien en propre, et changeront chaque année de chambre, de lit, d'habits, de linge, de livres, de chapelets, croix, médailles et autres objets semblables, afin de prévenir ou de corriger toute attache à quoi que ce soit. Tout ce qui est à l'usage des sœurs sera simple ; et il n'y aura de richesses ou de choses précieuses qu'au service de l'autel.

' Cl.arl.-Aug., p. 476.

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Depuis Pâques jusquà la Saint-Michel, le lever sera à cinq heures ; la prière et la méditation se feront de cinq heures et demie à six heures et demie, et seront suivies du chant de prime du petit office de la sainte Vierge, qui sera seul en usage dans la congrégation. A huit heures, tierce et sexte suivies de la messe, puis none suivie de l'examen de conscience. A dix heures le dîner, suivi de la récréation, qui durera jusqu'à midi, moment où toutes les sœurs se présenteront à la s-upérieure pour savoir d'elle ce qu'elles devront faire jusqu'au soir. A trois heures, vêpres suivies de la conférence spirituelle; à cinq heures, complies suivies des litanies et d'une demi-heure d'oraison. A six heures, souper suivi de la récréation, pendant laquelle toutes viendront, comme à midi, prendre les ordres de la supérieure pour l'emploi du temps jusqu'au lendemain à midi. A huit heures trois quarts, matines et laudes, suivies de l'examen de conscience et de la lecture des points d'oraison, et à dix heures toutes doivent être couchées. Depuis la Saint- Michel jusqu'à Pâques, le lever sera différé d'une demi -heure, et tous les autres exercices seront retardés dans la même proportion jusqu'à vêpres '.

Peut-être on trouvera ces exercices bien multipliés: mais c'est précisément cette multiplicité qui les adoucit : on se fatigue à ce qui dure longtemps ; la variété délasse. Ici chaque moment a son emploi : un enchaînement aimable, une liaison naturelle conduit d'un exercice à un autre ; le suivant naît du précédent, l'un est le fruit et le soulagement de l'autre : l'oraison prépare à l'office, la récréation adoucit le travail, la lecture dispose à l'examen, et ainsi, par une sainte économie du temps, tout s'écoule avec suavité, tous les moments sont mis à protit. la vie la plus rempUe est la plus tranquille, la vie la plus sainte est la plus douce : « Tels, dit François de Sales, les comparti- « ments d un magnilîque parterre ; telles les couleurs d'une « belle fleur. On admire la blancheur des lys, la beauté de la

' Cliarl.-Aug., p. 477 et suir.

« rose, le coloris de l'œillet; mais néglige-t-on les violettes, les « pensées, les marguerites ? Les plus petites fleurs arrosées du « sang d'un Dieu, sans être si brillantes, n'en sont pas moins « agréables. » Continuons d'écouter le pieux législateur de la Visitation,

Il y aura lecture pendant tous les repas : on gardera partout le silence, hors le temps des récréations; et, dans ces moments de délassement, on parlera modestement, utilement, saintement, en observant la charité, la douceur et la simplicité. On ne jouera point; on ne fera aucune œuvre manuelle qui prête à la vanité, et l'on n'aura ni oiseau, ni écureuil, ni aucun animal d'agrément. On abrégera le plus possible les causeries du parloir; on n'y parlera jamais seule à un étranger, et on se tiendra, en parlant aux hommes, à une certaine distance de la grille et le voile baissé, à moins d'une dispense de la supérieure. Le parloir sera fermé à V Angélus qui se sonne à la chute du jour, et ne s'ouvrira plus, à moins d'une nécessité urgente.

Outre les jeûnes prescrits par l'Eglise, on jeûnera tous les vendredis depuis la Saint-Michel jusqu'à Pâques, et la veille de la Trinité, de l'Ascension, de la Fête-Dieu, de saint Augustin et de toutes les fêtes de la sainte Vierge.

Les sœurs porteront l'habit et le voile noirs, coucheront seules chacune dans sa chambre, auront un matelas à leur lit et un coussin qui pourra être de plume.

Quatre fois l'an, elles se présenteront à un confesseur extraordinaire : chaque jour il y aura communion par trois d'entre elles successivement ; les jeudis, dimanches et fêtes, il y aura communion générale, et tous les huit jours on portera la communion à celles qui seraient malades.

Tous les samedis il y aura chapitre ^ : une fois le mois il y aura direction auprès de la supérieure, lecture des constitu-

' On appelle chapitre la réunion d'uno communauté religieuse pour reprendre et corriger les manquements de chacun de ses membres.

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